lundi 29 novembre 2010

Eau d'Issey Florale - Issey Miyake 2011 : rose câline.

Chut, elle dort encore, ne la réveillez pas trop tôt ! Elle prépare tout doucement ses premiers pas pour février prochain. Autour d'elle, pas trop de bruit, pas trop de souffle, juste le murmure d'un frisson de rose câline.

Ses pairs sont de grands noms. Ils se nomment Issey Miyake et Alberto Morillas, les femmes qui lui donnent naissance sont plus secrètes, mais il ne faut pas les oublier.

Pas trop de bruit, car elle est toute douce, pas trop de souffle car elle ne crie pas sa force à outrance. Murmure de rose câline que l'on retrouve en son sein : claire, à peine éclose, presque sous forme de bouton, son parfum de rosée du matin laisse présager un sillage léger, aérien et caressant.

Bien entendu, elle porte les traits de sa grande soeur Eau d'Issey : la rose bien sûr, mais pas tout à fait la même. Une rose, que je qualifierais de cosmétique, celle qui parfume délicatement produits de soins et lotions hydratantes, et dont les exemples emblématiques sont Rose de Roger & Gallet, Zeste de Rose de Rosine et Rose Splendide de Annick Goutal. Son visage se dessine autour de l'hédione, grande caractéristique de sa famille, si finement jasminée, et de quelques pétillements de mandarine. Les principaux traits de la lignée étant les notes marines, elles sont bien là. Mais l'évolution génétique ayant permis de développer un nouveau chromosome de calone, moins "huitre", plus "rosée fraîche", elles se font plus calmes et lui donnent même des airs épicés et marins de lys. Douceur de velours, que lui ont transmis de beaux bois blancs aux accents d'ambre et de muscs blancs, je remarque tout de même un petit soupçon de note fumée que je trouve très qualitatif. Assurément non, me répond l'un de ses pairs, ceci est sans doute un effet créé par la combinaison des bois "blancs" et de la rose marine. C'est tout de même très discret lui fis-je remarquer. Rien que pour cela, sa lignée le situerait entre la rose simple et cosmétique de R&G, et celle très délicate de Annick Goutal. S'il n'y avait cette parenté marine, elle passerait presque, à l'aveugle, pour un enfant de la famille Rosine ! Beau compliment me semble t-il ?

Alors, avant qu'elle ne se réveille au grand jour, savourez un petit peu son sommeil ... Avant ses premiers pas, l'Eau d'Issey Florale dort. Peau de velours sur rose délicate, n'est ce pas un joli bébé ? C'est une fille, encore un peu de patience ....

Je suis certains que les enfants qui auront la chance d'avoir une maman qui porte ce parfum partiront déjà dans la vie avec de beaux repères olfactifs. Rose douce et japonisante, très "peau de bébé câline", L'Eau d'Issey Florale sera disponible à partir de Février 2011 en France.

Illustration : Ann Geddes et Issey Miyake, Pale of Rose Jacqueline Miguel
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Le mois de la rose se termine, alors pour en profiter encore un peu avant les fêtes si vous le souhaitez, sachez que pour tout achat d'un flacon de
Jessy's Rose en Eau de Toilette, Extrait ou Extrait Exclusif, le petit livre Le Roman des Roses vous est offert en cadeau. L'histoire de la rose, son traitement en parfumerie, les différentes variétés, il est très bien fait, très agréable à feuilleter et instructif. Peut être une idée cadeau pas trop chère ? (présenté ici avec l'Extrait Exclusif)

dimanche 21 novembre 2010

Very Irrésistible Cèdre d'Hiver - Givenchy 2010 : sillage vers le futur.

Pour ce "mois de la rose", je voulais vraiment inclure Very Irrésistible de Givenchy car ce parfum offre un véritable propos autour de la rose. Oui mais voilà, comment parler d'un parfum que l'on aime pas ? Autour d'un code couleur aussi cliché que le rose flashy, Very Irrésistible est pour moi un des parfums qui m'insupporte le plus dans le style "je suis une fille et je porte un parfum qui sent bon le parfum". En plus d'être fifille et parfum, il est souvent sur-porté, sur-dosé, car celles qui le choisissent n'ont pas la main légère. J'ai alors voulu explorer les récoltes, qui revisitent chaque année le parfum original autour d'une récolte exclusive de rose damascena de Turquie, mais au final, ça ne change pas la donne.

Pourtant, ce qui me plait dans Very Irrésistible, c'est la traduction d'une rose futuriste charnue et miellée construite autour d'une rose anisée et boisée, dont le sillage "sort" littéralement dans une vision en trois dimensions et holographique pour envahir et dévorer son entourage. Une sorte de parfum alien, comme sait les faire Dominique Ropion. Par curiosité, je me suis donc tourné vers l'édition limitée de Noël de cette année. Ouf, je tenais là, enfin, l'angle de mon article !

La trame de Very Irrésistible est bien là dans la dimension qui me plait, mais tout ce qui me gênais dans l'original s'atténue, s'apaise, s'adoucit et qui plus est, devient plus rose naturelle. La note dite de "cèdre d'hiver" est en fait un assemblage de vrais cèdres de Virginie et de l'Atlas avec d'autres notes qui en sont dérivées qui prennent des accents de muscs blancs ou d'ambre clair. Quelques gouttes qui me font penser à de la mandarine et à un abricot bien juteux (on nous parle de cassis et de magnolia), donnent à la rose flashy de Very Irrésistible des teintes plus orangées et givrées. La sensation globale est plus cotonneuse, plus blanche, plus douce avec cette impression que des gouttelettes argentées que m'évoque le cèdre émanent du sillage. Par des petites touches qui rappellent les fûts de chêne, les parquets cirés et le miel, ces bois accentuent également les facettes traditionnelles que l'on trouve dans les beaux parfums construits autour de roses anciennes. L'équilibre passé-futur, rose classique et framboisée - rose holographique, sillage puissant et doux me parait ainsi plus maîtrisé, plus équilibré, plus charnel, plus chaleureux aussi. Parfait pour l'hiver au coin du feu ?

Cette édition limitée est pour moi, avec la sensuelle, la meilleure interprétation de Very Irrésistible car elle conserve la vision d'une rose futuriste autour de matières plus nobles, plus travaillées et mieux choisies. Un retour de la rose traditionnelle dans une vision vers le futur en somme. La teinte beige rosée du flacon est de surcroît très séduisante et plus raffinée. Cette déclinaison Cèdre d'hiver de Very Irrésistible tombe donc à pic pour inclure une rose au sillage futuriste et orangée en ce mois de Novembre, et me fait porter un regard neuf sur un parfum qui me déplait. Dommage qu'elle ne soit qu'une édition limitée !

Illustration : Contest by Acelia, Givenchy, rose rouge orangée.

mercredi 17 novembre 2010

Jessy's Rose - Olfactorum fête ses 2 ans !

Il y a bientôt deux ans naissait l'idée d'Olfactorum. Et il s'en est passé des choses en deux ans ! Ecrire sur le parfum m'a permis de vivre pleinement une passion, mais aussi de rencontrer des personnes formidables, tout aussi passionnées, et des professionnels, parfois même des parfumeurs. Ce petit bonheur, j'essaie de le partager avec vous.

Aujourd'hui pour cet anniversaire, j'avais envie de franchir un pas que je voulais réaliser depuis de nombreuses années : passer enfin à l'action et faire fabriquer une de mes formules pour la voir un jour en flacon. Un rêve, qui après deux tentatives plus ou moins réussies devient petit à petit plus concret. Pour franchir ce pas, Jessy's Rose était ma formule favorite et celle qui parlait peut être le plus du stade où j'en suis à ce jour. Un premier pas ? Peut être ?

Jessy's Rose est avant tout une histoire, car je l'ai créé pour faire plaisir à une amie, Jessy, qui ne m'avait rien demandé. Je ne connaissais que ses parfums favoris, avec une évidente préférence pour des chyprés floraux où je devinais une trame commune autour de l'accord rose-patchouli. Jessy, qui n'aimait pas la rose à priori, ne savait pas que c'était un fait le pilier de ses parfums, même s'ils étaient plus complexes qu'une simple rose. J'ai alors pris le risque de travailler une rose en soliflore tout en faisant ressortir le coté chypré. Je ne la voulais pas classique ou trop ancienne. La rose de Jessy devait être lumineuse et chaleureuse, à son image.

J'ai donc d'abord mis en avant le coté pétillant et citronné de certaines roses, dans une envolée vive, verte, un peu piquante, avec un effet gentiane qui rappelle volontairement la tige et ses épines. Très vite, le sillage dévoile des notes solaires et fruitées de pivoine et de rose crémeuse, proche de la peau de pêche. La rose se réchauffe ensuite au contact de la peau pour révéler le patchouli, des notes de mousse, puis des notes légèrement gourmandes de santal et de chocolat amer. L'idée était celle de reproduire la fleur dans son ensemble, des feuilles charnues et veloutées au parfum vif et sensuel à la fois, en passant par le piquant des épines jusqu'au jardin dans lequel elle aurait poussé.

Le jour de sa découverte, Jessy me dévoilait l'avoir de suite aimée, et que son mari lui avait dit spontanément le soir même "tu sens bon, mais qu'est ce que c'est ? ". Je ne vous cache pas mon émotion et que j'étais assez fier de cela. Jessy a donc accepté que je fasse mon premier grand pas avec "son" parfum.

Cependant, comme je ne suis pas le mieux placé pour en parler, j'ai demandé leur avis à quelques personnes avisées dont voici les impressions :

Jessy - la muse : "ce parfum m'a été offert par son créateur, Thierry, sans que je ne lui demande. Il savait ce que je portais, et dès que j'ai découvert Jessy's Rose, j'ai immédiatement été conquise et l'ai vraiment ressenti comme étant "mon" parfum. J'en étais subjuguée, je l'ai donc aimé et adopté. Depuis, il m'accompagne régulièrement aux cotés de mes classiques."

Sylvaine Delacourte - Guerlain : "Une rose bien faite, verte et fraîche avec un petit coté géranium verveine au départ, qui se fond ensuite sur des notes fruitées, pêche et pivoine je crois. Elle évolue vite vers une rose plus chaude, légèrement chocolatée et gourmande, c'est vraiment sympa."

Pierre Aulas - directeur artistique : "Une rose intéressante car différente. La rose n'est pas traitée avec les codes habituels, elle est fraîche et piquante au début mais on sent vite arriver la chaleur. La noblesse des matières se ressent. Chyprée, bien sûr, mais j'aime aussi cette petite pointe de gourmandise, qui fait penser à du chocolat amer. C'est bien !"

Poivrebleu - nez bavard et avisé : "Ce matin, Jessy s'est réveillée à la fraîche. Il a plu toute la nuit dans son jardin et sur son million de pétale perle une pléiade de gouttes froides. Sur le point de partir, elle chausse alors ses aiguilles épineuses, passe son collier de perles rouges et enfile sa plus belle veste de mousse. Ses camarades la regardent partir, jalouses de son sillage intense, rouge et vif. "

Valérie Pasmanian - illustratrice et designer : " je suis partie de pétales frais et j'ai ajouté ce qui pour moi visualise l'aspect charnel de Jessy's Rose que j'ai fortement ressenti."

Merci à vous tous pour ces précieux avis qui m'ont beaucoup touchés. Comme je vous le disais, Jessy's Rose est un premier pas. Le but n'est pas forcement de gagner de l'argent avec car si je réussis à les vendre, les recettes ne couvriront pas les frais engagés, mais j'en avais envie. Cela minimise les pertes alors si cela fonctionne, il se pourrait bien que d'autres idées prennent forme, dans des registres très différents !

Jessy's Rose est disponible dans les formats suivants :

Eau de toilette - 30ml : 30€ (4 flacons disponibles dans un premier temps)

Extrait de parfum à 20% - 15ml : 45€ (4 flacons disponibles)

Extrait de parfum Exclusif à 25% - 15ml : 55€ (limité à 3 flacons uniquement) : l'extrait est retravaillé avec un accord iris chargé d'iris de Toscane qui rend le sillage plus poudré et plus sourd, plus sophistiqué également.

L'Eau de toilette et l'Extrait seront disponibles sur demande après écoulement de la première série (car il faut un temps nécessaire au parfum pour macérer dans l'alcool). Hormis l'Extrait Exclusif qui est limité à 3 flacons, les autres flacons sont en plus rechargeables par la suite, pour un prix moins élevé car vous pourrez garder le même flacon.

Pour tout renseignement ou commande, merci de me contacter sur olfactorum@gmail.com.

Choix de l'image : Valérie Pasmanian. Photos : rose David Austin, moi même.

samedi 13 novembre 2010

Ce soir ou jamais - Annick Goutal 1999 : l'ultime rose !

Amatrice de parfums, passionnée de musique et d'arts, Annick Goutal caressait le rêve de réaliser son parfum, l'ultime, celui qui parlerait d'elle, de son âme et de ce qu'elle préfère. La rose était sans doute sa fleur préférée, car elle l'avait travaillée dans Grand Amour, Quel Amour et Rose Absolue. Déjà trois créations, mais elle n'avait pas encore exploré toutes les facettes de cette fleur grandissime. En 1999, alors qu'elle se sait très malade, elle travaille à un parfum qui hélas fut un peu son requiem, qui ne rencontrera son public qu'à titre posthume. La rose et Annick Goutal, c'est donc un cycle, une tradition qui se perpétue encore aujourd'hui avec le récent lancement de Rose Splendide.

Cette rose réalisée par Annick et son amie parfumeur Isabelle Doyen est ultime car elle va chercher dans la fleur les facettes les plus nobles riches pour les magnifier et en faire un parfum bijoux, scintillant, étincelant même. Ultime aussi par son nom, véritable ultimatum. "Veux tu être ma femme, c'est ce soir ou jamais", "la chance de votre vie, c'est ce soir ou jamais", "je pars très loin, c'est ce soir ou jamais". A chaque fois la promesse d'un nouveau départ.

Un ultime rêve, dont les matières sont secrètement préservées sur le site de la marque, mais qui révèle dès le départ une rose turque verte et piquante d'un aspect très classique qui peut donner une impression délicieusement rétro. S'élèvent très rapidement les vapeurs enivrantes d'alcool de poire Williams que peuvent avoir certaines roses et que l'ambrette soulève de manière à rendre cette rose scintillante. La mélodie de cette belle rose se déroule. Un accord d'iris et de violette emporte le sillage vers des contrées poudrées de rouge à lèvre et de poudre de riz, et je devine en pointillé un vétiver assez sombre et fumé qui vient soutenir l'ensemble. Une toute petite pointe de cumin le rend sensuel et se conjugue magnifiquement à l'ambrette pour en faire un parfum de peau chic et féminin.

Je lisais récemment une phrase d'Isabelle qui laissait supposer que ce parfum fut un exercice difficile car il faillait trouver le juste équilibre: la facture est classique mais la luminosité apportée par cette note de poire Williams le rend très contemporain. Cette rose n'a pas d'époque : est-elle moderne ou rétro ? Ni l'un ni l'autre. Pour moi, c'est une belle rose rouge légèrement perlée de rosée et surtout, un parfum riche et brillamment construit.

"Ce soir là, nous avons diné, nous avons marché sur les bords de la Seine, et nous nous sommes arrêtés pour regarder la tour Eiffel briller de mille feux. Nous avons rêvé, amoureux. Et là, je t'offrais une rose pour te déclarer ma flamme et te demandais si tu voulais devenir ma femme, là, ce soir... ou jamais. Dans mon élan, je te demandais quel parfum tu portais, qui m'avait totalement charmé. Ta réponse fut celle-ci : "Oui, c'est ce Soir ou Jamais". Bien plus tard, je compris que tu avais répondu aux deux questions.

En ce mois de la rose, je voulais rendre hommage à Annick Goutal, qui nous a quittés il y a 11 ans et laissait ce parfum en requiem, et parce que certains de ses parfums m'accompagnent depuis très longtemps. Ce Soir ou Jamais est pour moi un soliflore "rose" des plus ultime et abouti.

Illustration : Nick Knight, Edition Limitée de Ce Soir ou Jamais, Rose rouge perlée.

jeudi 11 novembre 2010

Les gagnants pour les échantillons des Parfums de Rosine.

Voici comme promis le nom des gagnants pour les échantillons des Parfums de Rosine. Et vous avez de la chance, il y avait finalement 4 pochons et non 3 comme annoncé. Il y a donc un gagnant en plus.

Ils gagnent un pochon comprenant 4 échantillons de parfums différents : Secret de Rose, Rose Praline, Rose Kashmirie, Rose d'Homme :

Mademoizelle - D. - Anonyme José - Géraldine (suite à commentaire de Thierry ci dessous)

Ils gagnent un échantillon de parfum :

Rose Praline : Yuzu - Rose d'Homme : Brit - Rose Kashmirie : Anne J

Merci de me communiquer vos coordonnées rapidement (même pour ceux que j'ai déjà) par mail à olfactorum@gmail.com afin que je puisse vous faire parvenir les échantillons dès la semaine prochaine.

samedi 6 novembre 2010

Portrait of a Lady - Frédéric Malle 2010 : le mystère de la rose noire.

Il aime une femme, en secret mais elle ne le voit pas. Elle aussi l'aime, mais elle ne lui dit pas. Elle se marie avec un autre, et ce n'est que quelques années plus tard qu'elle apprend avoir été abusée. Les deux amants de toujours se retrouvent enfin, elle lui avoue son amour alors qu'il se meurt d'une maladie incurable, et lui dévoile le sien au grand jour. Ils se retrouvent dans une étreinte ultime.

Il aime les femmes mais a choisi de ne vivre qu'avec la sienne. Pour préserver la beauté de celle-ci du regard des hommes, il préfère qu'elle se voile, ce qu'elle fait à la fois par conviction et respect. Cela ne la gène pas tant, car sous le voile, c'est une vraie femme, souriante et très coquette, qui aime aussi les fringues et les parfums.

Il est couturier, entouré de riches clientes pouponnées et habitué à manier de beaux tissus. Son style, imprégné de ses origines, allie les codes de l'Orient, les matières fluides, les couleurs sombres ou dorées et un design européen pour exacerber le corps des femmes.

Ses trois hommes sont unis par un souvenir commun : le portrait d'une femme et le parfum mystérieux de la rose noire.

Pour le premier homme, cette rose noire est une rose anglaise traditionnelle, vivre, fraîche, mais vénéneuse et légèrement menthée, digne de celle que l'on trouve dans les jardins humides. Elle laissait son sillage sous les velours épais de ces toilettes dans les salons feutrés dans lesquels elle évoluait.

Pour le second, cette rose a le parfum du khôl utilisé par tradition par les femmes de son pays, celui de la peau de ces femmes, proche du cumin et des épices propres aux traditions culinaires locales, celui de framboise et de cassis qu'emportent leurs voiles dans le sillage des narguilés.

Pour le troisième, c'est le souvenir poudré d'une légère note de violette du fard et du rouge à lèvres de ses clientes, celui de tissus nobles qu'il travaille sur ses mannequins. Ils sortent des ateliers imprégnés de cette note crayeuse caractéristique et de patchouli.

Un jour, un magicien, aidé d'un parfumeur, choisit de réunir ces trois univers pour imaginer le mystérieux parfum de la rose noire. Décousant un géranium qu'ils avaient créé en commun pour n'en conserver que les points communs que ce parfum pourrait avoir avec la rose, il recousent ensuite les éléments un à un autour de l'odeur imaginaire de cette rose noire qui devra être fluide et stylée.

Ils partent sur l'idée d'une rose traditionnelle dont le parfum vif est par nature assez proche du géranium, y ajoutent quelques notes fruitées de framboise et de cassis ourlées d'une petite touche de violette. Le résultat créé un effet "prune noire" proche des vapeurs d'alcool de prune. La rose est bien sûr toujours en majestée dans le sillage de ces notes mais s'accompagne très vites d'épices, de cumin, de bois ambrés et d'un effet proche du bois de oud comme pour soutenir la structure. Dans le sillage, je remarque qu'autour de cette rose noire ornée de oud se dévoile un effet "tissus" dont le patchouli est sans doute une des clés, comme ce que l'on sent lorsque l'on entre dans une boutique de beaux vêtements, sur un marché aux tissus ou dans un atelier de couture, et que j'avais déjà remarqué dans Dzongkha chez l'Artisan par exemple. Cette rose, c'est un peu comme si un beau tissu d'un noir profond pouvait devenir à la fois voile noble ou robe fourreau de style.

Ce parfum me fait ainsi penser au style d'Azzedine Alaia, qui allie les codes d'une culture orientale et les techniques ultra modernes de la couture française, pour un style qui constitue un compromis des deux cultures avec une vision contemporaine. Il y a différentes manières de conjuguer les codes traditionnels de la parfumerie française de tradition tout en cherchant à y intégrer les repères olfactifs du Moyen-Orient et une certaine modernité. Dominique Ropion et Frédéric Malle ont su jouer la partition très habilement. Portrait of a Lady ne plaira pas vraiment aux américaines trop occupées à savourer Carnal Flower, mais il me semble à sa place sur une européen brune au caractère bien trempé, ou sur ces femmes orientales qui le cacheront comme elles couvrent leur bijoux et leurs vêtements de luxe d'où ne s'échapperont que quelques effluves délicieuses. Le mystère de la rose noire, c'est un portrait entre deux mondes, entre deux cultures, entre deux modes : Portait of a Lady.

Portait of a Lady de Dominique Ropion, sera disponible dans les boutiques Frédéric Malle à partir de lundi prochain, 15 Novembre 2010.

Illustration : modèle de Azzedine Alaia, Frédéric Malle, Rose noire.

mercredi 3 novembre 2010

Entretien avec Marie Hélène Rogeon, directrice de la marque Les Parfums de Rosine.

Un peu d’histoire : en 1991, Marie Hélène Rogeon décide de faire revivre la marque Les Parfums de Rosine. C'était la marque des parfums de Paul Poiret, elle était abandonnée depuis près de 50ans. Poiret fut un peu précurseur avec des parfums aussi novateurs que Le Fruit défendu, qui sentait la peau d’abricot, et fut le premier utilisateur du galbanum dans un parfum. Son histoire, Marie Hélène décide de la tisser autour de la majesté de la parfumerie, qui était aussi la fleur du principal parfum de la marque : la Rose.

En 2006, en ouvrant une boutique dans la galerie du Palais Royal à Paris, la marque retrouve un bel écrin, digne de sa réputation.

Méchant Loup : bonjour Marie Hélène, qu’est ce qui a motivé ce choix ?

Marie Hélène Rogeon : longtemps directrice de la création dans de grands groupes de luxe, j’étais blasée de sentir sans arrêt, sans vraiment avoir le sentiment de servir à quelque chose qui apporte à la parfumerie. Je suis donc partie de mon travail, ai pris du recul pour ensuite vouloir faire revivre les parfums de Rosine, en grande amoureuse de la rose.

ML : la rose est un parti pris, ceci ne constitue t il pas une difficulté, la rose à t elle un avenir ?

MHR : certes galvaudée et mainte fois copiées parce que fleur emblématique, on la retrouve en effet dans tout et n’importe quoi. La rose est pourtant riche de milles facettes, acidulée, verte, anisée, métallique ou réglissée. Elle se marie avec tant d’autres matières dans un parfum qu’elle n’a pas dit son dernier mot. La difficulté est de redéfinir une pédagogie autour de cette fleur en parfumerie pour lui redonner une bonne image. Elle a de belles années derrière elle mais je suis convaincue qu’un bel avenir se dessine aussi.

ML : d’où vous vient l’inspiration ?

MHR : je m’inspire principalement de mon jardin en Picardie, où j’ai une roseraie très riche des roses les plus rares que je sélectionne pour leur parfum. La richesse olfactive de ce jardin est telle que selon le temps, la température, l’humidité, les notes différent et se développent pour constituer comme une sorte de laboratoire ou flottent milles parfums. Les senteurs sont très variées, c’est fascinant.

ML :quelles sont les facettes de la rose que vous préférez ?

MHR : sans aucun doute les facettes vertes, qui font écho au galbanum, un vert un peu cru, que l’on retrouve notamment dans Twill Rose.

ML : vous créez vous-même les parfums ?

MHR : non, je décris mon idée, mon inspiration, mon envie du moment, puis je travaille à quatre mains avec François Robert de Quintessence, qui sait merveilleusement orchestrer les mélodies que j’ai en tête.

ML : quels sont les pays qui affectionnent vos parfums ?

MHR : la France bien sûr, par tradition, mais aussi, à ma grande surprise le Japon, dont la tradition n’encourage pas à se parfumer, mais où les habitudes changent. Nous avons tant de points communs avec le Japon pour ce qui est de la tradition de préserver les savoirs faire précieux. De plus, les jeunes trentenaires ont moins peur, elles osent. Elles commencent par des notes discrètes, mais cela change. Zeste de Rose s’y vend bien mais à ma grande surprise, Secret de Rose, plus sophistiqué, y a trouvé des amatrices.

Globalement, l’Asie est notre principal marché, entre Taiwan et le Japon, puis la Chine. L’Angleterre également, sans doute parce que la rose est affectionnée dans ce pays.

En Europe, nous sommes bien implantés en Italie et en Allemagne.

ML : et les Etats-Unis ?

MHR : nous ne sommes pas très présents aux US, c’est un peu compliqué car ils aiment les parfums propres et faciles, et ils ont de puissants groupes. Face à cela, notre positionnement est très exclusif, mais nous vendons assez bien Rose d’été.

ML : Et quels sont les parfums qui plaisent ?

MHR : certains se distinguent nettement, sur tous les continents. C’est le cas de la Rose de Rosine, de Rose d’été, de Rose Berry et de Zeste de Rose. En Europe, Rose d’Homme est notre première référence à Londres par exemple et j'en suis très fière, mais Rose Praline et Rose Kashmirie se distinguent aux cotés de ces chefs de file.

ML : deux directions semblent se dessiner aujourd’hui : une parfumerie autour de la rose traditionnelle, chaude, rondes, parois complexe, et une autre autour de la fraîcheur. Cette évolution vers la fraîcheur correspond-elle à une demande ?

MHR : nous ne faisons pas des parfums par rapport à un marché, une demande ou un besoin. Nous saisissons nos envies du moment et créons en fonction de cela. Cela permet de couvrir un large spectre olfactif, allant des roses fraîches à celles les plus orientales en passant par les marines et les fumées. Nous sommes passionnés et tentons de le rester au quotidien, nous nous donnons le temps pour chaque parfum que nous créons.

Pour citer l’exemple de nos derniers nés, l’inspiration de Rosissimo est né suite à la rencontre avec une rose qui sentait le pamplemousse au japon, Secret de Rose parce que j’ai senti un labdanum en Espagne. Les idées viennent comme cela.

ML : comment travaillez vous avec François Robert ?

MHR : nous essayons de partir d’un accord binaire, rose-pamplemousse, rose-labdanum, puis nous enrichissons, arrondissons, dynamisons etc. Je ne souhaite pas faire des parfums trop conceptuels ou intellectuels, mais je recherche une lisibilité, une identité forte, et surtout un accord harmonieux. Je n’aime pas non plus travailler à trop lisser un accord, les petits défauts ou aspérités créent une identité, comme le charme d’un vrai bois par exemple.

ML : vous prenez parfois des partis pris risqués, je pense notamment aux notes fumées qui plaisent difficilement. Avez-vous certains regrets ?

MHR : Il est vrai que certains parfums ne fonctionnent pas très bien, mais je n’ai pas de regret, car ils trouvent malgré tout des fidèles. J’ai juste un contre exemple avec Rose de feu, où j’ai eu le sentiment de ne pas être allée assez loin dans l’idée, mais c’est tout.

ML : Est il plus difficile de travailler une rose pour homme ?

MHR : oui, pour moi c’est plus difficile. Même si la rose est unisexe par définition, il faut bien reconnaître que certains de nos parfums sont très féminins. Une rose pour homme doit être masculine ou mixte, est c’est un équilibre pas forcement évident à trouver, c'est plus délicat et plus long .

ML : les reformulations, cela est il en handicap ?

MHR : cela impose des contraintes, mais ce n’est pas si bloquant. Nous échangeons beaucoup avec François mais globalement, nous avons peu de parfums à reformuler. Et quand ils le sont, le résultat est même souvent meilleur que l’original, car les matières évoluent et les techniques de formulation également.

ML : vous faites des parfums, mais aussi des bougies, est ce très différent ?

MHR : oui, car une bougie doit brûler et diffuser la senteur. Certaines matières de nos parfums ne passent pas du tout. Les formules sont donc très proches de celles de nos parfums, mais doivent être retravaillées à cause de ces particularités techniques.

ML : Et pour finir, puis-je vous demander ce que vous pensez de Jessy’s Rose, une création personnelle ?

MHR : elle est fraîche et vive au départ, avec un effet qui me fait penser au cédrat-verveine, c’est assez propre. Elle est assez sophistiquée dans son envolée et son évolution me fait penser à une rose marocaine.

Marie Hélène, un grand merci pour ce moment convivial.

Marie Hélène a bien voulu accepter de me remettre 3 petits pochons de 4 échantillons de parfums représentatifs de la marque, et 3 échantillons séparés à faire gagner. Pour cela, je procèderai à un tirage au sort sur les commentaires qui seront laissés suite à cette interview.

Illustrations : Marie Hélène à son bureau, Folie de Rose, Un Zeste de Rose, Rose d'Homme.

lundi 1 novembre 2010

Novembre 2010, le mois de la Rose !

Suites à quelques questions, ne vous inquiétez pas, n'hésitez pas à vous écrire, il reste encore des places pour la soirée du 30 Novembre, vous avez jusqu'à samedi prochain 23h pour que vos mails soient pris en compte sur l'un de nos 3 blogs !
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Je l'aime ! Chaque année à l'approche de l'été, j'aime me promener à Bagatelle où elle me délivre ses secrets olfactifs aux cotés des pivoines : citron, anis, fruits rouges ou noirs, épices, miel, tabac, abricot, pêche, litchi, parfois animale ou douce et musquée, elle est riche de multiples facettes. En parfumerie, il n'est pas évident de l'apprécier à sa juste valeur, car elle est souvent galvaudée. Fleur emblématique et ma préférée, qui n'a pas toujours l'image qu'elle mérite, tous les sorts lui sont réservés, elle subit tout et n'importe quoi. Elle, c'est la Rose, et en ce mois de Novembre, j'ai choisi de lui rendre ses lettres de noblesse.

Je ne reviendrai pas sur Nahéma de Guerlain ou sur Une Rose de Frédéric Malle, déjà maintes fois évoquées car représentatives des roses riches et magnifiquement travaillées, mais je chercherai à parler de roses moins connues parfois originales, pour aussi les mettre en valeur.

A l'approche des fêtes, vous partagerez ainsi un entretien avec une ambassadrice de la rose, vous découvrirez que cette fleur peut traverser les cultures et les continents, je vous parlerai de roses à redécouvrir et vous réserve une surprise pour fêter les deux ans d'Olfactorum. Certains d'entre vous devinent déjà de quoi il s'agit, les autres découvriront ce qui pour moi est déjà un grand pas.

Et vous, comment la voyez vous, comment l'aimez vous ?

Illustration : rose perlée.