Si les boots sont faites pour arpenter les trottoirs, les parfums, eux, sont faits pour être portés pour... arpenter les trottoirs. Et dites mois donc où, dans quelle ville cela est à la fois ludique, romantique, divertissant, culturel, et chic-issime ? Vous avez deviné ? New York ? Trop vulgaire, Londres ? Trop classique, Milan ? Trop Fashion, Moscou ? Trop bling-bling, Dubai ? Trop chaude, Shanghai ? Trop neuve... Non , non et non, rien ne vaut Paris, la "glamoureuse", la romantique, la rigolote. LA ville qui sent, la ville qui brille sous la lumière, la ville aux mille rues, aux mille paysages, qui réserve à chaque pas son lot de surprises. Alors, quand on est une marque française de parfums de luxe, parler de tout cela peut sembler difficile, c'est essentiel. Ainsi, pour le coup, la communication autour de La Petite Robe Noire marque des points et innove par sa cohérence et son esthétique.
Le parfum, lui, s'inscrit dans le même esprit chic revivifié. Les codes des grands classiques de Guerlain sont bien là, comme il y a trois ans dans mon précédent article, la composition originelle sortie en 2009 ayant été à peine retouchée. Thierry Wasser s'est contenté de la rendre un peu moins sirupeuse, un tout petit peu plus acidulée, mais tout de même, alors que tout le monde s'accorde à dire que Lolita Lempicka est un masterpiece, pourquoi ne pas reconnaitre les qualités intrinsèques de ce petit bonbon de parfum ? Car, non, il n'est pas prétentieux, il ne surjoue pas, il se fond dans le sucre en restant espiègle et original, sans devenir vulgaire comme peuvent le faire d'autres mainstream trop faciles, ou même parfois certains parfums de niche, sans que personne ne trouve rien à redire. Et oui, pour certains, il est sans doute plus facile d'être vulgaire sans que personne ne le remarque que d'être chic en pointant le bout son nez avec un peu de cuir "suédine" acidulé, de grenadine saupoudrée de griotte ? La Petite Robe Noire s'affirme comme le font les boots Louboutin, chic, hautes sur pattes et avec une certaine tenue, revendiquant une parenté évidente avec certaines déclinaisons de Lolita Lempicka comme Shalimar en son temps s'inspirait de l'Ambre de Coty. Les notes sont faites pour lolitas en herbe, c'est évident, mais pourquoi les fruits et un peu de sucre n'auraient pas quand même droit à quelques lettres de noblesse, dans cette cacophonique parfumerie contemporaine ?
Indispensable depuis toujours à tous succès grand public, la communication, elle aussi, très actuelle et très adroite, permet à La Petite Robe Noire de revenir, plus jeune et espiègle que jamais. Même si je préfèrerais voir Guerlain réinventer de nouveaux grands classiques ou travailler ses anciens dans un esprit plus contemporain que de voir cette marque se lancer dans la gourmandise parfois excessive, comme il y a trois ans, j'aime savoir que Guerlain est aussi sur ce terrain sans se prendre trop au sérieux. La Petite Robe Noire a su en outre, trouver son public. Une petite balade sur les marches d'escaliers parisiens ? Enfilez vos boots et choisissez la robe qui va avec, qui sait ce qu'elle sera, mais elle sera noire ? Are you ready boots ?
Illustrations : walking boots par Guy Bourdin, Guerlain.