dimanche 11 septembre 2022

Bois Dormant - Celine 2022 : au pays du parfum calme !

Promis depuis 2019, Bois Dormant s'est fait attendre, peut-être parce qu'il fallait positionner la marque avec des parfums distinctifs avant de sortir ce 11e Opus, discret, mais si élégant. 

Après la lavande, à l'honneur dans Rimbaud, c'est ici le cèdre qui est mis en avant. Un beau cèdre sec, bien comme on l'aime, dont les facettes sont à peine tirées vers des inflexions de cumin, de muscade, qui viennent juste renforcer sa présence. La lavande s'invite mais en arrière plan, comme pour constituer une sorte de fil conducteur avec Rimbaud, mais surtout pour faire un pont olfactif entre les notes de tête que sont la bergamote et une toute petite pointe de limette il me semble. La baie de genièvre, dont je dis à chaque fois qu'elle "sent la peau", apporte un petit crépitement car le directeur artistique Hedi Slimane souhaitait que la texture du parfum évoque le craquement d'un disque vinyl à peine pressé. C'est un vétiver plutôt lumineux qui prend le relai à ce moment, pour continuer cette vibration, comme on prolonge une note. On imagine alors le soleil qui ondule a travers les arbres de ce bois dormant. Autre point commun avec la gamme, la trame irisée poudrée, ici très discrète, mais là aussi pour évoquer le coté classique d'une belle flanelle anglaise vintage par exemple. Une note végétale (Velvione ??) apporte un coté sève, parfait pour ce bois dormant, et très cohérente ici. Cette matière, dont l'odeur est proche de la fleur de sureau a l'avantage d'encapsuler le reste pour donner de la rondeur et de la douceur à l'ensemble, un peu comme un suc en cuisine. Alors, la vanille et une note un peu cuirée (peut-être une pointe de narcisse ou d'angélique et d'amande) peuvent s'y agripper pour achever de séduire. C'est plutôt réussi et les notes se parlent entre elles naturellement, tout en cohérence, sans rupture olfactive.

Inspiration parisienne dans un esprit asiatique et zen, épuré et mat pour ce Bois Dormant qui murmure plus qu'il ne hurle, et qui saura apporter confort et signature à celui ou celle qui l'adoptera. Pour moi, c'est plus qu'un coup de coeur, ce sera un partenaire.

Bienvenu au pays du parfum calme ! 

Illustrations : Hongie, Les parfums Celine. 

jeudi 8 septembre 2022

L'Eau Noire - Maison de parfums Christian Dior 2022 : welcome black !

On craignait peut-être une reformulation pas terrible. La couleur au rendu plus naturel de cette nouvelle Eau Noire née sous la nouvelle ère Francis Kurkdjian vous laisse dubitatif ? N'ayez crainte, tout va bien. Je trouve même que cette version est un peu plus souple, un tout petit peu moins percutante que l'originale, mais c'est très personnel, et cela ne nuit en rien à ses qualités propres. 

La lavande développe ses notes aromatiques et camphrées en couple avec l'immortelle et ses aspects réglissés, sableux, qui rappellent également le moka ou bien le sirop d'érable. Ce couple fonctionne ici à merveille et est toujours fidèle 20 ans après. Pour l'habiller on devine du thym, de la sauge, peut-être un peu de romarin légèrement abricoté et qui apporte un peu de piquant, et du poivre, pour son coté chaleureux. Ce que l'on aime également dans l'Eau Noire, c'est une trame irisée, fidèle aux trois eaux relancées cette année, elle rappelle le talc. Ici, elle se fait plus discrète que dans La Cologne Blanche ou Bois d'Argent, mais elle fait bien partie de l'édifice, que dis-je, de l'oeuvre. Une toute petite touche vanillée-miellée commune à la gamme également, apporte une pointe de douceur et permet à cette eau de se fondre avec l'épiderme.  

On aime retrouver ce parfum à la texture qui m'évoque le sable et un brin de lavande noir, et le trait droit et tranché du style Hédi Slimane. ll reflète à merveille la collaboration Dior-Hédi Slimane-Francis Kurkdjian. 

On lui dit donc "Welcome Black" ! On espère juste qu'elle restera disponible plus longtemps dans un format plus accessible que le 250ml. C'est promis pour bientôt en tout cas, en 40ml ou 125ml ! 

Illustrations : Hédi Slimane, Dior parfums

lundi 8 août 2022

Soie Malaquais - Dries Van Noten 2022 : soie pour soi.

Je m'attendais à être surpris par cette collection, mais ni la note trop propre, voir shampoinesque de Fleur du Mal (pourtant créé par Quentin Bisch que j'aime bien d'habitude), ni les notes de fond typiquement Givaudan (déjà vues, revues, et re-revues) de Rock The Myrrh qui me plaisait pourtant bien sur touche, ni le trop acétique Patchouli Cannabis, ni les autres n'auront réussi à me convaincre. Déformation professionnelle ou peut-être trop d'attente d'originalité par rapport au story-telling, toujours est-il que le seul qui a réussi à me séduire, c'est Soie Malaquais

Sans dire qu'il part de quelque chose d'ex nihilo car on retrouve un peu de sa forme dans Gucci Gorgious Gardenia ou dans un Something About Sofia de Bénéfit des années 2010, c'est celui que je trouve original dans la gamme.  La note de marron n'est pas vraiment perceptible, mais elle participe à cette sensation de glace vanille fraise faite pour évoluer sur peau que me laisse ce parfum. Rose, fleurs blanches et fraise, peut-être un peu de framboise, en tout cas une sensation de fruits rouges crémeux et fleuris se détache. On y sent un peu de cardamome dans un effet "lait concentré sucré" qui se développe, accompagné d'une note de thé noir fumé qui se trame bien avec le reste. C'est assez mixte, car impossible de le sexuer facilement, il se fait très doux et fondant sur la peau. 

Je note également que son flacon et les pochons que l'on peut choisir sont assez jolis. Les parfums sont disponibles à la boutique du Quai Malaquais et au Bon Marché. Deux kits d'échantillons très pratiques et pas très chers permettent de les découvrir. 

Illustrations : parfums Dries Van Noten, Patrick Demarchelier. 

dimanche 31 juillet 2022

Gris Charnel - BDK 2019 : bois de peau.


On ne le dira jamais assez, mais la cohérence d'un parfum tient aussi bien au nom qu'au flacon et à ce qu'il contient. Gris Charnel porte bien son nom, et le jus contenu dans le flacon, légèrement coloré en gris, est parfaitement en accord avec l'odeur du parfum. 

Parfum de peau, charnel, c'est en effet ce que l'on ressent dès les premières notes. Le parfum ne s'envole pas sur des notes fraîches et vives, non, il est tout de suite assez sourd et chaud. La cardamome mêle ses facettes citronées légèrement camphrées à celles d'un cèdre et d'un santal qui se lisent tout de suite et constituent la trame de ce parfum. Comme ce sont des bois chauds, il ne s'envolent pas, mais développent une sensation très tactile, très "chair", et pour le coup, donne cette sensation d'une couleur grise qui se pose sur la peau. Une fois posé, on devine des notes irisées de feuille de violette et très rapidement la douceur de la fève tonka et de la vanille apparaissent, mais jamais de manière violente, dans un lien de notes qui s'harmonisent naturellement. Un patchouli clair apporte une belle finition a cet accord bien maitrisé. 

Hélas, à un moment, je remarque juste un petit passage aromatique qui me fait penser à ce que l'on trouve assez souvent parmi les parfums masculins mainstream, mais ce n'est pas forcement gênant, et surtout, c'est assez fondu car la vanille et la fève tonka atténuent cet effet de manière efficace. 

Un beau parfum, qui m'a séduit pas sa cohérence, déjà bien fait en eau de parfum, et qui dévoilera toute sa richesse de "bois de peau" en extrait. 

Illustrations : BDK parfums, Herb Ritts. 

dimanche 8 mai 2022

Blushing Sands - Estée Lauder 2021 : autant en emporte le vétiver !

 


Amateurs de vétiver, vous allez être contents : Blushing Sands, c'est un peu comme si la racine était emportée par un vent de sable chaud, vous le serez sans doute également.  

Les premières notes sont aériennes et salicylées, comme le souffle d'un vent de sable que l'on imagine très bien vu le nom ; la sensation est agréable, légère et très fluide. Le vétiver arrive ensuite tout en douceur, sans les notes réglissées qu'il peut avoir parfois, en gardant ses facettes fumées mais en parfaite transparence, comme s'il avait été allégé. Il est appuyé par la baie rose, elle aussi montante et scintillante. On y devine quelques touches de rose et de notes fuitées mais juste ce qu'il faut pour qu'on ne les remarque pas trop. Un tout petit peu de santal ou de dérivés de bois blancs appuient le fond sur les notes chaudes et vaporeuses d'un ambre léger. 

Boisé de la tête au fond, ce sable rougissant porte parfaitement son nom tant la texture est en adéquation avec. Ce qui trouble, c'est la texture de ce vétiver très souple, dont le sillage discret reste tout en finesse et élégance. Un bien belle alternative à Sycomore, à découvrir, malgré la distribution très confidentielle de cette collection.

Illustration : Estée Lauder parfums.    

dimanche 1 mai 2022

Horace pour Homme : du simple et du bon, comme une sieste sous un figuier !

Horace s'est fait une réputation de simplicité, de ne jamais trop en faire pour se concentrer sur l'essentiel. Pour le parfum, c'est sans doute la même philosophie qui s'est imposée. De belles matières, une composition originale mais pas compliquée à comprendre, une distribution exclusive et ciblée garantissant une marge suffisante tout en contenant le prix. Du bon sens, et du bon goût. 

Axé autour d'un accord de figue et de cèdre, le parfums dévoile des notes citronnées faisant penser un peu au limoncello ou à une tarte au citron meringuée, puis ensuite, le cèdre et la figue jouent de concert dans une logique olfactive harmonieuse et douce, tout en délicatesse. Peut-être un peu de vétiver pour piquer le tout et prolonger la sensation boisée tout en finesse, puis dans le fond, les notes de noix de coco et du santal pour que sur peau, cela soit évident, clair, lisible. 

Une signature jamais envahissante, loin du too-much. Horace est une belle création qui mérite largement de trouver son public. 

Illustrations : figuier et Horace, le parfum. 


samedi 23 avril 2022

Narguilé tout : l'accord narguilé qui fait du chemin.

Cela fait maintenant presque 20 ans qu'Hermes a lancé Ambre Narguilé, un accord d'ambre, de miel et d'épices, parfois agrémenté de pomme et de tabac blond qui s'inspire des bars à chicha et de la fumée des narguilés au combien reconnaissable. La tendance se poursuit avec Spice Bomb, qui met aussi cet accord à l'honneur, en ajoutant un peu de sucre et de notes acidulées. 

Cette année, deux nouveautés remettent cet accord au gout du jour : le premier, c'est Nektar de Laboratorio Olfativo, dans une interprétation douce et ambrée, faite de vanille et de miel. Ce Nektar, sur peau, se fait très caressant, évolue tout en finesse sans envahir, dans des volutes de tabac blond. Les amateurs d'ambres vanillées devraient être conquis. 

L'autre nouveauté, plus grand public, est One Million Elixir. Plus supportable car peut-être un peu moins violent que le sillage de One Million dans ses dérivé précédents, il met à l'honneur une signature narguilé assez marquée, visiblement directement sortie d'une chicha. Je ne trouve pas que le davana revendiqué soit très présent, ni la pomme d'ailleurs, mais l'ensemble est très cohérent et se marie bien avec la trame tubéreuse-cuir de One Million

Avant de conclure cet article, j'aimerais revenir sur un parfum passé quasiment inaperçu mais qui propose aussi ce thème à un prix tout doux. Malt Cuiré de Daniel Hechter se hisse largement à la hauteur des parfums cités plus haut, alors, si vous aimez, foncez ! 


Illustrations : Laboratorio Olfativo, Paco Rabane, Daniel Hechter.