samedi 4 février 2023

Paco Rabanne : les parfums de l'époque !

Dans les années 80, le slogan de Calandre était : "le parfum de l'époque", et je vais donc aborder cet article sous cet angle, car c'est exactement ce que j'avais envie d'évoquer. Calandre assurait une transition parfaite entre les parfums du passé, et une vision du futur, par sa structure florale métallique dont l'éclat se mariait bien avec les robes scintillantes du couturier. Paco Rabanne pour Homme, fougère visionnaire en son temps, vieillit très bien et sert toujours de référence aujourd'hui. 

Après un petit passage à vide dans les années 1990-2000, la marque revient pour tenter d'imposer de nouveaux codes. Pour le coup, dans ces années là, ils sont peut-être trop ou pas assez avant-gardistes. XS, métallique et un peu froid suit les codes de son temp sans vraiment se distinguer, Ultraviolet Man est un parfum "mohair" parfaitement unigenre mais on en parle pas encore vraiment, et le féminin se joue déjà des notes fruitées acidulées de violette et de cerise que La Petite Robe Noire exploitera mieux par la suite. Paco peine à se distinguer d'un CK One

Pourtant, dans les années 2000, un virage s'opère. Les équipes de la marque semblent scruter plus qu'ailleurs de manières très fine, intelligente, habille et pragmatique comment se comporte l'époque, et cela lui réussit. Black XS trouve le parfait équilibre entre les notes fraîches du champagne, celles gourmandes et crémeuses d'un fraisier et des notes boisées sèches et viriles qu'il impose, et ces notes s'imposent comme une évidence aujourd'hui. Le féminin, lui, joue sur un accord de tarte aux myrtilles qui fait presque saliver, ce que beaucoup tentent de faire de nos jours, avec plus ou moins de plaisir. Black XS Potion pour elle tentait même de séduire les Cléopâtre des temps modernes avec son bel accord rose-oud qui n'a rien à envier à certains parfums bien plus chers à la mode actuellement. 

Là où la marque bondit vraiment, c'est avec les lancements de Invictus et de One Million : deux jack pots incontestables. Si l'on quitte le raisonnement purement parfums, ce succès est pour le coup franchement bien vu. La marque a su aller chercher une clientèle jusqu'alors éloignée des parfums de luxe en jouant habilement sur des codes bling-bling déjà installés. Sur le plan créatif, rappelons quand même que One Million impose un accord de tubéreuse boisée, cuirée, opulente et narcotique chez la gente masculine, que Or Black de Morabito, construit sur les mêmes notes ne fera jamais. Invictus, lui, sait puiser dans les succès méditerranéens tels que Sculpture et Cool Water sa trame "nouvelle fraîcheur" marine, salée et boisée. Bonne pioche et remarquable analyse de l'époque et des inspirations dans les deux cas.

Aujourd'hui, la marque voit juste quoiqu'un peu décalé avec la Pacollection, que je trouve personnellement très intéressante car elle respecte à merveille les fondamentaux de la marque : notes gourmandes et concept dans la tendance, à prix doux. On y trouve des notes de gâteaux, de café latté, de carrot cake au potiron, d'Isaphan pâtissier et même, avec Genius Me et Crazy Me, de fleurs métalliques. Fame, sans doute trop récent pour savoir s'il fonctionne, joue, lui, sur un accord d'entremet coco-fruits de la passion plutôt pas mal, un tout petit peu entaché par une note marine qui peut parfois ressortir trop. One Million va chercher sur un terrain masculin viril avec de l'ambre, du tabac, des raisins secs et du rhum ambré dans sa version Elixir. Phantom, lui, avec sa rhubarbe acidulée et confite à mi chemin entre le chic et le facile semble être un peu moins compris, mais je n'ai pas le recul. Je souligne également le surprenant Lady Million Fabulous, sorte de rose-poire "à la Petite Chérie" matinée de tarte tatin-glace vanille et crème fouettée que je trouve vraiment original. 

RIP l'artiste, et souhaitons que la marque sache toujours être en phase avec son époque, car, depuis "le parfum de l'époque", le slogan s'est rarement démenti, de facto. 

Illustrations : Parfums Paco Rabanne. 







lundi 30 janvier 2023

Supra Floral - Mugler 2018 : floral cosm(et)ique.

La promesse de Supra Floral est d'être un floral cosmique, presque futuriste et qui se glisserait parfaitement dans une vision Muglerienne. 

Si l'envolée de jacinthe pointue, verte, un peu râpeuse nous projette bien dans un univers futuriste assez abstrait par son aspect scintillant très cohérent avec le propos, j'ai du mal à cerner l'encens revendiqué, même si je suis persuadé qu'il apporte une touche minérale et pointue plutôt logique. Ce qui me plait dans ce parfum, c'est son évolution sur peau. 

Pour ma part, je trouve cet accord de rose, de jasmin, de notes solaires et légèrement irisées assez androgyne, tant il me rappelle le coté crème solaire de Salvia Blu de Bottega Veneta. Tel un alien, on ne saurait trop définir que si cet accord est plutôt fait pour les hommes ou pour les femmes. Toujours est-il que je l'aime bien, et en le portant, je pense aussi à Dioramour. Dans le fond, on reconnait la patte Mugler, par ses notes qui font parfois écho à Alien ou Alien Homme

Original, cosmique ou cosmétique selon votre perception. Peut-être pas si futuriste que ça, mais à redécouvrir, comme je viens de le faire ! 

Illustration : Mugler

dimanche 15 janvier 2023

Jasmin Bonheur - Guerlain 2023 : que du bonheur en effet.

Il y a bien longtemps que je n'avais pas été émerveillé devant une nouveauté Guerlain. Je dois bien avouer avoir été conquis par Habit Rouge l'Instinct l'an dernier, mais cela a fait feu de paille, je m'en suis vite lassé hélas. 

Jasmin Bonheur renoue avec un certain enthousiasme, avec son charme délicieusement rétro et joyeux, inspiré de l'univers coloriel et esthétique de Matisse, et qui me fait penser à Nu Rose Assis. 

Contrairement à ce que son nom suggère, ce n'est pas le jasmin que l'on sent à l'envolé. La bergamote toute fraîche, piquante et acidulée à la fois se conjugue à l'iris et à une violette toute fine et jamais trop présente pour un effet très poudré et noble. Le parfum se fait comme scintillant, avec l'effet que cela peut avoir sur le sillage, qui doit être remarquable. Ensuite, un iris de grande qualité demeure, pour laisser place petit à petit à un jasmin clair (sambac ?) et sans doute d'un peu d'osmanthus, dans un effet presque transparent qui dévoile des facettes de peau d'abricot duveteuse. Vous l'avez compris, le jasmin est ici traité tout en lumière et clarté. Un néroli aux inflexions farineuses et de chair, et des notes actuelles évoquant la mousse de chêne achèvent la partition dans un fond très confortable, très cocooning, et vraiment joli. Tout au long du parfum, une note de giroflée se manifeste et reste, et c'est cela qui fait écho à la grande parfumerie des années folles, on pense même à certains grands Caron. 

Avec son charme désuet d'iris poudré remis au goût du jour et qui ne tombe pas dans la caricature cosmétique, son sillage qui ne laissera pas indifférent, Jasmin Bonheur est pour moi ce que représente le "grand" Guerlain, dans la ligné de Voile d'été et de Guerlinade. Une bien belle création dans un style très parfum élégant et noble, composé des matières emblématiques de la marque autour d'une guerlinade qui se glisse tout en discrétion. Un vrai coup de coeur, le chic à la française par excellence, qui n'est pas sans évoquer par certains aspects son petit cousin Spell on You chez Vuitton, lui aussi plutôt bien né. Bref, hormis le prix, ce n'est que du bonheur ! 

Illustrations : Matisse l'atelier Rose, Guerlain.

lundi 9 janvier 2023

Kalan - Parfums de Marly 2019 : pur sang au fusain.

 

Allergiques aux bois ambrés, passez votre chemin, Kalan ne pourra pas vous plaire. Pourtant, je me demande toujours quelles autres matières pourraient être utilisées pour évoquer des notes de pierre, de fer, de poudre, pour retranscrire une ambiance mate, et une force olfactive. Quand on m'a demandé de travailler sur le parfum Jeanne Conquérante, je n'ai cherché aucun compromis afin de coller à ce qui m'était demandé, et oui, le parfum est brutal, franc, net et s'apprécie ou non tel qu'il est, avec ses bois ambrés. 

C'est aussi un peu le cas de Kalan : un bloc où l'orange amère apporte ses notes fusantes et métalliques, le poivre et les aromates leurs notes sèches et herbacées, qui peuvent faire penser au foin des écuries. La suite laisse apparaitre des notes de sous bois où la mousse de chêne joue un rôle non négligeable. La sensation mâte est apportée par un trait de bois ambrés persistants. Le parfum peut paraitre un peu brut au départ, mais il se révèle ravisant et très attachant sur la peau, grâce à un cocktail de cardamome et de cannelle, qui vont le réchauffer. Kalan me rappelle bien un pur sang au galop dans un champs d'herbes sèches, dans une forêt ou sur un terrain de lave et de mousse. 

Un parfum de landscape au style un peu british, comme s'il représentait le dessin au fusain d'un cheval fougueux. Il faut savoir l'apprivoiser, mais n'est-ce pas le propre d'un pur sang ? 

Bonne année 2023 à tous ! 

Illustrations : cheval au galop dessiné au fusain, Parfums de Marly. 

lundi 26 décembre 2022

Bonnes fêtes de fin d'année , on se retrouve en 2023 !

Cette année, je ne ferai pas de bilan de ce qui m'a plu ou pas, 2022 étant une année prolifique et aussi riche en belles nouveautés qu'en déceptions, ce qui est le cas tout les ans en fait. 


Je vous fais juste part de ce qui se prépare en 2023 du coté d'Olfactorum et de Thierry Blondeau Parfums :

  • Sur Olfactorum, je vais inaugurer une nouvelle approche sous forme de publireportages sur des produits que j'ai testés, qui présentent bien entendu un rapport avec la parfumerie et sur lesquels j'ai des choses à dire : gamme de gels douche, diffuseurs de parfums, bougies, univers boutique, autres. 
  • En Octobre 2023, on fêtera le 15e anniversaire du blog, déjà, je ne sais pas encore sous quelle forme : jeu concours, petite soirée autour d'un verre, les deux ?? 

  • 7 ans que Thierry Blondeau Parfums existe, mais les deux dernières années ont été compliquées sur le plan de la fabrication, des choix visuels, de la distribution, du financement et ceci fait que Santal Colada et Cuir des Sables sont en rupture depuis longtemps. Ce sera réparé en 2023, et le septième Opus verra enfin le jour, la vente se faisant toujours uniquement sur le site. 

Passez de bonnes fêtes, de la joie et du bonheur pour vous et vos proches et bien entendu encore de beaux moments parfumés. 

Illustration : Daniel Raynott

dimanche 18 décembre 2022

Violette Volynka - Hermes 2022 : subtil point d'équilibre.

La Russie n'est pas franchement appréciée en ce moment, et on peut s'étonner qu'une marque comme Hermes lance un parfum qui l'évoque en 2022, mais on peut aussi se réjouir de cet hommage au cuir de Russie revisité autour de la violette en vedette. 

Etonnement, l'essence de feuille de violette possède des notes cuirées assez marquées, qui évoquent davantage un cuir retourné comme le daim et cette sensation veloutée. Comme une pirouette ou un écho, il s'avère que certains cuirs, eux, ont bien des notes de violette. Depuis Tuscan Leather et le succès qu'il rencontre, force est de constater que le mariage de violette et de framboise fonctionne à merveille avec les notes cuir. Dans Violette Volynka, Christine Nagel s'est tournée vers un cuir russe de belle texture et de qualité exceptionnelle, pour le travailler autour des notes florales de la violette. Le défi : trouver le point d'équilibre.  

Une violette dont la puissance est pondérée par la force d'accroche du cuir. Ensuite, elle déploie son aura florale dans un sillage accompagnée de notes de rose et de framboise pour prendre du volume et s'exprimer. A ce moment, le parfum porte bien le nom de violette mais celle si n'est ni trop rétro, ni trop avant-gardiste : elle est juste. Quand le parfum évolue sur peau, la fleur s'efface peu à peu pour laisser place au cuir Volynka : cade, bouleau et sans doute un peu d'encens prennent le relai sans laisser la violette et la rose sur le coté, et le parfum prend des accents fumés plus timorés, en restant doux et veloutés. Dans le fond, un ambre légèrement minéral s'exprime, comme si on retrouvait la sensation du daim. 

Une belle réussite, que je trouve personnellement originale, surprenante, et très cohérente dans la collection. 

Illustrations : Hermes


dimanche 27 novembre 2022

L'accord Talc, il chemine tout en douceur.

Habillé de notes boisées et de fourrure dans Vol de Nuit, on le retrouve aujourd'hui comme s'il faisait son come back dans plusieurs créations récentes ou réapparues : l'accord doux, poudré et réconfortant du talc.  

Cologne Blanche de Dior l'habille d'une envolée d'agrumes, de notes aromatiques et épicées venant tout droit d'Eau Sauvage, mais elles s'estompent très vite pour le laisser apparaitre de manière évidente, entouré de bois clairs, de muscs propres, d'un soupçon de vétiver, de vanille et de miel. C'est un des tous premiers parfums voulus par Hedi Slimane, il fait une réapparition remarquable chez Dior, et on retrouve sa trame aujourd'hui dans toute la gamme Celine. Avec Bois Dormant, c'est mon parfum du moment. 

Florentina de Sylvaine Delacourte y puise également sa signature. Envolée d'agrumes également pour celui-ci, mais il est globalement légèrement plus dense et plus miellé que Cologne Blanche, sans en être trop éloigné non plus. Une pointe de notes vertes y apporte une nuance vivifiante et croquante. 

Iris Coffee de Cherigan, ourle l'accord talc d'un iris de toscane qui rappelle un peu celui de Iris Pallida autour d'un accord de café torréfié, qui apporte des nuances boisées sèches, et ça fonctionne plutôt bien. 

Cet accord talc, un brin rétro, représente pour moi le confort et le calme, c'est l'accord cocooning par excellence et je suis ravi de le retrouvé de nos jours. 

Illustrations : Maison de Parfums Christian Dior, Parfums Sylvaine Delacourte, Parfums Cherigan.