Ces deux parfums ont quelques points communs : ils s'adressent aux hommes, sur des trames boisées aromatiques en apparence faciles, et ils ont tous deux connu un succès très limité. Pourquoi ? Auraient ils été incompris, ou trop en avance sur la tendance ?
Coriolan tout d'abord : quand je l'ai découvert en 1998, c'était en pleine période ou psychologiquement, beaucoup pensaient de Lvmh allait tout cassé dans la maison, et ceci a eu pour conséquence de mal comprendre ce parfum.
Coriolan
tout d'abord : quand je l'ai découvert en 1998,
c'était en pleine période ou psychologiquement, beaucoup pensaient de
Lvmh allait tout cassé dans la maison, et ceci a eu pour conséquence de
mal comprendre ce parfum. Au premier abord, sa trame boisée paraissait tellement courante
que l'on avait l'impression d'un parfum peu original, ayant peu de
personnalité, mais c'était mal comprendre que Coriolan
était en fait un parfum d'initiés, capables de reconnaître la qualité
des produits naturels qui le composaient, comme l'immortelle, dont la
profondeur et la qualité approfondissait l'aspect "terre chauffée par le
soleil" que véhicule le parfum. Pour moi, Coriolan évoque toujours aujourd'hui les forêts de
pinède dans un paysage assez sec, et l'odeur d'un cheval aux tons ambrés au galop qui passerait dans ce paysage. Coriolan ne serait il pas d'ailleurs un joli nom pour un cheval ?
J'ai porté ce parfum une journée pendant mes congés, alors qu'il faisait
chaud, et je le l'ai redécouvert à cette occasion. Dans cet
environnement sec et aride, un soir d'été sous une chaleur torride, avec ses notes fumées, boisées, aromatiques et quelques facettes florales et ambrées, il était parfaitement à sa place. En outre, le flacon est magnifique....

Pour Higher, je crois qu'Hédi Slimane savait parfaitement quel
choix il faisait, car malgré des apparences assez simples et à priori
assez "vues", la construction de Higher révèle une finesse et
des facettes plus riches et plus "françaises" que certains parfums
américains dont il pourrait s'approcher olfactivement. Moins chargé en DhMol, l'accord de basilic
naturel et de poire structure le parfum demeure assez stable dans l'évolution, ce qui prouve une structure solide et affirmée. Quelques notes de jasmin,
d'hédione, de bois secs et de muscs blancs modernes affinent le trait
d'un parfum facile à porter mais très équilibré, dans lequel apparait
même une toute petite pointe de cuir. Je le redécouvre également alors
qu'il fait chaud, de même que son descendant que j'avais un peu
sous-estimé à son lancement, mais qui se révèle un peu dans la même lignée olfactive, à savoir Lacoste L12-12 White, dont les notes de
tubéreuse et de cuir d"un aspect camphré rappelant quelques crèmes
apaisantes utilisées dans l'univers du sport accompagnent parfaitement
les facettes fraîches et dynamiques, surtout par un temps chaud comme
celui de ce jour précis ou j'écris cet article. Le flacon, assez peu flatteur en terme de qualité perçue, mériterait peut être une autre réflexion ?

Coriolan,
lancé sous une autre marque aujourd'hui serait considéré sans doute
comme un produit de très bonne qualité technique et olfactive. Higher, lui,
trouve une descendance dans L12-12 White, et sa trame, bien que commune,
continuera à vivre tant que les hommes rechercheront de la fraîcheur.
Par rapport à d'autres produits du mainstream, Higher et L12-12 paraissent mieux composés, plus fins et plus intelligents.
Et si ces deux incompris en leur temps avaient droit à une seconde chance ? Qu'en pensez vous ?
Illustation : photo de chevaux au galop dans un champ aride, Guerlain, Dior.