Jusqu'au 25 juillet, c'est la semaine Tom Ford aux Galeries Lafayette à Paris ! Un podium immense en plein milieu, c'est une belle occasion de découvrir ou de redécouvrir la collection
Private Blend. Composée de 12 parfums à l'origine, trois nouvelles créations s'y ajoutent cet été :
Arabian Oud, un jasmin doux sur fond de bois de Oud,
Italian Cypres, boisé aux notes de pin des landes, d'aromates et de sable, et
Champaca Absolute, un jasmin-osmantus irisé, velouté, assez joli pour ces notes de feuille de thé vert et d'abricot. Je ne pouvais pas ne pas passer à coté, mais uniquement pour rêver car la raison du porte feuille est souvent plus forte que la passion (quoique). Je n'ai pas trop perdu de temps sur ces quinze fragrances, car seules deux ont retenu mon attention d'instinct de loup :
Tuscan Leather et
Noir de Noir. Les blogueuses féminines, séductrices en herbe, ayant déjà largement détaillé le sulfureux
Velvet Gardénia par ailleurs, je ne trouve pas utile d'y revenir.
Ces deux "blend" ont été créées par un duo de chez Firmenich, Jacques Cavalier et Harry Frémont. Il est possible que je revienne sur le premier, mais c'est le second qui retient mon attention aujourd'hui, l'accord rose patchouli étant un accord que j'aime par dessus tout et que je suis toujours surpris de voir interprété de manière très différente et avec bonheur dans
Voleur de Roses,
Rose Barbare, Perles et bien d'autres.
Noir de Noir est donc aussi un travail autour de cet accord.
La rose et le patchouli ouvrent en effet le bal dès les premières notes, vives et légères. Le parfum évolue très vite sur des notes plus douces, sucrées mais pas trop, où se sont la vanille et le safran qui dansent ensembles. Le parfum prend alors quelques élans anisés d'un bien bel effet. La salle est grande, le bal continue. Quelques minutes après que ces premiers couples de notes sont passés, le patchouli revient, accompagné d'un accord bois de oud-frambinone qui fonctionne plutôt bien. Belle harmonie, accentuée par l'entourage de quelques notes plus sourdes dont des mousses d'arbres et de nouveaux muscs dont Firmenich est spécialiste et qui évoquent la truffe par leur aspect duveteux, caressant et rond. Le cuir fumé et sans doute un peu de bois de cèdre forment le couple final avec une belle élégance.
J'aime beaucoup la signature de ce parfum qui est une belle transcription olfactive de ce que serait une rose noire, veloutée, sombre, intrigante et diablement addictive. Ses accents de pruneaux m'évoquent de belles liqueurs vieillies en fût, où ces arômes, ronds, riches et nobles se développent également. Les parfumeurs se sont appliqués à travailler avec le même souci du détail que celui apporté à la confection d'une de ces liqueurs précieuses ou, pour rester au bal, à celle d'un costume de bal vénitien. Velours, laine, fil d'or, soie, cuir tissés les uns aux autres sont les matières qu'il m'évoque. La conjugaison des notes donne vraiment l'impression d'un costume brodé autour de cette rose noire, qui cacherait son visage

derrière un masque. Passé minuit, le masque tombe. Se dévoile alors une vérité que j'aimerai ne pas voir : l'accord rose noire de minuit se révèle être ... celui de
Midnight Poison. Etrange vérité, d'autant que ce sont les mêmes parfumeurs qui ont créé les deux parfums. Heureusement, la similitude ne se voit que le temps d'un accord et sur quelques facettes, mais peu sur la forme. L'on sent nettement la différence de qualité sur les matières premières utilisées dans
Noir de noir, qui se révèle plus profond, plus sombre et plus complexe. L'honneur est sauf !
J'en redemande pour ma part, et même s'il m'est impossible de ne pas voir cette filiation entre les deux parfums, le détail fait mouche, la nuance fait toute la différence et
Noir de Noir me fait envie, en regrettant le prix à payer. C'est peut être ça le vrai luxe après tout ?
Et vous, qu'en pensez-vous ?