jeudi 23 avril 2015

Rose Desgranges vs Jessy's Rose : jeu de roses !

Que peuvent bien se dire les roses quand elles se croisent sur un terrain où visiblement, elles sont très enchantées à l'idée de partager une partie de ping-pong ? Sans doute sont elles un peu cousines, car il y a des traits communs et elles ont en elles des gênes qui les unissent. Pourtant, chacune jouera de sa force propre, de son caractère, pour défendre ses balles et jouer fairplay.

Lorsque l'on vaporise Rose Desgrange dans une pièce et Jessy's Rose dans une autre, et que l'on fait des allers-retours entre les deux, il est évident que l'on assiste là, sous nos narines, à un jeu ou même à une causette entre amies, comme si ces deux là avaient beaucoup de chose à se dire !

Si je vous dis qu'elles ont toutes deux été inspirées par une "muse", une femme :  une femme, dont un fameux perruquier du faubourg Saint Honoré, l'audacieux et visionnaire Albert Meyer, était tombé amoureux pour la première, une amie très chère pour la seconde. Les matières se parlent, se font écho, se contrastent et chacune des deux personnalité de révèle au fur et à mesure, laissant entrevoir un caractère propre. La rose, la pivoine framboisée, le solaire ylang-ylang, le patchouli bien rond seraient un peu leur langage commun. L'iris fusant et doux à la fois, le jasmin lumineux, la douce et voluptueuse vanille, la piquante graine d'ambrette de Rose Desgranges répondent à la souplesse du cuir, à l'onctuosité du santal et au mordant d'une pêche jaune de Jessy's Rose. Se livre alors un vrai jeu de roses, une partie, qui laisse hésiter entre l'une ou l'autre qui aiment se renvoyer la balle !
Le parfum Rose Desgranges, c'est une rose douce et suave, sans doute très proche de la personnalité même de Rose Desgrange, adopter Jessy's Rose, c'est apprivoiser l'espièglerie plus "rock" et dynamique de Jessy, mais vous aurez affaire, là, à deux sacrés caractères !

Illustrations : Valérie Pasmanian, Rose Desgranges, 70 rue du Faubourg Saint Honoré, Parfums Thierry Blondeau, chez Jovoy à Paris et à La Maison de Parfums à Rouen.

lundi 6 avril 2015

N°5 Eau Première - Chanel 2008 : le culte de l'élégance.

Comment, après tant d'années, revisiter un mythe sans le dénaturer, en lui ajoutant ce petit "je ne sais quoi" de modernité et d'élégance contemporaine ?  

Revisiter N°5 serait un peu voir la vie comme si la technologie de la lumière avait changé en presque 95 ans, alors que les petites ampoules faiblardes ont été remplacées par des LED, dont la portée et la percée, plus froide mais plus vive, fait évoluer notre paysage urbain.

Nous nous retrouvons alors sur un plateau TV, le rideau est baissé, tel un voile, il se lève doucement pour révéler un nouveau talent. Dans la percée froide des néons, une voix cristalline s'élève et enchante le public. Pure, noble, élégante, elle captive. N°5 Eau Première me fait le même effet. Après le voile poudré des premières notes qui fait assez bien écho à l'original, c'est un coeur plus lumineux qui s'ouvre. Le parfum crépite, pétille et vibre dans un esprit très contemporain, qui porte la trame du N°5 dans le XXIe siècle. Ce sillage lumineux est sans doute dû au travail qui a consister à retirer un peu de la facette ambrée et "animale" du N°5 pour le rendre plus "clean". Les aldéhydes ne sont plus les mêmes non plus, ce sont ceux d'aujourd'hui, plus fruités, plus souples aussi.

Je me rappelle l'avoir découvert pour la première fois dans les rues de New York, où son sillage était déjà répandu, alors qu'il venait juste d'arriver : il attirait immanquablement par le rappel d'un grand parfum connu, sans toutefois que l'on se dise "c'est N°5". Il en avait pourtant la même envergure et une signature unique et identifiable. L'exercice est donc parfaitement réussi et maitrisé, même si N°5 Eau Première joue avec la peau d'une manière plus détendue, peut être un peu moins contenue que la perfection du N°5.

La voix traverse le studio, avec une élégance singulière et évidente. Le public est conquis, N°5 Eau Première cultive la même élégance simple et décontractée telle une vraie valeur maison perpétuée dans le temps. 

Illustration: Emji, Nouvelle Star 2015, Chanel.

samedi 28 mars 2015

Tom Ford Noir Extrême - Tom Ford 2015 : Petit Dahab ?

Dahab de Min New York, marque ultra confidentielle que l'on trouve chez Jovoy à Paris, est, autant le dire tout de suite, un véritable coup de coeur par ses notes, ses évocations, sa construction et la richesse de matières qui se déploient sur la peau. Véritable petite pépite multi facettes, riche et dense, il réinterprète l'idée de Djédi de Guerlain dans une vision plus contemporaine.

Une envolée presque camphrée vient saisir la rose qui joue avec les épices telles le safran, la noix de muscade, le cumin. L'ensemble s'enroule dans un magnifique blend  de notes ambrées et vanillées, avec un fond presque poudré très "daim sableux" ponctué de notes fumées et d'encens. Pour qui est un peu sensible à l'idée de ce que peut sentir le souffle du désert (Dahab), la note est juste, le sable chargé de vent et d'épices est bien là, une certaine histoire aussi. Hélas, et vraiment je le regrette à tire personnel, ce parfum et la collection à laquelle il appartient, très intéressante olfactivement et créativement, est d'un prix conséquent, qui le réserve à quelques privilégiés, ou a des passionnés qui économiseront des mois pour peut être, un jour, craquer, ce qui risque fortement de m'arriver.

Tom Ford, en esthète averti que nous connaissons, sait sans doute repérer les pépites olfactives. Sûr de son goût, il a sans doute arpenté la parfumerie New Yorkaise Min pour y dénicher son inspiration, tant la trame de son dernier descendant de Noir, Noir Extrême, est proche de Dahab. On y retrouve la note principale, la construction, la richesse et la densité : j'y vois quelques nuances de prune confite, de bois secs. Les épices sont plus prononcées, le cuir est moins présent, les notes fumées aussi, la note camphrée est gommée et il manque le coté salé du vent du désert. L'ensemble est plus "rentre dedans" et de manière évidente moins subtil, mais son prix est quasiment divisé par trois. C'est très terre à terre, mais ça compte sans doute.

Dahab est en comparaison plus ciselé et plus complexe, plus riche et facetté et dévoilera plus de subtilité sur peau et dans son sillage. Noir Extrême se situe dans la lignée d'un Sahara Noir, c'est un parfum sec, qui s'inspire du désert et des caravanes, en ajoutant la fumée du narguilé, mais les notes, assez puissantes et efficaces "à l'américaine" sont tout de même traitées avec subtilité. En revanche, comparé à Dahab, le mot exceptionnel prend son sens tant ce dernier dévoile ce "petit plus" pour lequel nous serions presque prêts à mettre trois fois le prix du Tom Ford. 

Un petit, qui n'a pas l'envergure du masterpiece, car je crois bien que Dahab en est un, mais qui se démarque très bien pour un parfum de grande diffusion. 

Illustrations : Bibliothèque coranique à Chinguetti en Mauritanie, Tom Ford, Min New York.


lundi 23 mars 2015

Filles de figuier.

Et oui, les toutes premières interprétations de figuiers en parfumerie sont apparues il y a déjà une vingtaine d'années. Parmi ces premiers éléments, deux se distinguent nettement et ont acquis une notoriété auprès du public, d'une part, parce que leur odeur est des plus agréable, mais aussi parce qu'ils sont très figuratifs : le premier, Premier Figuier de l'Artisan Parfumeur, s'applique surtout a recréer la sensation d'herbe fraîche sous l'arbre en lui même, tandis que le second, Philosykos de Diptyque, s'entoure de foin coupé comme dans un souffle d'air qui brasserait les feuilles de l'arbre.

Si l'on excepte celle de Heeley, qui joue les trouble fête entre les deux, de nos jours, la figue a pris des rondeurs et se voit différemment. Si les premiers tournaient autour de l'arbre, la seconde génération suit le mouvement en se concentrant plutôt sur le fruit, pulpeux et généreux. Ainsi, Fico di Amalfi enroule t il la figue dans un cocon de pêche jaune et juteuse, de muscs ronds et doux, dans un ensemble floral duveteux et lumineux à la fois. La même lumière se remarque dans Caligna, digne "petite fille" de Premier Figuier, la même générosité du fruit aussi, mais avec une note plus aromatique de sauge et de foin. La sève, le jus du fruit et la paille autour des figuiers ont fait leur entrée. 

Le troisième ouvre peut être une nouvelle voie, entre les grand public qu'étaient Paul Smith London pour Homme et Marc Jacobs Men, et quelque chose de plus conceptuel, car il revendique l'idée de la feuille. L'odeur est plus brute, plus acre, presque terreuse mais très réussie autour de cette idée du Figuier Ardent qui lui donne son nom chez Atelier Cologne.

La figue a t-elle dit son dernier mot ? Peut être pas, car à sentir la bougie Datte de Iunx, il y a sans doute là encore une ouverture qui se trame. A bon entendeur, ces filles auront aussi une descendance à n'en pas douter.
Illustrations : Figues par M.P. Cazeau, Aqua di Parma, l'Artisan Parfumeur, Atelier Cologne. 

samedi 14 mars 2015

Le Jardin de Monsieur Li - Hermès 2015 : ocre zen.

Après la méditerranée, le Nil, les toits de Paris et l'Inde, le dernier voyage d'Hermès nous emporte du coté de la Chine, dans un jardin imaginaire empli de zénitude : celui de Monsieur Li. Comme le travail avec l'artiste Li Xin est revendiqué, j'ai bien envie de lire ce parfum en faisant le lien entre l'aspect coloriel de l'univers développé, et l'aspect olfactif, car le dégradé est pertinent.

Jaune orangé : dès les premières notes, le kumquat, un petit citron jaune orangé, dévoile ses notes vives et piquantes, légèrement amères qui seraient une sorte de mix entre la bergamote, le pamplemousse et la mandarine. Il dynamise l'envolée. 

Vert duveteux : le jasmin "sampaquita", un jasmin légèrement sucré et débarrassé de ces facettes acétiques et animales, déploie ensuite sa douceur abricotée et s'enroule dans le fondu de vert foncé d'un accord croquant de prune et d'ionones, que je trouve assez proche de ce qui fait l'intérêt de j'Adore. Ici, il rejoint également pour moi le coeur "peau d'abricot" de A Scent, sans avoir le mordant vert de ce dernier.  Les jardins d'Asie n'auraient-ils pas ce point commun ?

Gris pastel : ce vert foncé décline ensuite tout en douceur sur un dégradé de gris, une sorte de boule de muscs propres et modernes travaillée autour des notes de pierres mouillées de l'ambrinol et du cashmeran.  L'évocation de la pluie sur les pierres, ainsi que la moiteur d'un jardin après la pluie n'en ai que plus réaliste. C'est à ce moment que le parfum se densifie, car cet accord gris lui donne de la générosité, une rondeur "laineuse", qui, comme Cuir d'Ange, rompt avec les créations minimalistes auquelles Jean Claude Ellena nous avait habitué ces derniers temps.

Ocre poudreux : au bout de quelques heures, et c'est techniquement assez surprenant je dois dire, cette densité se défait pour devenir poudreuse, comme si les molécules se détachaient du corps du parfum pour à nouveau se réveiller sur peau sur quelque chose de plus dispersé dont les notes olfactives et la structure se rapprocheraient de Vanille Galante et Dries Van Noten. Oui, il y a sans doute un peu d'une fleur de lotus vanillée dans ce jardin zen ! 

Un dégradé d'ocre zen que je contemple avec le sourire, car Le Jardin de Mr Li me fait tout simplement un effet physique ; avec un peu de recul sur l'olfactif pur et le ressenti immédiat que j'en avais, j'admire le dégradé de couleurs et olfactif, je suis surpris par sa structure à la fois dense et poudreuse, et je me sens bien, calme et optimiste. J'aime le porter en "Friday Wear" pour bien finir la semaine. 

Illustrations : dégradés d'Ocre et Michèle Reynier, site : ici , Hermès. 
Lien vers le site sur le travail de collaboration Hermes / Li Xin : ici.


jeudi 12 mars 2015

Ils sont en boutique !


Un article rapide pour vous informer que mes quatre parfum, Alea Jacta Est, Cuir Extrême, Jessy's Rose, Narcisse Emoi sont en boutique : 

A Rouen, au 35 rue Damiette, à la Maison de Parfums depuis début Février, où vous reconnaitrez aussi ceux d'Anatole.

A Paris, au 4 rue de Castiglione chez Jovoy depuis ce matin.


Je tiens à les remercier pour leur accueil et sur le fait qu'ils sont moteurs et m'encouragent pour ce qui est un début, parfois maladroit, mais riche en rencontres et découvertes ! 

Illustrations : 
En haut : à Rouen
En bas : à Paris.

samedi 7 mars 2015

Colony - Jean Patou réédition 2015 : je suis Colony.

Depuis très longtemps, je rêvais de le découvrir. La forme de son flacon originel, une sorte d'ananas stylisée, sa couleur d'un jaune doré et profond présageaient un beau parfum. Lors des premières rééditions travaillées par Jean Kerléo dans les années 90, je n'étais à vrai dire pas assez impliqué dans le parfum pour aller le découvrir. Ainsi, Colony est un parfum que j'ai longtemps fantasmé, jusqu'à la semaine dernière, alors que Thomas Fontaine présentait son re-travail à partir des formules d'origine de Vacances, de Colony et de l'Heure Attendue. Autant le dire tout de suite, ces trois là sont de petites merveilles, mais celui qui retiendra immédiatement mon attention et fait exploser mes sens, c'est Colony.
  
"Tu te souviens Rousseau, du paysage aztèque,
Des forêts où poussaient la mangue et l’ananas
Des singes répandant tous le sang des pastèques
Et du blond empereur qu’on fusilla là-bas.
Les tableaux que tu peins, tu les vis au Mexique"
Apollinaire - Ode à Rousseau, 1908

Voici donc résumé en quelques mots ce qu'est pour moi Colony

Je suis Charlie :  le temps des colonies est une période dont on est assez peu fiers, mais je ne veux pas y voir que l'aspect négatif, car c'est aussi, pour nous peuple de chercheurs découvreurs curieux, une période d'ouverture sur de nouveaux horizons, de nouvelles matières (bois, épices), de nouveaux fruits (mangues, ananas, bananes), et des cultures différentes que nous accueillons avec bienveillance, tolérance et ouverture d'esprit. 

Je suis la fête : la fête des années d'arrivée du jazz, du charleston, des pubs où l'on s'amuse, ou l'on boit et fume, où la femme s'émancipe. Le temps où Joséphine Baker secoue des bananes autour de sa taille au son d'une musique entrainante. Colony, c'est une sorte de ti-punch bien garni, qui aiderait à se détendre et à s'amuser.

Je suis Art Déco : parfum Art Déco par excellence, l'épaisseur de ses contours et la richesse de sa texture, la qualité de ses matières me fait penser aux moquettes épaisses et aux bois précieux des lourds meubles vernis des année 30. Colony sent le teck, l'orme, le bois ciré et vernis.

Je suis le voyage : il porte en lui le regard du parfumeur Henri Alméras sur l'abondance nouvelle d'un monde qui s'ouvre, commence à dialoguer et à s'enrichir des apports de nouveaux continents. Les épices (cannelle, girofle), les fleurs précieuses (jasmin, rose), les fruits gorgés de soleil (ananas, bergamote), les bois nobles (vétiver, patchouli, santal), l'ambres et le cuir, toutes les facettes d'une belle oeuvre sont réunies. Colony, c'est contempler un tableau du Douanier Rousseau et se projeter au temps où ces paysages étaient nouveaux, à la fois luxuriants et intrigants car encore inconnus.

Je suis Colony : comment pouvait-il en être autrement, avec moi, Méchant Loup, admirateur depuis mon plus jeune âge de Miss Dior, l'original ? Par sa structure ananas, rose-jasmin, vétiver sur un accord chypré, Colony est indéniablement précurseur de ce merveilleux parfum riche et facetté, mais le cuir et les épices le densifient (sur ma peau en tout cas) et le masculinisent. Je l'avais fantasmé, la réalité est tout aussi belle, et largement à la hauteur de mes attentes. 

Depuis une semaine, je suis Colony.  

Avec Vacances, véritable invitation à flâner dans une allée couverte de lilas, l'Heure Attendue, choc frontal entre les notes aldéhydées de N°5 et de l'ambre vanillé de Shalimar, et ce merveilleux Colony, l'année 2015 Jean Patou est un très bon cru. 

Illustrations : Henri Rousseau, Jean Patou.