mercredi 13 juin 2018

Dans le Noir : sentir, à nu, se surprendre et s'émouvoir !

Depuis début Juin, des ateliers découverte des familles olfactives se sont ouverts au 40 rue Quincampoix, ce qui n'a rien d'original me direz vous, sauf que leur particularité est qu'ils sont réalisés dans un noir total.

Sentir dans le noir total engendre une déconnexion de tout ce qui peut influencer une odeur ou un parfum : couleur, flacon, environnement, plus rien n'existe que l'odeur pour ce qu'elle est. On se laisse alors porter par ce que l'on ressent, pas ses souvenirs et ses références, à tel point que, uniquement concentré sur la sensation que me procurait une matière, je n'arrivais pas à reconnaître un vétiver bourbon. La vanille, que l'on imagine sucrée et douce se révèle animale, cuirée et végétale à la fois, c'est surprenant, mais criant de vérité. Un parfum comme Ambre Sauvage d'Annick Goutal ou Sel de Vétiver de The Different Company dévoilent leurs facettes sans masquer leurs contours, et l'on perçoit beaucoup mieux le propos voulu par le parfumeur. Les langues se délient, les émotions transpirent, le vrai apparaît par magie, c'est troublant. 


Contées par la voix douce et mélodieuse de Tiffany qui a fait de son handicap de mal voir une force de mieux sentir et parler, les histoires vous transportent au coeur même des matières, au sein même de l'idée originelle d'un parfumeur.  

Relaxants, rafraîchissants et surtout très instructifs, ces ateliers sont une façon ludique, didactique et intelligente d'enseigner ce qui est beau naturellement dans le parfum et la parfumerie, à l'aveugle, sans artifice. A s'offrir ou à offrir ! 

Illustrations : Dans le Noir , divers. 

jeudi 31 mai 2018

Les parfums masculins Louis Vuitton : l'âme du voyage !

Jeudi 31 Mai 2018, 11h30, Show Room Parfums Louis Vuitton des Champs Elysées Paris, beau temps, peu de touristes, rendez-vous en tête à tête avec Najette, l'experte parfum du lieu. Je trépigne !

Quel titre facile que l'âme du voyage! Mais pourquoi pas après tout parce que tout, à travers l'histoire de la marque, inspire l'évasion ? Les matières, les noms, les formes invitent au nomadisme moderne et à l'aventure. Après sept créations il y a bientôt deux ans qui jouaient sur un registre plutôt féminin et policé, le parfumeur maison Jacques Cavallier-Belletrud revient en ce jour précisément avec cinq nouvelles évocations de voyages, mais ce coup ci côté hommes.  

"Par un matin d'orage, sur la route, au hasard je me perds, laissant porter mon imagination  jusqu'à contempler l'immensité d'un nouveau monde !" Tel pourrait se résumer l'histoire qui a guidé la création. 

Par un matin d'Orage, un patchouli lumineux, transparent, frais et vif me chatouille de ses feuilles vertes humectées d'agrumes. L'iris apporte un petit contrepoint à cette luminosité et marque la transition avec la chaleur du vétiver, qui rejoint les notes de fond du patchouli. Etonnamment frais et vif, doucement vert, légèrement humide, Orage porte bien son nom, et quelle belle couleur ! C'est mon premier coup de coeur. 


Sur la Route : noyé de bergamote et de cédrat aux accents pétillants et lumineux, je retrouve les muscs blancs propres et nets parfaitement adossés à de la mandarine, des bois clairs et une note que l'on retrouve en fond qui appuie le tout, le baume du Pérou, d'une douceur incomparable. Evocateur des côtes italiennes autour d'Amalfi, et sans tomber dans l'écueil de la figue, ce parfum pétillant et optimiste est l'équilibre parfait d'une Cologne moderne qui tient bien. J'aime beaucoup. 

Au Hasard je me perds : surprenant, déroutant, on ne sait pas vraiment quelle matière identifier ici ! On remarque bien le contraste saisissant entre l'ambrette à la note d'alcool de poire et le santal revendiqués, mais ils s'entourent de matières vertes, lumineuses et caressantes à la fois. J'y sens quelques muscs blancs également, quelques bois modernes mais sans excès, bien dosés. D'un bel équilibre entre ombre et lumière, Au Hasard est celui qui m'intrigue le plus, mais de manière addictive. 

Pour contempler l'Immensité : sans commentaire sur celui-ci, je laisserais chacun apprécier. Du oud, du cuir, du gingembre et du pamplemousse (?), du bleu, des millions et un nom, c'est peut-être ça l'immensité après tout ?

D'un Nouveau Monde : celui-ci est un oud, un vrai, mais un "oud-doux", comme j'aime le dire. Proche du tout premier Oud de Francis Kurkdjian, il me surprends cependant par sa note juste, le contraste parfait entre le safran, le chocolat et un vrai Oud Assam (voir la photo). Ses facettes irisées et cuirées le rendent très gustatif, avec un net parfum de reviens-y quand on le porte. Joli à croquer ! 

Vous l'aurez compris, je ne m'attendais pas à ce que sur les cinq, quatre soient de vrais coups de coeur, et je me réjouis également de voir que grâce à la renommée de la marque, ces accords trouveront un public mondialement, pour permettre au plus grand nombre de se familiariser avec ces jolies notes et ouvrir une porte à de beaux parfums de niche peut-être ? Pour ma part, je vais de suite  me noyer dans l'Orage

Illustrations : moi même au show-room des Champs Elysées.                       

mercredi 16 mai 2018

Aura Eau de Toilette, Angel Fruity Fair - Mugler 2018 : les Mugler aux notes justes !

Généralement, l'on s'imagine que porter une Eau de Parfum, c'est mieux qu'une Eau de Toilette ! 

Généralement, dans l'imaginaire collectif, soit. Mais, depuis le début de ce blog, je tente souvent d'expliquer que ce raisonnement est parfois stupide. C'est avant tout une signature, une identité, une certaine harmonie et l'intensité des notes qui font l'intérêt d'un parfum, au delà de la pure concentration. Dans le cas d'Aura, c'est assez flagrant, tellement l'Eau de Toilette parait plus juste que l'Eau de Parfum par rapport au concept et à l'intention de départ. 


L'envolée qui se veut être proche de ce que pourrait sentir une liane sauvage dans la nature imaginaire de la publicité est tellement plus perceptible, plus travaillée, plus fine et lumineuse. On la distingue clairement, et elle tient son rôle là où il le faut sans être noyée sous le noyaux fleur d'oranger-tubéreuse très puissante comme c'est le cas dans l'Eau de Parfum. L'envolée plus fraîche et pétillante est également beaucoup moins brutale et plus rieuse. Un Aura Eau de Toilette doté d'une belle aura, telle qu'elle aurait dû être dès le lancement. 



Pour Angel Fruity Fair, ce n'est pas exactement la même chose. C'est plutôt la justesse et l'équilibre global que je voulais souligner. Est-ce parce que je travaille sur un chypré actuellement que je remarque immédiatement cette structure dans cette déclinaison ? Toujours est-il que derrière une belle harmonie pas collante mais pétillante de fruits acidulés (pomme, ananas, fraises) se cache un beau patchouli terreux et transparent à la fois, relevé presque instinctivement tellement ça fonctionne par les baies roses et une rose fraîche. Le tout est beaucoup moins gourmand qu'un Angel classique, dont on reconnait la pâte vanillée cependant, et le sillage est tout aussi reconnaissable.  

Notons donc ces deux jolies déclinaisons, qui annoncent peut-être quelque chose de bien concernant la nouveauté de l'année , le très attendu et prometteur (?) .... roulements de tambours, Alien Man !  



Illustration : audit clipart, Mugler


jeudi 19 avril 2018

Le prix de l'export.

"Whah wuld yu du feur leuv ?", "keuwkeuw Mameuzelw, leu niouvel eu de peurfain unetonsse !", "Leuck niouvelle Eu de pieurfain !", "Si a la felicita, si a l'emizione!". C'est désormais chose courante, les publicités pour les parfums s'internationalisent à grand coup de français prononcé à l'anglaise ou avec un slogan en langue étrangère. Le parfum est à la France ce que l'automobile est à l'Allemagne, un produit image, qui génère de la valeur, et contribue au rayonnement de notre pays.

Ca marche, et pour une fois, je ne dirais pas que le marketing est inutile ou superflu dans cette démarche, car s'adresser à des peuples ou des cultures différentes des notre exige d'en déchiffrer les codes et de s'adapter pour y exercer son activité. La culture parfum n'est pas la même en Europe, au Etats Unis, au Moyen Orient et en Asie. Ainsi, les marques multiplient les offres, que le consommateur français ne comprend parfois pas du tout, mais le parfums s'exporte et se répand. 

Pourtant, faire connaitre à petits pas ses références, comme le fait l'Artisan Parfumeur en jouant sur des codes plus légers les trames de Mûre et Musc dans Champs de Baies, et de La Chasse aux Papillons dans Champs de Fleurs pour s'adresser à l'Asie, amener les japonais ou les coréens, peu enclins aux parfums puissants par méfiance ou gêne aux autres parfums d'une collection est finalement, quand on y réfléchit bien, assez habile et légitime. Je retiendrais un autre exemple : les parfums Louis Vuitton ne font visiblement pas l'unanimité chez les amateurs de parfums, pourtant, ils rencontrent un succès conforme à ce que véhicule la marque et font connaitre la culture du parfum français à l'étranger, à leur manière. Comment ne pas se réjouir par exemple de voir la jolie mandarine douce et fruitée de Le Jour se Lève s'adresser au pays du soleil levant sur un lit de basilic frais ? 
C'est un peu pareil pour la maison Dior : les parfums sont "parkerisés", un peu fades pour certains, mais le rayonnement international de la marque ne peut se permettre de folies créatives que son public ne comprendrait pas, et les connaisseurs ont depuis longtemps largué la marque. 

Voilà, sur un secteur phare de notre économie, là où l'on trouve tout de même, quand on y regarde bien, de jolies choses, il serait peut-être bien, pour que continue de vivre le parfum, d'accepter un peu ce prix de l'export ? And you, what would you do for love ? 

Illusttrations : L'Artisan Parfumeur, Parfums Louis Vuitton

mardi 27 mars 2018

Eau Lente - Diptyque 1986 : éloge de la lenteur.

Dans l'histoire de la parfumerie, il y a les blockbusters qui cartonnent à coups de pub, font la une pendant deux ans, et vivent à coups de dérivés, puis il y a ceux qui vivent, qui résistent au temps et s'installent comme des références par leur style, leur qualité. Né au milieu des années 80 où les tubéreuses criantes et les strass étaient à la mode, lentement, à contre-courant, Eau Lente s'est construit un chemin. 

Lentement, Eau Lente traverse le temps. En prenant de jolies rides au passage il faut bien le reconnaître, elle tient largement tête à quelques "nouveautés" du moment, qui tendent à reprendre des codes anciens pour se démarquer, mais dont la pertinence prête à la réflexion sur ce que l'on achète réellement : un concept ou un parfum ?  

Lentement, Eau Lente traverse les genres. Sa double facette qui oscille entre "fougère" et "ambre" en fait un parfum parfaitement unisexe je trouve. On y sent quelques similitudes avec English Fern par exemple, et bien sûr, une filiation directe avec un Shalimar vintage ou l'Eau d'Ambre Extrême. 
Lentement, Eau Lente traverse les codes. Sur un homme, ses notes de lavande, de géranium, de coumarine et de santal ne choqueront pas les habitués des parfums masculins. J'imagine qu'un petit soupçon de sauge vient même accentuer le propos. Sa trame ambrée assez classique se retrouve plutôt dans des féminins. Elle s'appuie sur l'opopanax, une résine et légèrement fumée, la vanille et le tolu. Toutes trois ont en commun la douceur.  
Sur peau, le parfum se fait rosé, propre, et évolue sur des notes douces, baumées et cuirées. Quelques épices se font entendre, comme la muscade et la cannelle. Il s'harmonise très bien avec le cuir. 

Eau Lente, c'est un des parfums emblématiques de Diptyque, une référence, qui fait éloge à la lenteur, au calme, au temps de prendre le temps.  

Illustrations : Horloge de Julio Le Parc 1980, Diptyque 1986. 


mercredi 21 mars 2018

Gentleman Eau de Parfum - Givenchy 2018 : joli môme.

Un peu plus de dix ans après Dior Homme, qui portait l'iris en son centre, et sans compter l'interprétation actuelle très "limite" du Iris Gris de la marque Jacques Fath, nous assistons aujourd'hui à une nouvelle vision de la note. Il faut croire que les marques et les formules se parlent au sein du groupe Lvmh, car il me semble reconnaître en ce Gentleman eau de parfum l'approche amorcée par Thierry Wasser chez Guerlain avec Ambre Eternel il y a deux ans autour de l'iris et de l'ambre. 


Accord iris très travaillé qui s'associe de manière assez naturelle au gris d'un beau poivre. Dense et intense, le coeur boisé s'habille de patchouli, mais tout en fondu dans l'ensemble. Ce qui reste se love ensuite dans un accord porté par les nouvelles notes ambrées (ambrox, ambroxan), de la vanille, du cuir et le baume de tolu, très suave et résineux. 
Par rapport à Ambre Eternel, que j'aimais déjà beaucoup, je le trouve plus sombre, plus sourd, plus cuir et légèrement plus camphré. Puis, voir un nouvel accord d'iris gris me réjouit. 


Il faudra cependant avoir la main légère si vous aimez ce joli môme, car il est assez intense, mais franchement, cette eau de parfum réussit là ce que l'eau de toilette n'a pas su faire : apporter du nouveau, enfin ! 

Illsutrations : Anne Geddes, Black Iris par Georgie O'Keefe, Givenchy.  


dimanche 18 mars 2018

Citron Noir - Hermes 2018 : d'un bleu sauvage ?

Parler de citron noir, c'est associer la fraîcheur piquante d'un citron bien de chez nous à des notes fumées que l'on trouve en Asie dans le thé Lapsang Souchong, mais aussi dans ces citrons noirs, que l'on boue et fait sécher pour les utiliser en cuisine. L'idée est belle, le mariage intéressant ... dans l'idée. Mais j'aime, j'aime pas, c'est parfois le sentiment que l'on éprouve en testant un parfum. Dans L'Eau de Citron Noir, j'aime la fraîcheur citronnée, vive, pétillante d'un citron juteux, relevée par des notes fumées et des bois secs. 

J'aime moins, ces bois secs justement, qui durent et collent, et font entrer cette Eau dans le rang de ce qui marche actuellement ; agrumes fusants, coeur boisé aromatique, ici relevé de fumée, et bois secs qui collent et durent, durent, dur-dur. Pourtant, l'ensemble est plutôt bien construit et pas si désagréable au porté, car on a la sensation d'un thé Lapsang Souchong sec et rêche, et que sur ma peau, la fraîcheur des agrumes et la note fumée reste présente, malgré les bois qui pourraient étouffer. Au final, peut-être que je ne m'attendais tout simplement pas à ces notes là sur une Cologne d'un joli Bleu Sauvage😉 chez Hermes. 
Je ne déteste pas et sur moi il n'évolue pas trop mal, mais en revanche, avis 100% "rejet" autour de moi. Verdict : comme pour Sauvage ou Bleu, interdiction de le porter sous peine d'étouffement. Déroutant !  

Illustration : Hermes, Citron noir.