vendredi 6 septembre 2019

Idôle - Lancôme 2019 : vénération X, Y, Z, etc.

Idôle : Personne qui est l'objet d'une tendresse ou d'une admiration passionnée de la part de quelqu'un, et, en particulier, vedette de la chanson ou du music-hall adulée par le public. 

Né chez Lubin, après avoir fait un tour chez Armani il y a dix ans tout juste, le nom Idôle ressort du placard cette année pour "le" lancement de 2019. En effet, après le succès incontestable de La Vie est Belle, Lancôme est légitimé pour un long moment aux cotés de Dior et Chanel sur un marché où les lancements ont beaucoup de mal à percer. Idôle arrive tout de rose vêtu dans un flacon ultra plat mais qui ne tient pas debout, avec un concept aux petits oignons que la marque peut largement s'offrir.

Ici, point de créativité azimutée, point de belles notes d'encens ou d'ambre trop connotées, point de bois résineux ou de mousses pointues.

Idôle, c'est un bon élève qui ne fait pas de vague : une rose fraîche et assez fine, qui signe avantageusement l'identité retrouvée de la marque, vaguement abricotée, légèrement pêche blanche, de la pivoine, ronde et opulente, aux hanches charpentées, de la fleur d'oranger, subtile, puis des muscs, beaucoup de muscs, blancs et qui créent une sorte de bulle de confort qui dure, qui dure. L'effet "chypre transparent" lui assure un sillage digne. C'est doux, c'est neuf, c'est assez confortable, un peu lessiviel mais honnêtement, pas désagréable. Comme le souligne auparfum.com, on préférera sans doute sentir Idôle dans un wagon de métro, que son aîné : la vie sera vraiment plus belle ! 

Un lancement pas si mal, mais sans risque, qui saura plaire à monsieur Y, pour madame X, aux babyboomers, aux seniors, aux générations X, Y, Z, aux millennials, aux hypsters, aux hypies chics, bref, à tout le monde qui vénère le mot "nouveau". 

Excusez moi, pour ma part, je vais remettre un peu de Jessy's Rose ! Et vous ?

Illustrations : Lancôme, internet. 

dimanche 25 août 2019

Castagno Parco Palladiano XI - Bottega Veneta 2019 : bientôt l'automne !

Il est étrange de penser à l'automne en plein mois d'août alors que le soleil brille au zénith. Pourtant, c'est bien ce qu'évoque Castagno XI. L'odeur d'une châtaigne fumée, du feu de bois, des feuilles jaunies, des chemins de terre et des mousses, redécouvert cette semaine. 

La châtaigne et le marron sont curieusement rarement travaillés en parfumerie. Seul 212 VIP de Carolina Herrera très peu diffusé en France, s'habille d'un sillage "chesnuts" au milieu de fruits jaunes et de fleurs solaires, mais il n'y a que l'Artisan Parfumeur qui a osé, avec Noir Exquis, un petit délice hivernal fidèle qui vient réchauffer la peau des effluves chaleureux de ces fruits d'automne.  

Avec Castagno XI, Bottega Veneta s'y essaye également, sur un segment plus que niche vu les prix pratiqués, mais avec une certaine habileté. Alexis Dadier manie les notes fraîches de gingembre, d'orange et de citron tout en nuance vers un départ légèrement fumé très contenu, auquel le poivre s'adosse presque naturellement, comme dans Cuir Extrême par exemple. S'ensuivent des notes vertes et florales qui viennent aérer cette structure, puis les bois de cèdre, la vanille et les résines assument de réchauffer l'ensemble. L'accord "chesnuts" reste présent sur la durée, pour confirmer l'exercice. 

Il est juste dommage de constater qu'une fois de plus, le fond, comme pour Noir Exquis d'ailleurs, se délaye dans les bois ambrés qui ressortent. L'exercice est réussi, l'idée me plait beaucoup, mais ce fond gâche un peu la fête à mon goût, même si le flacon est splendide, la vaporisation parfaite, et le sillage d'une aura incroyable. En comparaison, Noir Exquis reste plus doux dans sa forme et plus contenu dans ses prix. Quant aux amateurs de notes fumées, ils peuvent peut être se tourner vers  Cuir Extrême, aux notes de bergamote, de cuir, de poivre, d'encens, de rose et de feu de bois. Un parfum d'automne avant l'heure ? Et pourquoi pas après tout ?

Illustrations : internet et Bottega Veneta. 

dimanche 28 juillet 2019

Angel Eau de Toilette - Mugler 2019 : la boucle de l'ange.


Les anges sont réputés pour leur cheveux bouclés, bonds et lumineux. Angel, le parfum, en 1992 a été un choc, une révélation voire une révolution. Ses notes de pomme d'amour caramélisée, de fruits de la passion, de barbe à papa de patchouli et de chocolat sont parties à la conquête du monde dans un tourbillon de gourmandise alors inconnu. Reconnaissable entre mile, à l'époque, il perce en prenant son temps. Au fil de ses bientôt 30 ans, sans connaitre trop de flankers et autre dérivés, il tient son âme et son rang sur les premières marches du podium. 


Pourtant, cet ange a inspiré et généré de nombreux "gourmands" dans sont sillage, tous ayant essayé de lui piquer la vedette sans jamais vraiment y arriver ... jusqu'à la Vie est Belle. Ils portent les noms de Poison Girl, Mon Guerlain, L de Lolita Lempicka en ajoutant tantôt une note de crème, de chantilly, de glace à la vanille, de chocolat au lait, tantôt de madeleine ou de gâteau. Ils ont au du succès. 


Ainsi pour garder sa forme, le Angel de 2019 retravaille sa gourmandise en s'inspirant de ces descendants. Il leur chipe cette note de vanille douce légèrement cuirée, agréablement gourmande et qui parle à beaucoup, sans pour autant transformer complètement sa signature. La pomme est toujours là, les fruits se font plus rouges que passion, la barbe à papa et le patchouli s'estompent légèrement pour se faire plus aériens, le cuir et la vanille s'y confondent, ce qui fonctionne parfaitement dans le sillage des dernières collections de la marque. 

Angel Eau de Toilette 2019 boucle la boucle en quelque sorte, dans une interprétation plus douce et tout aussi gourmande, peut-être moins affirmée que l'eau de parfum originelle, mais tout aussi bien exécutée. Pour un ange, boucler la boucle, n'est ce pas d'une logique parfaite ?

Illustrations : Dawn of Angels, Mugler parfums. 

vendredi 19 juillet 2019

Le Chant de Camargue - L'Artisan Parfumeur 2019 : fondu camarguais.

Ce qui surprend dans le paysage du plat pays qu'est la Camargue, c'est le fondu des couleurs. Bleu du ciel, beige du sable, rose des salins et gris des rizières. Quelle merveilleuse source d'inspiration pour un parfumeur ! 

Réussissant parfaitement à recréer cette sensation de fondu, Alberto Morillas mêle la fraîcheur douce de la bergamote à deux molécules évoquant un jasmin fruité : l'Hédione et la Paradisone, qui sont toutes deux à la fois fraîches, fruitées, lumineuses et surtout, qui ont la particularité "d'accompagner" toute la structure d'un parfum. Ici, elles procurent à la foi transparence et lumière, en sublimant l'accord "riz" travaillé par le parfumeur. La sensation est douce, presque tactile. Le santal, également muni de facettes lactées, comme le son de riz utilisé ici, renforce l'aspect cocon du parfum. Enfin, pour évoquer la sensation des marais humides, une pointe aquatique, subtile et jamais envahissante, fige le tout. Le décor est planté, l'évocation est parfaite, Le Chant de Camargue est un parfum qui "parle" vite, et qui se vit naturellement, sans effort.

Chez l'Artisan, il serait un peu entre Bois Farine pour son coté farineux, soufflé, et l'Eté en Douce pour ses facettes fleuries, suaves et très cocooning. J'y retrouve aussi des signes d'un énorme succès du parfumeur : Flower by Kenzo, une référence non ?

Un véritable fondu de couleurs, de sensations, à vivre à même la peau. Remarquez la cohérence entre les couleurs de la photo et celles de l'étiquette : du beau boulot ! 

Illustrations : salins de Camargue, l'Artisan Parfumeur. 

lundi 10 juin 2019

Santal Colada - Thierry Blondeau Parfums : Exotic & Erotic.

Il arrive enfin, en exclusivité ce samedi 15 Juin, à l'événement Lokréa l'été des créateurs, qui aura lieu au 16 rue des Minimes 75003 Paris, de 10h à 19h, et dont l'entrée est gratuite.

Santal Colada, c'est l'alliance d'un santal lacté et des fruits exotiques. L'idée était de faire un parfum évoquant le célèbre cocktail sans utiliser les notes traditionnellement utilisées pour créer un accord ananas. J'ai voulu lui donner une texture inédite, comme celle d'une sève crémeuse issue d'un bois écorché.

Une envolée pétillante de citron vert et de pamplemousse se lie à un accord évoquant l'ananas et le croquant d'une manque verte. Il glisse ensuite sur les notes épicées du poivre rose et celles plus corsées du vétiver, pour dévoiler enfin un santal australien lacté et suave. Une pointe de noix de coco fait écho aux facettes lactées et crémeuses du santal. 

L'univers coloré du douanier Rousseau illustre parfaitement le propos. Santal Colada est un parfum pétillant et vibrant, dont la séduction se dévoile à fleur de peau.

Ce parfum inaugure un nouveau flacon rectangulaire scellé sur toute la gamme, surmonté d'un capot façon bois exotique. La vaporisation se fait plus douce et plus qualitative.

Alors, viendrez-vous découvrir ce cocktail exotic & erotic ?

Lien vers Lokréa : https://www.eventbrite.fr/e/billets-lokrea-lete-des-createurs-58991115013

Illustrations : Le douanier Rousseau, Thierry Blondeau Parfums. 

mercredi 22 mai 2019

Fun, Shine & Fun - les splashes Azzaro 2019 : la "Cologne" se renouvelle encore !

Cette année, la Cologne revient sur le devant de la scène avec une exposition "La fabuleuse histoire de l'eau de Cologne" qui lui sera consacrée à partir du 20 Juin 2019 au Musée International de la parfumerie de Grasse, qui me redonne envie de plonger le nez dans l'Originale de Roger & Gallet ou de l'Eau d'Hermes, an passant par la Colonia etc. Cette année également,  Mugler accompagne sa Cologne de quatre nouvelles déclinaisons créatives, et Azzaro se colle à l'exercice de la fraîcheur véhiculée par cette forme olfactive légère et facile à porter. Deux termes "leitmotiv" de ces trois nouveaux splashes qui mériteraient à mon sens de figurer à la fin du livre accompagnant l'exposition sous la thématique "et aujourd'hui ?" 
L'exercice d'interpréter une fraîcheur contemporaine, facile à porter et plus tenace que les Colognes habituelles comme le désire la majorité des amateurs de parfums n'était vraiment pas facile. Tout en s'inspirant habilement de ce qui existe, Azzaro lance là quelque chose de très intéressant à mon sens. 

Fun est peut-être le plus facile à appréhender : la fraîcheur de l'orange sanguine et de la mandarine très évidente au départ se prolonge sur un fond de bois blonds et ambrés dans une forme un peu similaire à celle de l'Eau de Mandarine Ambrée d'Hermes. Les muscs blancs lient le tout, et ce sera un point commun des trois compères. Moi, j'aime ! 

Shine est ma préférée car elle me rappelle une combinaison de salicylates que j'ai travaillée en 2012 dans un parfum nommé Lueur de Victoire et qui était construit sur cette idée de fraîcheur renouvelée. Ici, c'est la bergamote qui ouvre le bal, accompagnée de l'amertume du pamplemousse, et le tout glisse sur un accord boisé et moussu qui tient plutôt bien. Le lien se fait sur cette "ligne" de salicylates qui évoque le sable chaud, le soleil et les vacances. Une sorte d'Aqua Universalis du pauvre adoptée immédiatement ! 

Sea et peut-être celui qui m'a le moins séduit au premier nez car il semble plus décousu que les deux autres. Cependant, son envolée de citron et de pamplemousse, vive et soutenue par un patchouli "light" très transparent, est assez séduisante. Le fond, moussu lui aussi et aquatique, rappelle également le sable mouillé et les vagues. Dans son évolution, il me fait un peu penser à l'Original d'Andrée Putman, il y a pire sillage et pire référence. 

Chics, bien faits et intelligemment peu chers comparés à ce qui se trouve sur le marché, ces splashes d'un nouveau genre sont les Colognes d'aujourd'hui ...pardon, de demain ! Tous à Cannes ?

Illustrations : David Lachapelle, et Azzaro ! Livre : la fabuleuse histoire de l'Eau de Cologne. 


vendredi 3 mai 2019

Eau de Minthé - Diptyque 2019 : fougère fuse.

Qui se souvient des accords "fougères" des années 80 ? Sans doute plus grand monde ... sauf nous, qui aimons les parfums et savons parfaitement ce qui attirait le chaland dans ces années là ! Du coup, alors qu'aujourd'hui, la parfumerie de niche tord le cou aux genres en tentant de ne pas sexuer les parfums, pour nous, ces "fougères" restent associées à des poils, à des torses gonflés, à la virilité exacerbée et au propre. Mais ne faisons-nous pas fausse route ? 

En voulant apporter de la nouveauté dans cette famille, Fabrice Pellegrin pousse des facettes mentholées sur un accord qui ressemble à s'y méprendre à Drakkar Noir. C'est se rappeler qu'en son temps, ce parfum était un chef de file, et qu'il reste encore aujourd'hui une référence par ses notes de lavande fraîche, de menthe, de géranium, de "propre"et de bois secs. Pour l'avoir redécouvert il y a peu à l'aveugle, ce parfum attire toujours autant, et fascine. Ce choix de parfumeur n'est donc sans doute pas un hasard. 

L'Eau de Minthé est une sorte de "fougère fuse", à la fois cristalline et vivifiante, peut-être pas si novatrice qu'elle le revendique, mais qui a le mérite de remettre un accord qui accroche à la portée de tous, hommes et femmes, au bon vouloir de qui l'aimera ! C'est peut-être ça du coup, qui est innovant ? 

Illustrations : Diptyque - Camille Hilaire.