samedi 17 janvier 2015

Vous prendrez bien un peu de thé ?

Les parfums où le thé s'est laissé infuser sont légion, et c'est ainsi, un peu sur un coup de tête, en me préparant un thé vert au jasmin, que j'ai eu envie de faire un petit panorama rapide de ce qui existe. Pas fan du tout de la déferlante de thé parfumés plus ou moins réussis, je ne rechigne pas, dans un parfum, à retrouver cette belle note, qui aujourd'hui, retrouve un élan. 

Bien sûr, quand on parle de parfum au thé, il s'agit d'accord qui évoquent le thé, car celui-ci n'est pas une matière première à part entière. Un des avantage de la note thé, c'est qu'elle est parfaitement unisexe. 
Le plus emblématique est le célèbre Eau parfumée au Thé Vert de Bulgari, créée il y a maintenant plus de vingt ans par Jean Claude Ellena. C'est devenu un archétype, très largement suivi par Elisabeth Arden avec Green Tea, l'Occitane, Roger et Gallet, Fragonard, qui proposent des interprétations plutôt simples, mais pas désagréables et surtout, très faciles à porter sans se poser de question. Bulgari s'est ensuite lancé dans le thé blanc, enroulé de muscs blancs et de notes farineuses, le thé rouge, le fameux Rooibos, agrémenté d'épices et de notes vanillées et lactées, mais toujours avec finesse et élégance. 

C'est surtout chez l'Artisan Parfumeur que le thé montre différentes facettes. Toujours à la page pour proposer de beaux accords signés, on y trouve plusieurs sortes de thé, allant de la vision du thé vert propre à la marque, avec Thé pour un Eté, très floral, jasminé et légèrement poudré de notes irisées. Tea for Two, lui, s'envole dans les effluves de thé noir fumé parfaitement réaliste, appuyé par une belle bergamote Earl Grey. La Chasse aux Papillons, qui ne revendique pourtant aucune note de thé, s'avère être, au porté, un très beau thé au jasmin d'une naturalité surprenante. Coeur de Vétiver Sacré est également construit sur un accord de thé noir fruité, abricoté, soutenu par le vétiver. Magnifique mais mal aimé. 
 
 Aujourd'hui, By Kilian propose une vision du thé vert matcha, pure et très réaliste dans Impérial Tea, et Lanvin, avec Lanvin Me, nous emporte sur un thé très inspiré par le fameux Marco Polo de Mariage Frères, fruité, croquant et juteux. Lady Gaga n'est pas en reste, avec son Eau de Gaga, un thé vert contemporain, simple, légèrement poudré et surtout pas débile.

J'en ai sans doute oublié, mais voici ceux qui me viennent en tête spontanément. Et vous, en ce début d'année, par un après midi plutôt pas mal, quel thé aimeriez vous porter ?

Illustrations : Thé, Bulgari, l'Artisan Parfumeur, By Kilian.

samedi 27 décembre 2014

2014 sous mon nez.

Et oui, elle se termine, déjà, elle qui est passée si vite ! Le moins que l'on puisse dire, c'est que 2014, en parfums, n'est finalement pas un trop mauvais cru, qui l'eut cru ? Et pour cause ! Je note cette année qu'une famille revient à grand pas pour notre plus grand plaisir, celle des Cuirs. L'année aura aussi été marquée par quelques travaux intéressants autour du oud, mais aussi par l'apparition de nouvelles textures jusque là inconnues.

Parmi les Cuirs, j'ai particulièrement remarqué la douceur de Cuir d'Ange, petite merveille aux ailes légères loin des tanneries et des notes goudronneuses que l'on retrouve particulièrement bien mises en valeur par un contraste fruité saisissant dans Colonia Leather d'Aqua di Parma, avec ses notes de Cologne, de fumée, de foin, de fleurs et de framboise. Plus classique mais néanmoins très équilibré, Cuir Cannage de Dior enroule un accord classique de cuir de Russie dans les épices, les bois doux avec une évolution sur peau des plus chaleureuse. Merveilleux cuir également chez Nim New York, avec Dahab et ses notes de cuir sableux, ambré, épicé et fumé juste ce qu'il faut, comme si le vent du désert soufflait sur les peaux les plus souples. Une splendeur malheureusement pas très accessible. 

Quelques vétivers originaux sont également apparus. Bel Ami Vétiver, qui garde la trame du parfum éponyme en la faisant partir sur un accord de vétiver et de noisette. Un coup de jeune très contenu et pertinent, sans dénaturer Bel Ami. Grey Vétiver chez Tom Ford s'enrichit d'agrumes d'une fraîcheur vivifiante et particulièrement dynamique dans la version Eau de Toilette, atténuant ainsi quelques notes boisées viriles un peu trop appuyées "à l'américaine" dans l'Eau de Parfum.

De petits chefs d'oeuvre en "mainstream" ont déployé leurs ailes : La Panthère, magnifique traitement actuel de notes chyprées et animales, comme si les fauves, aujourd'hui, criaient encore leur sensualité à fleur de peau mais sans faire de mal. Narciso, qui arrivera en France en Février 2015, suit le même chemin, jouant entre une gourmandise subtile et une animalité contrôlée, mais attractive. Reveal m'a plu pour son mix original et déroutant entre les notes marines salées, un accord rhum-coco-marron glacé jamais senti, qui aurait pu être casse gueule, mais qui finalement se tient bien. Le masculin suit la même tendance d'ailleurs. Black XS Potion pour elle a également su retenir mon attention, car traiter l'accord classique et codé de la rose et du oud avec une pointe de gourmandise était audacieux mais ici, particulièrement texturé, original et bien fait. Dommage qu'il ne soit pas resté.
 
Chez Kilian, il semble qu'un virage se soit opéré, comme un retour vers la transgression et l'originalité des débuts, avec l'apparition de Smoke for the Soul particulièrement déroutant et fidèle à la note de cannabis, Sacred Wood qui envoie le santal et l'encens s'envoler tout en finesse et légèreté, et un Impérial Tea qui met en avant le thé vert matcha avec une fidélité aromatique encore jamais vue.
 
Enfin, deux coups de coeur personnels auront marqué 2014 : New York Intense, qui laisse béat par sa complexité et ses facettes époustouflantes d'iris, d'agrumes bien juteux et de bois particulièrement choisis, et Violette Sacrée du Pays de la fleur d'Oranger, qui me rassure sur l'originalité que l'on peut obtenir en traitant cette petite fleur innocente avec élégance. Complexes également, cuirés et irisés, ces deux là touchent les cordes sensibles de l'esthétique parfum et méritent à coup sûr un coup de nez. 

Je retiendrais également de cette année la sublime collection Opéra chez Histoires de Parfums, dont les parfums sont denses, facettés et texturés, mais qui hélas, se réservent à une élite fortunée, et Iris des Champs de Houbigant, très beau traitement aérien, poudrée, contemporain et envoutant de l'iris. 

Voilà donc résumée une vision bien exhaustive de l'année 2014, qui finalement, redonne espoir et le moral.
 
Bonne fêtes de fin d'année à tous et si vous souhaitez partager les parfums qui vous ont marqué cette année, n'hésitez pas ! D'ailleurs, que porterez vous le 31 ? Moi, je ne sais pas encore ...

Illustrations : Hermes, Min New York , By Kilian, Houbigant.

mercredi 17 décembre 2014

Colonia Leather - Aqua di Parma 2014 : dieu m'a donné la foi (Coup de coeur).

Quand un parfum parle d'Italie, plus particulièrement de Toscane, qu'il mentionne le cuir dans son propos, et qu'il rassemble en sa structure olfactive toutes les notes que vous aimez, comment ne pas en tomber sous le charme, et même le vénérer, à en avoir les larmes aux yeux, pris d'émotion car il touche en vous une corde sensible, celle de votre âme profonde, de votre être, et de votre culture, et touche ainsi votre vision du beau ? Un nouveau dieu s'immisce dans votre quotidien, et se parfumer avec devient un rituel aveugle et indispensable.

Colonia Leather n'est pourtant pas vraiment nouveau, car il reprend en lui un accord que je qualifierais de majeur de la parfumerie masculine. Majeur et pourtant éloigné des codes traditionnels de la fougère, il l'est selon moi car c'est celui d'un des plus gros succès de ces vingt dernières années, celui de Boss Signature : framboise, thym, cèdre sur lit de cuir, élégance virile, telle est la trame que l'on retrouve. Pas nouveau non plus car cet accord est également exploité et travaillé en accentuant le propos du cuir et de la Toscane par Tom Ford, avec Tuscan Leather, qui, il faut aussi le reconnaitre, ne fait pas vraiment dans la subtilité, mais marque une certaine force. 

Tout en reprenant de manière assez flagrante la trame de ce dernier, Colonia Leather dégage pourtant le charme qui manque selon moi aux deux autres : celui de la finesse, de l'élégance et d'une certaine douceur directement importées de la ligne Colonia, comme si le propos était devenu plus clair, parfaitement dosé et des plus équilibré qui soit. 
Citrons et oranges vivifient la tête et s'accordent parfaitement avec la framboise qui vient les happer. Le thym, une des matières quasiment indispensable à tout beau cuir fumé, apporte une distinction légèrement camphrée, parfaite pour se lier avec ce qui arrive, l'encens et le cuir. Puissant, fin, élégant, extrêmement sensuel et addictif, ce cuir se dessine autour du bouleau, du bois de gaïac, du ciste labdanum et sans doute d'un peu de fir balsam, qui forment un noyaux en puissance qui fond sur la peau. Le liant est effectué par le cèdre, plus doux, et un accord floral de rose et de chèvrefeuille, pour assouplir ce cuir fumé et le "féminiser" juste ce qu'il faut, apportant ainsi une couleur luxueuse et de la lumière. C'est contrasté, puissant et doux à la fois, c'est très signé et élégant. Parfois même, une subtile inflexion de foin coupé vous frôle les narines, magnifique évocation du paysage toscan.

Pourquoi je le vénère ? Pour ses matières et sa texture. L'huile essentielle de bouleau est sublimement goudronneuse, le bois de gaïac a la propriété de fondre littéralement sur peau, le cèdre est d'une finesse rare, le chèvrefeuille est très sensuel, la rose est riche et envoutante, le thym est puissant et doux à la fois, et toutes sont les notes que je préfère en création. Liées les unes aux autres dans une harmonie où elles résonnent parfaitement est un cadeau du ciel. Le choix de la framboise en coeur est très pertinent sur un cuir et donne du caractère et de l'originalité. Le cuir est en outre la famille que je préfère, et vous découvrirez d'ailleurs très bientôt une des visions que je m'en fait. 

Ainsi, Colonia Leather réunit en lui bien trop de bonnes choses qui font du bien, et réagit sur moi comme j'aime qu'un parfum se comporte, ni trop présent, ni trop absent, pour me laisser indifférent. Alors oui j'ai la foi, le parfum existe et vit, et une marque qui peut parfois vous décevoir, car je n'aime pas autant Colonia Oud, est aussi capable de vous toucher, de vous émouvoir, et de conquérir votre âme.

Illustrations : Faith de George Michael, Aqua di Parma.

mercredi 10 décembre 2014

Chêne - Serge Lutens 2004 : réconfortante nature. Et bon plan "Lutens" en prime.

Avant de commencer l'article sur Chêne, je vous invite à lire attentivement ce qu'il y a écrit en dessous, car, amoureux de la marque et du créateur, un belle occasion de faire ou de se faire plaisir est à connaitre. 

Le chêne, arbre emblématique de la forêt européenne, et plus particulièrement de la fameuse forêt de Brocéliande, est un arbre dont la symbolique est suffisamment forte pour inspirer un parfum. En outre, la mousse de chêne est une matière noble et forte, à l'empreinte reconnaissable, surtout lorsqu'elle est la signature principale des parfums de la famille des chyprés. Pourtant, les nuances qu'elle apporte ainsi que l'odeur de l'arbre en lui même n'avaient jamais été exploités en tant que tels, pour faire ce qui serait une sorte de soliflore chêne. Il fallait donc bien l'audace et l'inventivité d'un Serge Lutens pour imaginer un petit quelque chose autour de cette idée, ce qui donna naissance à Chêne il y a maintenant dix ans.

Départ sur un accord "vert de feuille" des plus réussi et qui pour moi, sent exactement ce que l'on sent en entrant dans un labo de parfumeur avec des inflexions vertes, alcooliques et fruitées à la fois, le parfum évolue ensuite sur une structure solide et épaisse faite de bois et de fumée. Cèdre, santal lacté très présent, notes fumées de bouleau très très légères se dessinent comme les contours du tronc de l'arbre noble. Sur le fond, la mousse de chêne appuyée par son dérivé qui lui donne de la force nommé evernyl, dévoile tout l'ampleur de la mousse dans une impression réaliste et figurative de sous-bois. Ainsi, naturellement et avec une facilité époustouflante, les notes glissent le long de l'arbre au fur et à mesure que le parfum se développe. Feuilles pour la tête, bois pour le coeur, mousses terreuses pour le fonds et la tenue sur la peau. 

Symbole de force de la nature par son ancrage massif et puissant dans le sol, le chêne revoit à des notions de valeurs refuges, de réconfort, de socle auquel on peut se rattacher. Quoi de plus naturel alors si parfois, quand le ciel est gris et que la mélancolie envahit votre esprit, que de se réfugier autour d'un parfum qui aurait en lui cette symbolique ? Car Chêne, par sa signature unique et ses qualités techniques et olfactives, apporte bien malgré lui, ce réconfort.

Magnifiquement original, très belle alternative sèche et terreuse à la déferlante de ouds omniprésents, Chêne rassure : tout d'abord sur l'idée que la créativité n'est pas morte, puis sur la qualité des matières employées, qui ne fait aucun doute, enfin, par sa forme olfactive qui colle parfaitement à la symbolique mise en avant avec une naturalité impressionnante. Un must, un monument, une oeuvre généreuse et apaisante, tout simplement. 

Illustrations : Chêne au domaine de Jules Coignet, Serge Lutens.
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Et pour compléter cet article comme je le mentionnais au début, sachez qu'il existe à Paris un petit coin où se cachent des trésors, à venir explorer comme dans une forêt. A la parfumerie Kaprys, 74 Boulevard Beaumarchais dans le 11e, outre la collection courante, pas moins de douze parfums de la collection exclusive Palais Royal sont disponibles en vapo de 50ml à des prix de base entre 79€ et 104€. Et si vous vous présentez de la part d'Olfactorum (le nom du blog), vous bénéficierez en prime de  -30% de remise sur ces prix...  tentant, alléchant, succombant !
Les parfums "exclusifs" présents sont les suivants : Bois de Violette, Bois et Fruits, Daim Blond, Miel de Bois, Cuir Mauresque, Santal Blanc, Santal de Mysore, Tubéreuse Criminelle, Cèdre, Chêne, Bornéo 1834 et Musc Koublai Khan.

vendredi 5 décembre 2014

Eclat de Jasmin - Armani Privé 2007 : saturation distinguée.

 
Traiter le jasmin en parfumerie donne la possibilité de faire un soliflore frais, sensuel ou plus animalisé, ou bien de partir dans une direction originale afin d'exploiter la personnalité de la fleur sans que le rendu final n'y soit tout à fait fidèle.

Pour la collection Armani Privé, le jasmin semble avoir été "éclaté", comme l'indique son nom, pour nous revenir sous une forme très abstraite, dans laquelle il se devine plutôt qu'il ne signe réellement la fragrance. Face à nous se présente une sorte de fleur vive, très pure, très "blanche", comme si le traitement des notes familières du jasmin avait subit une surexposition pour ressortir de manière très transparente et limpide.

Ce jasmin qui n'en est pas tout à fait un se déploie alors tout en lumière par le biais de notes ambrées, très légèrement vanillées, mais surtout par un travail sur des notes vertes crissantes adoucies par une juxtaposition de salicylates qui donnent du souffle, de muscs blancs dans un effet très peau de bébé. Le jasmin ne fait que soutenir la composition par sa richesse à la fois florale, douce et animale. On devine à peine dans ce décors tout blanc les bois de vétiver et de patchouli, pourtant revendiqués. La sensation est très tactile, à la fois fusante et à fleur de peau, sensuelle et vive, mais toujours en délicatesse.

Un jasmin différent, un jasmin surexposé, comme un visage noyé dans une lumière saturée dont on ne verrait pas les traits, tout en finesse, un jasmin éclatant et distingué.

Petite information pour un craquage éventuel : si vous avez la carte Sephora, la collection entière peut bénéficier des -25% en vogue en ce moment, mais uniquement au Sephora des Champs, sur des prix de départ moins élevés qu'ailleurs. On craque ?? Moi, j'ai succombé à l'Eau de Jade, que j'admirais depuis sa création, j'ai redécouvert ce jasmin, j'ai testé à nouveau Bois d'Encens, puis me laisse le temps d'être séduit par Oud Royal ou Encens Satin, que je trouve très beaux.

Illustrations : Erwin Blumenfeld, Armani Privé.

samedi 29 novembre 2014

La mandarine, parfum de saison non ?

 
Avant d'avoir envie d'écrire cet article, je me suis demandé pourquoi j'aimais porter un parfum de mandarine en cette saison, car depuis environ trois ans, quand les premiers froids commencent à se faire sentir, c'est comme si j'en avais besoin. J'ai alors compris il y a peu que la mandarine, en fait, et c'est presque une évidence, est un fruit de saison. Instinctivement, mon odorat et mes besoins parfumistiques se sont dirigés vers les deux parfums qui l'exploitent, tous deux dans une vision assez différente, mais autour d'un trait commun. J'omets volontairement Mandarine Mandarin de Lutens, car celle-ci est beaucoup plus confite, donc moins vive et d'un effet moins naturel que ces deux là.

Le premier est Mandarine, de l'Artisan parfumeur. Celle-ci, très présente et reconnaissable au départ, se développe ensuite vers des notes florales plus chaudes et s'enveloppe dans les muscs blancs. J'aime particulièrement le lien que fait Olivia Giacobetti entre le vivifiant du fruit et la douceur suave de la fleur de frangipanier, qui apporte douceur et un peu de volupté à la texture. Le cèdre et le gingembre, que l'on ne sent pas trop dans le parfum, ne font que "soulever" les notes de mandarine et appuyer le coté frais et vif de cette eau de Cologne qui se vaporise généreusement. Jamais envahissante, toujours juste, cette mandarine donne la pêche pour affronter les froids de l'hiver. 

L'autre mandarine est celle de Hermès, L'Eau de Mandarine Ambrée, concoctée par le talentueux Jean Claude Ellena, et là, j'avoue être bluffé par le trompe l'oeil olfactif qu'il a réussit à harmoniser. Les toutes premières notes ne trompent pas, car il s'agit bien du beau parfum juteux et vivifiant du fruit, mis en valeur par toutes les matières de la palette du parfumeur qui permettent à l'essence de mandarine de se soutenir. Une base fruit de la passion prend le relai pour lui donner de la rondeur, mais là où je reste scotché en admiration, c'est le twist qu'il a réussit avec les notes ambrées et douces. Ce twist est en fait réalisé par la lavande, que l'on ne devine pas tout de suite, mais qui se dévoile sur peau et dans le sillage de cette eau fraîche. Hermès ne la revendique pas, mais elle se tient, là, noblement et dans une naturalité discrète, comme pour enrichir la création et lui donner du corps. Pas si discret ni fugace que cela, l'Eau de Mandarine Ambrée serait donc pour moi une sorte de mandarine bleue, juteuse mais noble, élégante et très agréable à fréquenter, dans la lignée parfaite des autres Eaux de la maison. 

Et vous, préférez vous porter les parfums frais en été, ou n'auriez vous pas envie également, comme moi, de vous laisser revigorer par le piquant de ce merveilleux et délicieux fruit de saison ?

Illustrations : L'Artisan Parfumeur, Hermès.

mercredi 26 novembre 2014

Fin 2014, Gucci sourit, en noir !

Le noir, couleur au combien répandue et associée souvent à l'univers du luxe, ne fait pas peur à Gucci. En cette fin d'année 2014, pas moins de trois nouveaux parfums enrichissent la gamme déjà assez large et ils jouent tous, à quelques nuances près, avec cette couleur. 

La première est dérivée du concept Première ; le flacon est le même, mais le parfum, lui, est très différent, sans être une mauvaise surprise. Gucci Oud semble vouloir surfer sur la tendance "oud" actuelle, mais il le fait de manière plutôt réussie autour d'un accord de oud et de rose, certes déjà vu et exploité, mais dans des parfums plus chers. Le sillage est effectivement luxueux, dense, car les bois soutiennent la rose dans une harmonie très maitrisée, un peu comme l'avait fait David Yurman avec Gold, à savoir une sorte de For Her caressant et habillé d'un cuir oudé. Un accord joli, mais qui malheureusement peut lasser car galvaudé dans cette masse de ouds sans intérêt. Un accord, que Cavali exploite également dans son Oud sur le même modèle, joli mais lassant, comme si les deux maisons s'étaient regardées pour faire pareil au même moment. 

La deuxième nouveauté nous donnera sans doute un peu plus le sourire. Flora, senti à nouveau avant cette nouveauté, reste un banal fruitchouli sans intérêt. Flora 1966, lui, surprend. Au départ, il retient mon attention par sa douceur et sa construction contrastée entre les salicylates, les notes florales de violette, d'aubépine et d'iris, des notes vanillées et surtout, un beau tabac blond ourlé de jolis muscs blancs incroyablement "peau". Il me rappelle quelque chose, que je n'identifie pas de suite, jusqu'à ce que je tombe sur le flacon de Index de Fresh, acheté il y a très longtemps, pour saisir le parallèle. Tabac blond, violette, muscs blanc, mais bien sûr ! Et en plus c'est très joli, ça fait italien et c'est original. 

La troisième, Gucci Made to Measure est un flanker du masculin Gucci by Gucci pour Homme, un flanker plus lumineux, plus vert, où le mordant et le croquant remplace le boisé chaud et se ficelle autour d'une fougère fraîche relativement discrète. Un peu à la manière d'un Only the Brave Wild, il semble vouloir signifier que les hommes en ont assez de renifler des "bois au gasoil" et veulent aussi du vert, du vif, du frais ! Bien fait, avec un joli sillage, mais sans doute pas assez fulgurant de nouveauté pour se mesurer sur un marché saturé ! 
Beaux flacons, luxueux, beaux reflets de noir, intenses et profonds, nuances roses, caramel ou argentées,  Gucci ne broie pas du noir pour autant, car la marque l'exploite plutôt bien.  Problème : à force de voir du noir partout, de sentir du noir et de voir les prix s'envoler, on peut avoir envie d'en broyer du noir, nous les "pauvres" ! 

Illustrations : Gucci Oud, Flora 1966 et Gucci Made to Measure.