mercredi 11 novembre 2009

Aépure, c'est la fin. Symptôme d'un malaise ?

Hier soir, dans une discussion entre passionnés de parfum, j'apprenais que la boutique Aépure avait déposé le bilan en Septembre dernier. Cette boutique, au concept moderne et innovant, proposait toute une série de parfums et de cosmétiques de niche et semblait d'une puissance inébranlable. J'avoue avoir été séduit par le concept, avoir trouvé la boutique très belle est l'accueil très compétent, mais en même temps, j'étais déçu. Pourquoi ?
C'est très simple et la réponse tient du bon sens : je recherchai de vrais beaux parfums, de la qualité, pas du by Kilian car j'ai déjà un flacon acheté au Printemps. J'attendais d'être surpris, étonné, emballé par les parfums que j'y trouverais. Hélas, ce ne fut rien de tout cela. J'ai rebroussé chemin, tout comme l'ami avec qui j'étais, et nous n'y sommes pas retournés.

Alors pourquoi ça n'a pas marché ? Qu'est ce qui pourrait expliquer cet échec, dans la continuité de Evody ? Comment concilier le fait de gagner de l'argent en vendant du parfum de niche ? Comment découvrir et faire connaitre ceux qui valent le coup (artisans, marques) face aux grands groupes qui ont aussi les moyens de grignoter ce terrain ? Quel public est pret à suivre ?

Il y avait selon moi un gros point faible chez Aépure : la sélection des produits distribués. Quel intérêt de distribuer By Kilian alors qu'il est déjà au Bon Marché et au Printemps et qu'il cible une clientèle qui s'y rend sans à priori ? Qu'apportent les parfums de Parfumerie Générale et Néotantric à la parfumerie, c'est une question que je me pose encore ? Et même si je sais que ces marques ont des adeptes, sont ils fidèles et pensent ils vraiment qu'ils en ont pour leur argent ? A quoi bon distribuer une marque italienne au nom imprononçable dont les parfums vendus 130€ n'étaient que de vagues copies de parfums plus mainstream ? A quoi bon dépenser un prix fou dans une crème parce qu'elle porte le nom d'un concept venant du nord plutôt que de tenir une promesse réelle ?
Je n'ai pas les réponses à ces questions, mais je crois que cette crise de consommation est aussi due à l'excès de choix par rapport au besoin réel et à la confusion qui règne quant à la qualité réelle des produits. Et sur ces parfums là, c'était le cas, la clientèle n'est pas venue au rendez vous.
Pourtant, je me dis que tout n'est pas perdu : quand je vois que les Parfums de Rosine tiennent avec une toute petite boutique et quelques distributeurs fidèles, quand je constate que Lalique et Bulgari, encore indépendants, misent sur une qualité dont on commence sérieusement à se rendre compte qu'elle est réelle et se recentrent sur une distribution plus sélective, quand je découvre encore de nouvelles marques qui proposent de jolis parfums de qualité, sans chichi et a des prix convenables, je pense aussi par la même que les clients peuvent oublier d'aller chez Sephora, Marionnaud et les autres pour découvrir des perles. La condition, ce serait peut être de leur en présenter de vraies, de miser sur la qualité, sur la durée et d'être intransigeant avec des marques pseudo-branchouilles qui vous refourguent du grand n'importe quoi, tout en proposant également un service complémentaire.
Ce serait aussi d'en parler, de manière à ce que ceux qui les vendent et ceux qui les achètent le reconnaissent. Seulement voilà, l'exercice est très difficile et il m'arrive encore de voir des marques qui n'ont pas leur place dans certaines boutiques mais qui ont réussit à refourguer leur concept à des personnes qui pourtant connaissent bien le parfum, et elles ne se vendent pas pour autant.
D'ailleurs, à ce propos, je voulais partager ceci avec vous car ça m'énerve : il me paraît grandement dommageable que The Different Company se compromette en vendant à ces cotés, en boutique, les marques Bois 1920 et By Paolo Gigli. Ces deux marques envahissent l'espace au détriment des parfums de Céline Ellena et de son père, en vendant de la poudre aux yeux, que je ressens comme insulte aux créations de ces deux vrais bons parfumeurs. Ne parlons pas non plus du service presse, qui vous balancent les dossiers comme s'il trouvait normal de parler de ces parfums sans les sentir, en dépit du bon sens et de la parfumerie. Ajoutez à cela un mépris pour certains distributeurs, et vous comprenez pourquoi une marque peut disparaître aussi vite qu'elle est venue. Non ?
C'est anecdotique, mais la distribution et l'ensemble de la chaîne du parfum est victime du "trop c'est trop", tout le monde s'y perd et plus personne n'y comprend rien. C'est un peu ce que dénonce Mathilde Laurent dans un commentaire ici.

Peut être est ce pour toutes ces raisons qu'Aépure n'a pas pu tenir et la disparition de cet espace qui était pourtant très joli est bien dommage. Sachez le pourtant, il existe encore du "bon", car j'ai découvert encore hier une marque qui m'a surpris. J'en reparlerai surement. Oui, cela existe encore, malgré tout.

La solution serait peut être que les boutiques de distribution sélectives soient conseillées dans leur choix artistiques pour choisir scrupuleusement un style, une qualité, un concept et des prix ? François de Grossouvre, le concepteur de Aépure, avait un rêve, il se livre dans un témoignage sur un forum : ici.

Et vous, qu'en pensez vous ? Qu'attendez vous d'un parfum de niche ? Qu'attendez vous d'une distribution sélective ? Quel service complémentaire pourrait être utile ?

Une autre question me trotte dans la tête : comment nous, Laure, dont je parlerai très bientôt, et moi même, pouvons nous faire pour que nos parfums trouvent une toute petite place et puissent trouver quelques adeptes ?
N'hésitez pas à partager vos impressions.


dimanche 8 novembre 2009

Il y a vingt ans, à l'est du nouveau !

Vingt ans déjà, que le mur de Berlin est tombé ! Cela me ramène en arrière. Alors que je n'étais qu'un jeune ado, j'ai entrepris avec ma classe un voyage en Allemagne, à Berlin, avant l'ouverture du mur. Pendant ce séjour, nous avons eu l'occasion de passer "de l'autre coté", pour y visiter un musée, mais également pour voir et constater "comment c'était à l'est". Pour passer la frontière, le mur, qui séparait les deux parties de Berlin, un sas, deux portes, vous au milieu, seul, scruté de la tête au pied, surveillé par des caméras. Passer la seconde porte, vous y arrivez ... de l'autre coté.

Et là, c'est comme si le temps s'était arrêté un jour d'Août 1961. Point d'égéries, point de couleurs chatoyantes autres que celles des Trabis, ces petites voitures 2 portes rouges, orange, vertes et bleu ciel des années 1960, point de panneaux publicitaires, point de Joop ou autres joyeusetés parfumées. Seuls des bâtiments un peu froids, de larges avenues, une histoire figée, des voitures, des gens qui nous dévisagent, nous les Wessies, des taxis qui s'énervent de nous voir traverser au rouge "en bon français", quelques revues techniques dans les vitrines des librairies et peu de journaux. Ici, pour traverser, c'est le petit bonhomme au chapeau qui vous guide. Savez vous qu'il deviendra symbole car il sera quasiment le seul signe distinctif de Berlin est qui survivra à l'ouverture ?

Ce qui me frappe pourtant, c'est l'odeur de ce coté. Ce n'est pas la même qu'à l'ouest. Elle marque immédiatement la frontière entre les deux blocs, comme une différence qui se détache et s'affirme. Elle est acide, âcre, entre le souffre, l'alcool, le charbon de bois, l'essence et la fumée. Elle est omniprésente, dans les rues, les musées visités, les restaurants où nous déjeunons. Cette odeur serait due à la lignite, un charbon de bois utilisé pour chauffer les immeubles, qui, conjuguée au carburant des Trabis et Wartburg pétaradantes, signe le paysage, à tel point que je m'en souviens encore. Ici le Coca n'a pas le même goût non plus, il rappelle vaguement le caramel et la chicorée. Le jambon fumé rappelle quelque peu l'odeur de dehors, et le fromage à le goût un peu rance du beurre. C'était comme ça, c'est du vécu. Pourtant, c'était très calme, comparé à l'ouest, peut être trop ?

Le 09 Novembre 1989, il y a vingt ans, le mur tombait. Dans un élan d'euphorie s'installent égéries, publicités, Joop, Coca Cola et burgers en tous genres. Bienvenue paysage coloré, illuminé, bienvenues grosses voitures et autres immeubles ultramodernes, bienvenues insécurité de l'emploi, petits boulots, individualisme et esprit d'entreprise. Bienvenue aussi environnement, protection de la nature, et reconsidération de l'espace urbain.
Dans ce paysage tout nouveau, on se souviendra de l'arrivée sur le marché du premier parfum exploitant le filon "à l'est du nouveau" : Maroussia de Slava Zaitsev, un bouquet de fleurs blanches, de muscs et de vanille, suave et doux qui rappelle les velours rouges épais de la Russie qui renaît. Un parfum pas trop mal au succès immédiat et immanquablement lié à cette ouverture sur l'ouest. Un beau coup marketing, et un parfum qui est toujours là, vingt ans après, sans doute parce qu'il le valait bien.

La liberté tant voulue se paye, mais paye aussi avec le temps. Maintenant Berlin est une ville moderne et dynamique, dans laquelle j'aimerai retourner prochainement, ne serait ce que pour voir ce qu'est devenu "l'autre coté", que je n'ai revu que 3 ans après l'ouverture, et qui était déjà en pleine reconstruction. Sans doute plus de lignite aujourd'hui, plus de Trabis, plus de pollution, des gens habillés comme nous, qui mangent ce que mangeaient déjà les Wessies. Tout simplement une continuité avec le coté où nous étions, une continuité devenue verte, écologique, architecturée, créative et en plein mouvement car oui, en ce jour de Novembre 1989, à l'est, il y a bien eu du nouveau !

mercredi 4 novembre 2009

Secrets de Rose - Les Parfums de Rosine : kiss from a rose.


Connaissez-vous le baiser d'une rose où quand la fleur vous embrasse de ses volutes charnelles pour vous séduire, vous envelopper, vous habiller et pour vous donner la force de partir en conquête et de séduire à votre tour l'homme que vous aimez ?
Savez vous qu'il existe dans le secret encore quelques beaux parfums à découvrir ?

Secret de Roses est un murmure, une fleur qui chuchote et se dévoile en silence. Une envolée un peu métallique et pétillante d'orange, d'aldéhydes légers et de prune (une note entre la pêche et le cassis), déjà utilisée dans les plus beaux classiques mais épurée et revisitée pour être au goût du jour. L'on devine déjà les plus belles essences de roses qui font voler leurs tous premiers pétales dans une verdeur légèrement acre. Très vite se dévoile un bouquet de fleurs blanches, de jasmin et de roses blanches mises en valeur par les facettes chaudes de l'ylang ylang. Ce bouquet de facture plutôt classique est enveloppé d'un peu de cassis, de réglisse et de safran, qui sont en fait un ensemble de notes liées entres elles ayant de fortes affinités les unes aux autres et avec la rose. Secrets de Rose se love alors dans un cocon douillet teinté de fumée. Déjà s'amorce le moment où le parfum devient subtilement charnel dans son évolution, pour dévoiler un fond splendide, poudré et vanillé, composé de vanille, de labdanum (dont nous avons déjà tant parlé), d'iris, de musc et de santal digne des plus grands classiques. Pour vous donner une idée, il se situerait quelque part entre Nahéma, Chamade, N°19, Grand Amour et l'Heure exquise.

D'un équilibre surprenant, entre ces notes de tête fusantes, vertes et fruitées d'une modernité affirmée, un coeur floral légèrement sucré et fumé, Secrets de Rose ne se dévoile que s'il est porté : ce parfum vous embrasse tel le baiser d'une rose et se love sur votre peau dans la noblesse éclatante d'un grand classique revisité. Rien n'est trop beau, c'est un vrai parfum couture, "féminissime", magnifique, grandiose, jubilatoire, aussi fier que la fleur à laquelle il fait honneur... la rose ou vous ?

Alors, s'il l'on vous demande ce que vous portez, ne le dites pas, surtout pas. Sachez garder ces petits secrets qui font de grands bonheurs et qui se transmettent ... de mère en fille : "cette rose n'est pas noire, elle est rouge carmin, et c'est une arme de séduction ... chut" !

Illustrations : Kiss from a Rose de Sandra Pascuini et Les Parfums de Rosine.

dimanche 1 novembre 2009

Bois d'Iris - Van Cleef & Arpels 2009 : myrrhe al dente !


Je dois vous avouer que cette collection extraordinaire lancée par Van Cleef & Arpels pour redorer son image "parfum" ne m'a absolument pas emballé dans son ensemble. En effet, même si le choix des matières est assez réfléchi, rien de bien créatif à l'horizon, tout me semblant bien lisse et policé. Un peu d'Allure en filigrane pour Lys Carmin, une franche ressemblance entre Vivara Sole 149, O Oui de Lancôme et Muguet Blanc, une Cologne Noire qui se fait très timide et du coup reste dans l'ombre d'autres bien plus osées, et une Orchidée Vanille qui flirte avec Kenzo Amour et Cuir Beluga sans vraiment rien apporter de plus. Les seuls qui attirent mon attention sont Gardénia Pétale et Bois D'Iris, le premier parce qu'il faut bien reconnaître que, sans être révolutionnaire, l'équilibre de cette fleur blanche à la féminité affirmée est quasiment parfait, et le second parce qu'il a beau faire écho à Dior Homme, Black ou Paul Smith Man, sa finesse d'exécution lui permet de s'en distinguer malgré tout. Est ce suffisant pour autant ?

Bois d'iris est un parfum d'un effet très doux. L'iris ne bouscule pas par une note de carotte marquée, mais ouvre le bal par des notes froides et sèches qui pourraient s'apparenter à du daim. Il est complété par un cocktail d'épices chaudes et de bois blancs donnant une impression de bois flotté. Une note fruitée, entre violette, fruits rouges et framboise apporte une touche un peu facile, sans doute pour pouvoir plaire. Elle est à mon sens trop présente mais permet cependant de tisser le lien entre les notes de tête et celles de fond, où se dévoile la vraie facette de Bois d'Iris. Au bout de quelques instants, Bois d'Iris laisse parler à l'unisson la vanille, la fève tonka, le labdanum mais aussi et surtout la myrrhe, avec ces facettes boisées chaudes, vanillées, baumées et légèrement fumées. Une comparaison avec Myrrhe Ardente fera ressortir cela et c'est à ce moment là que je le préfère. En revanche, la différence vient de l'iris, car au lieu de se faire onctueuse et douce comme celle d'Isabelle Doyen, la myrrhe de Bois d'Iris est comme rompue par cet iris, froid, presque métallique, qui casse la douceur de ses notes sèches et fruitées d'une beauté froide et plus dure.

Bois d'Iris serait un cuir doux, une sorte de suédine aussi délicate qu'un iris gris clair dessiné au fusain, avec quelques traces de rouge. Assez joli, mais trop sage à mon goût car même s'il s'en distingue par une certaine élégance, il peine à être à la hauteur de parfums plus marquants, ayant une identité plus forte comme Black, Paul Smith Man, Dior Homme et le magnifique Myrrhe Ardente. Nul doute qu'il plaira, car il s'inscrit dans l'air du temps, mais il ne fera pas partie des miens car je lui préfère ces références. Même avec du sang italien, pour moi la myrrhe est bien plus agréable "ardente", orientale et crémeuse que "al dente", froide et boisée par un rhizome d'Italie! C'est dommage, mais rien ne vous empêche de l'apprivoiser si vous aimez.

Bois d'Iris de Van Cleef & Arpels : 75ml 115€ env. Illustration : l'iris rouge - Natalie Croiset.

lundi 26 octobre 2009

Labdanum de Séville - L'Occitane 2009 : back to gold.

Il peut être perçu comme un peu trivial de commencer un article sur le parfum en parlant d'argent, mais après tout, nous avons tous un portefeuille, un budget et une passion ! Deux slogans publicitaires bien pensés me viennent en tête pour commencer cet article : "Pas assez cher mon fils" ou "Il faudrait être fou pour dépenser plus". Les plus jeunes d'entre vous ne connaîtront peut être pas, mais ils me paraissent bien à propos de Labdanum de Séville.

Ce parfum s'inscrit dans la gamme Voyages en Méditerranée lancée il y a quelques temps sous le nom de Notre Flore, sans vraiment rencontrer le succès. En effet, l'Occitane bénéficie d'une image peu liée au parfum, et qui plus est de qualité. C'est un tort croyez moi, car en misant sur le long terme, la stratégie déployée par cette gamme Voyages en Méditerranée portera ces fruits, surtout quand elle nous en livre de si beaux.

Parlons donc de ce Labdanum de Séville. Si vous souhaitez connaître l'histoire et l'origine de cette matière première et la manière dont elle est obtenue, je vous invite à chercher sur un célèbre moteur de recherche ou sur auparfum car tout est écrit. Inutile donc d'en reparler à mon sens. Sachez seulement que la résine obtenue, utilisée en parfumerie, est d'une richesse olfactive incroyable, dévoilant plusieurs facettes entre la vanille, le cuir, le tabac blond, le cognac, la fumée et la résine. Ce n'est pas un hasard si Shalimar et le plus confidentiel Habanita lui doivent une grande partie de leur signature.

Dans Labdanum de Séville, toutes les facettes de cette résine sont travaillées et magnifiées. Le parfum part sur des notes confites d'orange et de fruits secs (abricot), m'évoquant le parfum de certains cognacs. Suivent des notes boisées de cèdre, de patchouli et de santal aux inflexions de noix de coco râpée. Quelques épices viennent apporter du relief et une douceur enveloppante, comme la cannelle et le poivre, puis se dévoile alors, dans toute son expression, un labdanum esthétisé. Pour cela, le parfumeur a choisi de le lier à de l'absolu tabac, il me semble, comme pour former un duo naturellement cohérent avec les volutes vanillées qui suivent. Rarement utilisé mais très intéressant, le tabac marque ici sa présence parce qu'il rappelle immanquablement le célèbre tabac blond miellé Amsterdamer. La vanille, se dévoile dans une variété sombre, riche, presque crémeuse, et sans doute un peu de benjoin. Ils caressent de leurs rondeurs ce beau tabac. Enfin, et je m'arrêterai là, le résinoïde labdanum souligne le parfum de ses facettes fumées, résineuses, cuirées pouvant rappeler le bois ciré. Je soupçonne également un trait de vétiver bourbon, fumé, sec et délicieux sur la peau.

La maîtrise est parfaite, le trait est juste. Labdanum de Séville n'a pas besoin d'une icône défoncée qui voit la vie en noir ou de se vouloir aphrodisiaque, il l'est de facto. Point non plus d'évocation pompeuse ou de prix astronomique pour revendiquer un luxe réel. Le juste talent d'un parfumeur ayant une maîtrise parfaite de la matière et du ton voulu, et la volonté d'une marque de perpétuer à sa manière une certaine idée de la belle parfumerie grassoise. Il ne m'a pas été confirmé s'il s'agissait de Karine Dubreuil, mais quoiqu'il en soit, je lui adresse un grand bravo.

Labdanum, c'est un peu mon vrai Back to black, celui que j'attendais lorsque l'on m'a décrit ce dernier, mon jardin (ou thé) d'Aladin dont je rêvais depuis quelques années. Pour d'autres, ce sera un peu de Fumerie Turque ou d'Atelier d'Artiste sans notes animales aussi prononcées. Un vrai tabac blond, qui évoque le tabac à pipe lorsque l'on ouvre le paquet, les cigarillos à la vanille, le thé rouge bourbon de Mariage Frères, mais aussi les couleurs chatoyantes et dorées de Séville, du cognac, du pain d'épices, du cuir fauve d'un fauteuil, d'un feu de bois, et la chaleur des gens qui nous entourent. L'automne est parfait pour en révéler ses facettes.

Le flacon massif reprend sur le bouchon la rose des vents de manière plus discrète que sur les plus anciens. La vaporisation, très étudiée, est un vrai plaisir. On ne voit même pas le tube dans le flacon. La qualité, la vraie, dans le moindre détail. Alors, si vous aimez le tabac blond et que vous résistez à celui-ci, j'aimerais vraiment savoir quelles en sont les raisons ? La rémanence peut être, un peu faible ? Alors, même si le tabac blond n'a pas encore dit ses derniers mots cette année, ce Labdanum vaut bien quelques deniers de sacrifice, si c'en est un !

J'en profite pour préciser à ceux qui recherchaient un parfum pour remplacer Ruch pour Homme de Gucci aujourd'hui disparu. Dans la même gamme Voyages en Méditerranée, le Cèdre, un bel accord boisé et floral mérite un détour, mais c'est à vous de voir !

Labdanum de Séville : eau de parfum 75 ml, 55€ dans les boutiques l'Occitane. Illustration : l'Alcazar de Séville, bains et bois.

A parte : je ne pense pas spécialement à changer de travail dans l'absolu, mais ce que font certaines marques m'inspire à envisager d'autres horizons. Alors, à tout hasard, si vous avez connaissance d'un poste qui conjugue parfum, contacts humains et international, j'en discuterai bien volontiers. Quatre marques me plaisent à priori : L'Occitane, L'Artisan Parfumeur, BPI et Firmenich. Voilà qui est dit.

vendredi 23 octobre 2009

Mon Top 10 d'automne ... après les filles !

Puisque les filles s'y sont mises, voici un top 10 exclusivement masculin. Celui de Graindemusc ayant ravivé mon intérêt pour Knowing, que j'aime depuis le début mais qui se fait malheureusement oublié me fait penser que le Top 10 est une excellente idée pour faire émerger quelques idées et permettre à certains parfums de sortir de l'anonymat, comme ce fut le cas pour Sicily me semble-t-il. Une idée qui tombe bien, car l'automne arrive et parce que j'étais bien parti pour avec mon article "trouver son parfum". Ce n'est pas un classement par ordre de préférence, mais juste un Top 10 dans l'humeur du moment. N'hésitez pas à le compléter par vos impressions si le coeur vous en dit !

1) X de X : c'est celui dont je parlerai dans le prochain article, mais je ne suis pas pressé. Pourtant, ce fut le coup de foudre immédiat, de ceux qui n'arrivent que tous les 5 ans environ... suspens et patience !

2) Méchant Loup de l'Artisan Parfumeur : ce n'est plus un secret mais il fait maintenant partie des indétrônables, vous savez, ceux dont on ne veut pour rien au monde qu'ils soient un jour discontinués.

3) Héritage de Guerlain : bien sûr, je vous épargnerai un long paragraphe, il a déjà été suffisamment évoqué dans mes articles, mais il est toujours là, en maitre absolu.

4) L'Eau du Fier d'Annick Goutal : les notes fumées semblent avoir leurs adeptes parmi les "aficionados de perfumes". Eau du fier est une odeur que l'on doit certainement sentir autour de la région du Fier, près de la Rochelle. Serait elle proche du feu de bois de joncs qui brûlent tellement le feu crépite dans ce parfum ? Ce serait aussi une interprétation du thé fumé lapsang souchong, qui se caractérise par une très forte note fumée et cuirée, accentuée ici par le clou de girofle. Quelques agrumes tels la bergamote et l'orange confite nuancent cette brutalité, mais il est tout de même difficile à dompter. Il n'en reste pas moins une référence qu'il faut connaitre et apprécier comme une oeuvre d'art, que je contemple de temps à autres avec bonheur.

5) For Him Musc Collection de Narcisso Rodrigez : à vrai dire un peu rebuté par la note acre de tabac froid et par le patchouli de l'original, mais séduit par la forme et l'ensemble, je n'avais pas franchi le cap depuis 2007. Toujours présentes, ces notes sont atténuées dans la rondeur laineuse d'un musc reconstitué mais très fidèle à du vrai (facette animale comprise), dans un iris clair et métallique mais qui se manifeste de manière très douce et dans un soupçon d'épices (poivre noir et rose) et de cuir (et oui, encore). Si le gris avait un parfum, ce serait ce For Him Musc Collection et ce serait un cachemire anthracite lavé avec Paic Laine (ah, la fameuse note addictive inconsciente). Il ne dénature en rien l'originalité de son aîné, son flacon est sublimé, il n'en fallait pas moins pour qu'enfin je puisse le porter.

6) L'Amoureux 6 de Dolce et Gabbana Anthology : et oui, parfois, sans savoir vraiment pourquoi, un parfums jugé facile, racoleur et commercial vous séduit. Des notes de tête qui font saliver (griotte et pamplemousse) littéralement posées sur cette base Procter & Gamble vue et revue mais toujours aussi efficace tant les bois de cèdre, les baumes résineux et la vanille y sont parfaitement équilibrés. L'Amoureux nous gratifie en plus d'une facette poudrée d'un effet étonnement "luxueux" à ce niveau de prix. Pas un chef d'oeuvre, mais une vraie créativité et une cohérence dans l'approche. Facile? Pas tant que ça, et vraiment plaisant.

7)
Black de Bulgari : Il faut croire que ce "Shalimar pour réplicants" comme le décrit Graindemusc a bien trouvé son public dans l'atmosphère "Bladerunneresque" de certains quartiers de Tokyo, Kyoto et Osaka. Par temps de pluie, dans les phares des taxis, il y trouve naturellement sa place. On le trouve très facilement là bas, contrairement à chez nous, et le prix vous vaudra un tour de rein tant il étonne : moins de 30€ le 40ml. J'ai craqué, enfin, depuis tant d'années que je le convoitais, et ça fait du bien tellement c'est bon..

8) Fahrenheit Absolute de Dior : déjà conquis depuis ses premiers cris par Fahrenheit, cette évolution plus épicée qui en dévoile une facette cuirée et irisée, accentuée en tête par le feu du cumin est un élixir de peau, d'une absolue subtilité.

9) Paul Smith Man de Paul Smith : très proche que le précédent dans son approche et dans sa forme mais moins floral, Paul Smith Man conjugue le meilleur de Dior Homme autour d'un iris polis (entendez par là sans l'aspect carotte) sur les notes de têtes, qui se loverait ensuite dans la finesse boisée du cèdre, la note goudronneuse d'un cuir patiné et la douceur de baumes comme la vanille et la fève tonka "tiens, on dirait Black". Le patchouli est bien là, comme une charpente solide, mais qui se fait discrète.

10) Déclaration de Cartier : celui-ci, je ne l'ai pas encore, mais en cet automne tout doux, j'ai tout simplement envie de retrouver ces notes fumées, de bois blanc légèrement lactées matinées de muscs blancs enrobants et d'agrumes. Une finesse d'exécution et une forme olfactive suivie mais jamais égalée ni vraiment imitée. A redécouvrir de tout urgence si vous voulez vous démarquez.

lundi 19 octobre 2009

Trouver son parfum : un exercice difficile ?


Devant la prolifération de nouveautés annuelles, trouver un parfum que l'on peut définir comme étant le sien est pratiquement chose impossible. Cela me semble être un exercice difficile, une démarche longue et compliquée pour celui ou celle qui décide de l'entreprendre.

Vous est il arrivé d'avoir une rencontre avec un parfum, de retrouver dès les premières notes cette sensation qu'il est fait pour vous, qu'il est tout ce que vous aimez ? Sa forme olfactive, ses couleurs et ses évocations vous transportent et vous parlent. Passer ce premier cap, vous savez presque d'instinct qu'il fera corps avec vous, vos goûts et votre style de vie du moment.
Pour ma part, ces rencontres pourraient se limiter à quelques parfums, après être passé par plusieurs essais et constats : les vétivers que j'adore se refusent obstinément à mon corps et à ma peau, j'en suis maintenant convaincu. J'ai également aimé quelques patchoulis, mais là c'est l'inverse, j'ai dû faire une overdose car j'ai plus de mal aujourd'hui. Bien sûr, il y a les occasionnels qui me plaisent, qui me vont bien, qui ne sont pas forcement des chefs-d'oeuvre mais que je porte le week-end, en voyage ou quand il fait chaud. Puis il y a ceux que je collectionne, simplement pour avoir le plaisir de les sentir. Frivolité addictive, mais essentielle.

Malgré cela, j'ai besoin de retrouver ces parfums refuges qui sont les miens, qui m'ont accompagné quelques temps ou m'accompagnent encore. J'ai également besoin de sentir, en espérant trouver, parfois, cette sensation aussi rare qu'agréable.

Le tout premier parfum avec lequel j'ai senti une affinité réelle fut Fahrenheit en 1988. Je l'ai porté pas mal d'années, mais à force de succès, il est devenu codé, avec cette impression de porter le parfum des potes. C'est dommage car je l'aime toujours et j'ai plaisir à le porter très très occasionnellement. Sa version Absolute en est une jolie variation.
Le second "choc" de ce type fut Héritage en 1992 : un parfum que je souhaitais et qui dès les premières notes et dès les premiers jours de commercialisation est devenu "mon" Guerlain. Héritage a longtemps été "mon" sillage, il l'est encore aujourd'hui, mais il est trop beau et capiteux pour mon environnement quotidien actuel. Je ne le porte donc que le week end et occasionnellement, comme en cette période de froids d'automne par exemple.
Le troisième est devenu vraiment "mon" parfum. Il en fut décidé ainsi suite à la création de ce blog et parce qu'il m'accompagne depuis longtemps, un peu partout, sauf en voyage ou quand il fait trop chaud. Méchant Loup en 1997 fut une rencontre, une osmose, je l'aime et le porte depuis le début et en vieillissant, il fait de plus en plus partie de ce que je suis, un article complémentaire lui sera consacré très bientôt.
L'Eau du fier est également un parfum qui me correspond, mais il est si difficile à porter que je me contente de le sentir sur le poignet de temps à autre, pour retrouver son odeur qui me fait voyager. Enfin, le "cuir moderne" comme Dzing de l'Artisan, Black de Bulgari et Cuiron de Helmut Lang, relayé aujourd'hui par Strictly Private de Baldessarini, est une signature avec laquelle je me sens en affinité.
En cette fin 2009, c'est une nouveauté récente qui s'inscrit dans la lignée des notes et des évocations auxquelles je suis sensible : un parfum dont je rêvais comme pour Héritage, et la sensation de faire corps. Ce parfum fera l'objet de mon prochain article.
Un point commun à mon sens entres tous ces parfums : les couleurs chaudes et l'écriture olfactive ambrée, boisée avec une facette cuir et quelques épices bien dosées. Tous pourraient s'inscrire dans un tableau de Denis Frémond (ci-dessus) ou de Henderson Cisz (ci-contre) dont j'aime la chaleur qui en ressort et la lumière travaillée.

Après plusieurs discussions avec des personnes que je connais m'ayant donné le nom de leur parfums, j'ai remarqué que pour beaucoup d'entre elles, un style, une matière, une couleur revenait, comme une signature dont elle n'avaient pas forcement conscience et qui était pourtant bien marquée. En prendre conscience peut être réconfortant et permettre d'être moins hésitant dans ses choix.

Et vous ? Trouvez "votre" parfum vous semble t il difficile ? Quelles seraient vos affinités olfactives ? Votre style ? Les connaissez vous ? En êtes vous conscients ? Quel (s) parfum (s) serait "vous" ?
N'hésitez pas à faire partager vos impressions, je vous remercie d'avance.

Illstrations : Little flower de Denis Frémond et Parisian afternoon de Henderson Cisz.