samedi 25 octobre 2014

Sélection d'Automne.

En ces jours de premiers frimas et dès que le soleil se fait plus rare, que le ciel devient gris et les jours un peu tristounes, il est réconfortant de se rabattre sur ses valeurs sûres, des découvertes récentes ou des parfums que je connais depuis maintenant quelques années, mais que j'ai toujours plaisir à redécouvrir en cette saison d'automne. Voici donc ma petite sélection personnelle.

Epice Marine d'Hermes : depuis septembre que j'ai redécouvert ce parfum, je ne me lasse pas de cette fraîcheur citronnée, très légèrement florale, saline et marine, sur un lit de vétiver fumé. Article : ici.

Bel Ami Vétiver d'Hermes : vétiver très subtilement salin également pour ce Bel Ami revisité accompagné d'une note de noisette douce à croquer.

Baudelaire de By Redo : depuis plusieurs années maintenant, dès qu'il commence à faire froid, sa jacinthe fruitée et ses bois chauds se fondent à la peau pour laisser un sillage très doux, original et enveloppant. Article : ici.

Staight To Heaven de By Kilian : pareil, il m'accompagne depuis qu'il est sorti quasiment tous les automnes-hivers. J'adore ce patchouli relevé de rhum et de noix de coco qui laisse un sillage piquant et une peau lactée très douce soutenu d'un santal farineux pour un effet très addictif. Article : ici.

New York Intense de Nicolaï : découvert et adopté cette semaine alors que je portais déjà l'eau de toilette, New York en version intense aura eu raison d'un autre coup de coeur, Special for Gentlemen de Le Galion, car je lui préfère sans doute sa lumière subtilement aromatique, boisée et dorée qui perdure sur peau, à la fougère lavandée du Le Galion. Article : ici.

Allure Homme de Chanel : comme les autres, il revient régulièrement dans mes envies d'automne-hiver, car, à petite dose, j'aime sa fraîcheur nouvelle et son sillage où tabac blond se mêle à la mandarine et au cuir.

Illustrations : By Kilian, ByRedo, Chanel. 

lundi 20 octobre 2014

Elie Saab, Essence N°4 Oud : un parfum "ouddoux" ?

Quand Francis Kurkdjian s'attaque au bois du oud, au combien à la mode mais au combien galvaudé aussi, il sait le faire avec douceur et différence. En effet, outre "son" oud dans la gamme de sa maison FK, dans ce travail pour Elie Saab, il sait garder cette part de douceur et de naturalité qui fait que "ses" ouds, sont finalement, avec ceux de Bertrand Duchaufour, les plus dignes d'intérêt sur un marché inondé.

Ce que je trouve assez merveilleux dans cet Essence N°4, c'est l'idée d'avoir travaillé le cèdre et le oud ensemble, dans un cheminement naturel issu d'une réelle affinité entre le parfumeur et le couturier, sachant qu'Elie Saab est libanais et que le cèdre, lui, est l'emblème du pays. L'accord de ces deux bois nobles fonctionne à merveille ici. Après un départ frais et fugace relativement cologne, le parfum dévoile un sillage très souple autour d'une fleur solaire entre le lys et le jasmin, puis se fond dans les bois où se réveille un cèdre puissant et mat, ponctué d'une touche de pin qui apporte cet aspect camphré proche de ce qu'il sent dans la nature. Un soupçon de poivre le masculinise et l'affine, comme il le fait dans Poivre Samarcande. Enfin, un oud, sans doute naturel, dévoile son animalité contemporaine sur une pointe de mousse et une facette un peu menthée. 

Le parfum n'est pas des plus faciles, mais il a le mérite d'être singulier, avec ce fond boisé moussu un peu sombre et qui "grince" un peu comme dans M/Mink de By Redo, ce qui le rend finalement très addictif. Le poivre et le oud participent au jeu qu'il aime faire avec la peau, et les fameux "bois qui piquent", qui souvent agacent dans ce type de parfum ne se font présents qu'avec parcimonie. Ce parfum me fait voyager au pays des cèdres nobles, provoque une sensation d'élégance et de puissance, comme le fait aussi Poivre Samarcande, tout en ayant également cet aspect cuir doux en fond "à la Cuir d'Ange", et tout en illustrant olfactivement le reflet des perles noir-pétrole sur les robes du couturier.

Ce n'est pas un parfum doudou, c'est certain, mais il s'apprivoise pourtant de la même manière, tellement cet accord de oud-doux s'accorde et se fond à la peau. Alors oui, certes, il est très cher, mais on commence presque à s'y faire. C'est à mon avis le plus intéressant de la gamme des 4 Essences, et sans doute un des ouds qui mérite un minimum son prix.

Illustrations : cèdre du Liban et parfums Elie Saab.

dimanche 12 octobre 2014

Rouge Nocturne - By Terry 2014 : chic nuit !

Quel parfum peut on imaginer de sentir lorsque le ciel d'une nuit américaine se voile de rouge ? Il se dégage alors une atmosphère étrange, un air un peu pesant et une sensation à la fois intrigante et séduisante, qui prête à la rêverie et sans doute aussi, à la séduction. 

Rouge Nocturne s'attache à traduire ce "je ne sais quoi" de séduction étrange et vaporeuse que voudrait véhiculer la personne, femme ou homme, qui le porte. Aplomb des aldéhydes en tête pour un effet "french touch" des plus chic, le parfum se structure ensuite autour d'une rose enveloppante et charnelle légèrement anisée. Une sensation tactile se dégage, accentuée par de précieux baumes, sans doute le doux tolu, le vanillé benjoin, la réglissée myrrhe et le mordant patchouli, matières qui assemblées entre elles ici, forment un ensemble énigmatique et captivant.

Contrairement à l'Inspiratrice, dont je parle dans l'article précédent, l'accord rose-patchouli se montre ici très caressant, très peau, à la fois velouté et tactile. La tête peut faire penser à un parfum français luxueux et élégant comme Rive Gauche, la structure aldéhydes-baumes à Je Reviens de Worth, le fond, lui, peut faire écho à certains Guerlain, et je pense à Héritage en particulier. Il y a pires références me semble t il ?

Rouge Nocturne est en fait le tout premier parfum de la marque qui réussit à capter mon attention et à me séduire au delà des clichés un peu clivés que véhicule cette gamme. Il est beau, très bien construit, séduisant, et sa signature en fait un parfum qui se distingue dans le paysage actuel. La couleur en outre, est très originale. Un vrai coup de coeur, et c'est sans doute normal, un de plus à vrai dire pour les parfums du parfumeur, car c'est un Almeirac ! Tout s'explique non ?

Illustration : nuit rouge sur San Francisco, By Terry.

dimanche 5 octobre 2014

L'inspiratrice - Divine 2006 : du grand spectacle !

Le duo rose patchouli ! Quelle harmonie tellement il fonctionne à merveille. Ainsi, lorsqu'il s'agit de faire un parfum de caractère qui ne laisse pas indifférent, cette association olfactive s'avère une bonne piste. Souvent associé à un accord chypré vert, souvent puissant, on le voit plus rarement associé à des baumes tenaces, pour un faire un parfum de conquête, celui qu écrase tout sur son passage et s'avère dévastateur. 

Ces termes ne sont pas péjoratifs, bien au contraire, car un parfum de caractère est un parfum typé, qui existe et possède une personnalité. L'Inspiratrice est de ceux là ! Les toutes premières notes me laissent une impression de parfum pas très harmonieux, très brutal, avec un patchouli qui arrive tout de suite et une rose relativement éthylique, un peu piquante. 

Pourtant, au bout de quelques minutes, une fois le concert de claquettes annoncé, on se laisse bercer par le spectacle qui s'offre sous vos naseaux ; un sillage dense et langoureux, hyper enivrant glisse derrière vous et laisse immanquablement la trace de votre passage. Les sens sont troublés, ce patchouli furieux et cette rose de feu s'accordent aux baumes précieux et sans doute à l'encens captivant pour sonner le cor et résonner de plus belle. Le parfum se fait sensuel et donne envie de ronronner et de courber le corps comme le ferait un chat, et on se laisse happer, ou l'on déteste tout de go.

Rouge cramoisi, telle est la couleur que m'évoque ce parfum épais et tenace, la musique de Carmen également : claquement de claquettes sur le bois, voix qui chantent fort, robes qui volent et mains levées dans un geste sensuel et séducteur comme l'affirmation d'une conquête. Un sillage digne de l'emblématique Patchouli de Réminiscence, un parfum fort mais signé, un caractère de feu, L'Inspiratrice inspire, et m'a dicté ces lignes en ce jour de premiers frimas dans un élan de grand spectacle !

Illustration : Parfums Divine et James Morgan pour Carmen.

jeudi 25 septembre 2014

Epice Marine - Hermes 2013 : vent de mer.

Il y a parfois des parfums avec lesquels on ne se sent pas du tout familier au premier test, voir même qui vous rebutent. Pour Epice Marine, je n'arrivais pas à me détacher de sa filiation avec Déclaration de Cartier, et de cette note marine que je trouvais trop présente, sans chercher à comprendre de la finesse ou des nuances, jusqu'à ce jour, où, découvrant le dernier né Cuir d'Ange, je décide de franchir le pas et de le tester sur une plus longue période, détendu car en vacances sous un soleil radieux et en Bretagne. Et c'est alors qu'une sorte de connexion se fait, et le parfum se dévoile avec des évidences que je ne voulais pas voir. 

Evidence du propos, évidence de la finesse du trait, évidence de la subtilité du traitement et de la maitrise des matières, y compris la note marine et salée sur laquelle je faisais un blocage injustifié de toute...évidence ! 

Epice Marine mêle en effet le savoir faire d'un parfumeur sensible et exigent au talent d'un marieur d'épices, mais aussi l'esprit de deux épicuriens qui savent apprécier leur environnement, qui le lisent, qui le sentent et le vivent. 

Comment alors ne pas voir que ce parfum conjugue le meilleur d'un air marin iodé d'une finesse aussi douce que les embruns portés par un vent breton, chargés de sables dont l'effet est provoqué par une note qui ressemble à l'ambre gris ? Salin, il l'est, fumé et épicé, il l'est aussi, mais si, comme moi, vous appréciez les whiskies écossais Islay single malt, dans lesquels vous aurez compris sans a priori qu'un glaçon permet de faire ressortir ces notes iodées, fumées et toutes les nuances épicées et tourbées qui vont avec, vous ne pouvez que vous sentir charmé de porter un parfum comme celui-ci ! Quelle finesse, quelle élégance !

A tel point que Déclaration, senti en comparaison, vous parait bien fade, presque brutal, comme taillé dans la masse, et moins noble. J'ai mis du temps, mais c'est un grand plaisir d'avoir sur soi la sensation permanente de sortir d'un bain de mer léger, frais et vivifiant, comme une bonne brise, comme un souffle qui porterait en lui le sable, l'eau, le bois, le feu et surtout, un bel assemblage
d'émotions pures et sincères. 

Illustrations : font de vent de mer et Hermes. 

jeudi 28 août 2014

Shalimar souffle de parfum - Guerlain 2014 : dans le souffle d'un instant ?

Et si Shalimar, dans un souffle, nous emportait dans un monde très Guerlain, mais qui n'est pas exactement là où on l'attend ?

Après le relatif échec commercial, mais pas olfactif de Shalimar Initial, il semble que cette nouvelle déclinaison du nom Shalimar tente un repositionnement pour conquérir là où l'autre à échoué. La marque revendique clairement que Shalimar souffle de parfum ne reprend pas exactement ce que les habituées connaissent, et si cela peut certes dérouter, le parfum, lui, s'avère bien construit et intéressant mais nous emporte dans univers ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre.

Plus minimaliste que les autres Shalimar, moins oriental, c'est du coté des travaux déjà proposés par Thierry Wasser et de l'Instant pour Homme notamment que Shalimar souffle de parfum va chercher son empreinte : une signature boisée, verte, inédite dans l'univers Shalimar mais pas inconnue chez Guerlain vient jouer avec les notes ambrées, florales et cuirées de l'original, qui laissent pourtant entrevoir, par le traitement de la composition et dans son harmonie, une filiation bien marquée avec la référence. Cette signature, toute droit sortie de la Cologne 68, de Habit Rouge Sport, de Guerlain Homme Intense et de l'Instant pour Homme, qui joue également avec les notes amandées et croquantes, apporte un peu de modernité et fait connecter ce nouvel opus avec les références actuelles de la marque.
 
Ainsi, il ne faut pas s'attendre à voir dans ce nouveau bébé ne serait ce qu'un air de Shalimar, mais plutôt une évocation en sourdine de ce parfum emblématique, aussi légère que le souffle d'un voile et qui apporte un sceau bien Guerlain, mais pas forcement "Shalimaresque" !

L'ensemble est harmonieux, signé, mais a plutôt sa place dans ce que la marque fixe comme nouveaux critères que dans ses références historiques. Curieusement, il se serait appelé L'Instant pour Homme Eau Verte par exemple qu'il aurait été tout aussi cohérent ! Les amatrices, et pourquoi pas aussi les amateurs (car pour le coup je vois parfaitement un homme le porter) de ce nouveau style Guerlain y trouveront leur compte, dans une vision actuelle, les autres, les inconditionnels du "vrai" Shalimar, eux, risquent d'être déçus. Au moins, chacun pourra y trouver son compte !
Illustrations : Guerlain, Rolf Amstrong.

mardi 12 août 2014

Violette Sacrée - Au Pays de la Fleur d'Oranger 2014 : violette magicienne ?

Quand il s'agit de traiter la violette en parfumerie, il est difficile d'éviter l'écueil de l'archétype véhiculé par la violette Berdoue, qui vous renvoie son cliché chimique et sucré pas vraiment traité dans la finesse. Pourtant, parfois, de belles surprises émergent, comme si elles venaient d'une autre planète ! C'était déjà le cas avec Stephen Jones de Comme des Garçons, alors parée d'aldéhyde et de poudre, elle se voulait magnétique et attractive. Violette Sacrée de Au Pays de la Fleur d'Oranger, elle, est de ces fleurs magiciennes, extraordinaires, et qui dévoilent des facettes là où l'on ne s'y attend pas. 

De la violette ? Bien sûr que oui, elle ne peut le renier, mais ici, on est loin du cliché : elle se dévoile avec finesse et justesse, comme si la fleur avait été chercher dans la nature les composants les plus fins pour les condenser dans un flacon, joli qui plus est ! Jean Claude Gigodot, par le jeu de textures diverses permises entre l'absolu feuille de violette et les diverses ionones et methylionones qui composent la palette du parfumeur, réussit le tour de force de la sortir de ce à quoi la parfumerie nous avait habitué jusqu'à ce jour pour mieux la remettre au coeur de la nature, dans un champs violet qui sent le "vrai" et la vraie fleur. Elle se dessine alors sous des traits complexes et riches, allant de la note violette que l'on connait à des facettes boisées presque cuirées sans doute apportées par les notes très "peau" du bois de gaïac. Sans tomber dans le cliché d'un jeu habituel trop poussé, l'iris se montre, ponctué de quelques aldéhydes bien discrets, juste pour accompagner l'envolée en douceur. Simplement, les ionones déploient des notes croquantes comme la grenadine, et s'habillent de noisette et d'une note de mie de pain grillée. Ensuite, c'est un joli sillage floral rosé et jasminé d'un bel effet "transparent" qui s'exprime. Le fond, boisé, très subtilement ambré laisse deviner un vétiver très clair, qui donne l'impression de s'accrocher à merveille avec le reste. Ainsi, à certains stades de son évolution, le parfum me rappelle à la fois Vétiver Tonka, celui de Carven et même celui de Guerlain, très "violette" lui aussi, mais toujours par a-coups, sans parenté évidente.

Sans trop m'avancer car je garde de la nuance, j'aurais presque envie de dire que Violette Sacrée fait partie des plus beaux parfums que j'ai senti. L'équilibre est d'une finesse rare, les notes agissent de manière assez magique sur peau, le sillage est discret mais présent, et l'ensemble résonne avec des familles qui me sont chères : vétiver, iris, cuir et fleurs iridescentes ! 

Un vrai coup de coeur et un vrai bonheur à porter, une violette parfaitement naturelle, androgyne et magicienne qui n'a jamais si bien porté son nom ; lumineuse, radieuse, elle est sacrée ! 

Illustrations : stock d'images Shutterstock, Collection Les Inédits de Au Pays de la Fleur d'Oranger. 
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