lundi 3 février 2020

Rouge Trafalgar - Maison Christian Dior 2019 : fruits détendus.

Qu'on le veuille on non, maintenant, les fruits font partie de notre quotidien parfumistique. Qu'elle soit légère, acidulée ou grasse et lourde, la palette est tellement large qu'il y a une large place à la créativité et à l'imagination. Disons le tout de suite, la créativité n'est pas ce qui inspire François Demachy pour la Maison Christian Dior. Il s'agirait plutôt de proposer une palette large de parfums très différents, dans des styles et des familles variées afin de plaire, ou pas. 


Rouge Trafalgar semble tout droit sorti d'un cocktail frais, mais qui aurait une belle longueur en bouche. Acidulé et pétillant, il dévoile en première ligne une envolée de pamplemousse rose aussi vive que celle d'Hermes. Pour que ces notes s'envolent et restent vives, elles sont soutenues par des fruits, eux aussi traités de façon acidulée. La sensation est celle de boire un cocktail de jus de fraises et de framboises relevé d'une pointe de citron et de pamplemousse. Un soupçon de cassis et de cerise, fruits plus charnus, viennent apporter un peu de corps à cette fraîcheur et épaissir le cocktail. Le barman aurait ajouté une pointe de sirop de rose, c'est une habitude dans sa collection. On y devine en fond une pointe de vanille. Le parfumeur, lui, renforce le fraîcheur de la rose par un jeu de patchouli très transparent et scintillant, quelques muscs modernes eux aussi à effet frais et un tout petit peu de ce qui remplace la mousse de chêne dans les parfums d'aujourd'hui. L'effet est très contemporain, rejoignant les derniers nés de cette famille de chypés floraux que sont les For Her l'Eau, Burberry's Her, et le tout jeune Armani Because of You Freeze qui montrent tous que les floraux fruités chyprés n'ont pas dit leur dernier mot, et que les parfums fruités peuvent aussi être digne d'intérêt.  

Aussi vif et pétillant qu'un rayon de soleil, très chaleureux sur peau, il s'inscrit dans son temps naturellement, sans forcer, ce qui finalement, est aussi valable pour toute la collection de la Maison Dior. Rouge Trafalgar, c'est un fruit certes, mais détendu par rapport à l'attaque des fruits et du sucre dans la parfumerie actuelle !!! 

Illustrations : Maison Christian Dior, Daniela Edburg 

dimanche 26 janvier 2020

A Men Ultimate - Mugler 2020 : ultimate homme.


Pas franchement évident de trouver une nouveauté masculine intéressante ces derniers temps, tous ce qui sort jouant à peu de choses près sur les mêmes codes. Pourtant parfois, quelque chose émerge et tel un iceberg, et suscite une certaine curiosité. 


Tout droit sorti de la banquise, A Men Ultimate propose un contraste intéressant et saisissant entre le froid et le chaud. Jouant son départ sur des notes froides et un accord glacial en partie rendu par un "vert de bergamote" exclusif et très transparent, lié avec une notre florale aux accents presque marins, le parfum montre rapidement une facette pour le moins masculine ; une sorte de fougère à la fois classique et déjà vue dans certains parfums pour hommes un peu sportifs,  mais qui est rapidement et habilement twistée de gourmandise. Une vanille transparente et un accord mokaccino revendiqués prennent le relais de la fraîcheur, et se fondent sur la peau dans un bois baumé, le fir-balsam, dont j'ai déjà souligné à plusieurs reprises qu'il "fondait" sur la peau dans un miel à la fois camphré, citronné et chaud. Le parfum s'accroche mais n'envahit pas. 


A Men Ultimate casse les codes de l'original  qui était plus ou moins décliné jusqu'à maintenant pour montrer une facette différente, une gourmandise revue, plus fraîche, plus verte, plus mordante et plus cool. Plus souple que les précédents A Men, il marque un vrai tournant, dans une variation ultime, gourmande et virile à la fois et vraiment dans son temps. 

Illustration : banquise et Mugler parfums. 

lundi 23 décembre 2019

Atman Xaman - Lorenzo Villoresi 2018 : tabac sans tabou.


En ce moment, j'ai des envies d'Italie, et je pars entre autre à la redécouverte de l'univers de Lorenzo Villoresi, parfumeur italien qui s'est bâti une belle réputation pour ses créations authentiques, signées, et d'excellente qualité. Construits autours d'une palette riche de matières premières nobles travaillées, ciselées, ses parfums ont la particularité d'être très vibrants, peu linéaires, ce qui fait qu'ils dévoilent une personnalité, un caractère différent chaque jour, en fonction du temps, de l'heure, voir même de votre humeur. J'aime cette sensation d'avoir un parfum vivant, déployant des facettes riches et variées, qui surgissent sans que l'on s'y attende, et qui vous accompagnent en toute discrétion, fondant sur votre peau qui se chauffe.
Lorsque j'ai découvert Atman Xaman, c'est à un accord cuir de Russie assez classique que j'ai pensé, mais en l'explorant et en le portant, il m'est apparu évident que l'absolu de tabac blond était très marqué, dévoilant des facettes "blondes" de miel, de bois secs, de réglisse, d'amande et de girofle. L'envolée est assez fraîche grâce à l'orange amère, et soutenue pas un accord foin/maté dans un esprit cuir retourné et végétal. L'iris, le cuir, le ciste plus ronds donnent une signature propre au créateur, et un sillage tout en douceur et délicatesse qui se réchauffe au contact du patchouli, de la vanille et de la fève tonka. 

Atman Xaman est de ces parfums coup de coeur comme Héritage, Méchant Loup et beaucoup d'autres. Il me rappelle un certain Tabac Blond, centenaire cette année, par ces facettes tabac très marquées, mais il est plus souple, plus sec, moins épicé, moins floral et très légèrement végétal, un peu comme certains Cuirs de Russie comme celui de LT Piver. 

Une réussite totale, à découvrir absolument, sans tabou ! 
Joyeux Noël et bonne fin d'année à tous. 

Illustrations : Lorenzo Villoresi,  tabac blond en vrac trouvé sur le net au hasard. 

dimanche 8 décembre 2019

Tubéreuse Mystique - Bvlgari 2019 : vanille baroque.

Le baroque est un art que l'on aime ou pas, car il a tendance à faire beaucoup de chichi, de fioritures, d'ornementations, mais pourtant, il fait partie de notre culture et de notre patrimoine européen, et plus particulièrement en Italie. Qu'un joaillier italien s'inspire de ce style dans ses parfums, est-ce étonnant, car c'est bien ce qui semble avoir inspiré Tubéreuse Mystique ? 

Pour comprendre ce dernier né de la gamme Splendida tout d'un bleu profond vêtu, il faut peut-être avoir cela en tête, car ce n'est effectivement pas aux notes de tête de ce parfum qu'il faut s'arrêter, mais bien le faire vivre sur peau pour l'appréhender au mieux. Baroque s'il en est, la tête parait chargée, brouillon, avec une note de fruits rouges marquée de davana et de cassis, qui vont de paire certes, mais aussi d'une pointe de lie de vin qui à mon avis fait directement écho aux vins que l'on buvait dans la Rome antique. Quelques épices collent à la peau, puis la tubéreuse crémeuse et onctueuse se dévoile, à la fois ronde, charnelle et opulente. Le plus impressionnant se passe au bout de quelques minutes, car c'est un fond doux de vanille et de myrrhe qui apparaît, très attachant et construit, la fleur charnelle s'est posée. Le sillage devient gourmand, mais pas mièvre. 

Des fruits, une fleur envoûtante, de la gourmandise, de la luxure même, un cocktail détonnant, surprenant au premier abord, mais qui se vit à même la peau, au fil de la journée, dans la plus pure tradition baroque et italienne. 

Illustrations : Athos Burez , Bvlgari parfums. 

samedi 30 novembre 2019

Cuir Bleu, par The Alchemist & l'Artisan pour Thierry Blondeau : good layering !

Vous savez quoi ? Je ne suis pas particulièrement fan des ateliers qui vous proposent de créer votre parfums sur mesure, car à moins de mettre le prix du "vrai" sur mesure, les autres se contentent d'assembler des bases plus ou moins équilibrées, qui donnent des résultats souvent très aléatoires, et pas très stables, ni sur peau, ni en sillage, et souvent encore moins en couleur de jus. 

The Alchemist et l'Artisan Parfumeur proposent une approche plus "pro", plus structurée, et sans aller jusqu'à créer un parfum à proprement parler (ces propos n'engagent que moi), la solution qui consiste à accompagner votre parfum L'Artisan Parfumeur d'un layering (superposition de deux accords ou parfums) qui vous serait propre et rendrait votre sillage plus unique me séduit plutôt. J'ai donc joué le jeu, et à ma grande surprise, il est ressorti de l'exercice une construction cuirée-verte, que je n'arrive pas à qualifier de parfum, mais qui me correspond complètement, un peu comme une signature unique. Plus encore, elle fonctionne plutôt bien avec Thé pour un Eté, Méchant Loup ou Patchouli Patch par exemple, avec des parfums d'autres marques que je porte, mais aussi avec toutes mes créations, de Aléa Jacta Est, à Santal Colada en passant par Jessy's Rose, Cuir des Ables, Cuir Extrême et Narcisse Emoi (particulièrement excellent complément à ce dernier d'ailleurs). Ceci tend à prouver que ces accords sont bons, très bien structurés, et peuvent en effet devenir de vraies signatures.

Et ça ne s'arrête pas là ! Vous pouvez demander à découvrir et même à vous offrir cette construction nommée Cuir Bleu crée par The Alchemist et l'Artisan Parfumeur pour Thierry Blondeau, car elle est entrée dans leur base de données. La technologie à parfois du bon, et là, je reconnais que le coté pro de la chose à de quoi séduire, et mérite que l'on s'y intéresse, pour un budget somme toute raisonnable. De plus, utilisée en layering, l'alchimie qui en ressort se consumera moins vite qu'un parfum.      

Et vous, avez vous vous aussi tenté l'expérience du layering, ou celle de The Alchemist ? Je n'étais pas adepte de la chose, mais là, je reconnais, ça fonctionne bien. Votre avis m'intéresse. 

Cuir Bleu, à découvrir dans les corners et boutiques qui possèdent The Alchmist Atelier et excéllent complément, donnant une signature très professionnelle à mes parfums : Thierry Blondeau Parfums

Illustrations : Nick Knight, The Alchemist. 


lundi 25 novembre 2019

Audacious - Nars 2019 : l'objet noir.

Pas facile de partir de rien quand on est une marque de maquillage, et que l'on veut faire un parfum. Le premier choix serait de suivre la tendance et de proposer quelque chose de facile, qui teste bien, de mignon, quitte à en faire un one-shot. Le second choix, plus mature, est de rester fidèle à son esprit, à son image et à son éthique et de penser à long terme, en s'installant dans le temps, avec un produit mature. Pour Nars, le second choix s'est imposé. L'objet est pensé, pesé, minutieusement choisi jusque dans les détails comme la boite, la texture, le graphisme, l'épaisseur du flacon, la couleur et les reflets et bien sûr, ce qui se trouve à l'intérieur. 


Audacious ! S'il y en a un qui va bien "faire le buzz" cette année, celui-ci est parti pour. Pourquoi ? Ma réponse est simple, claire, limpide : parce qu'il est beau ! Tout est beau, l'objet, la vaporisation et bien entendu la fragrance. On y retrouve bien la patte d'Olivia Giacobetti autour de l'encens et du lys, qu'elle a déjà travaillée dans Passage d'Enfer, ou dans l'Ether. Cette blancheur épurée, cette finesse d'exécution. Puis, l'iris de toscane pointe son nez, par petites touches, rappelant ça et là Iris Pallida ou Hiris. Enfin, et c'est là que je le trouve magnifique, on y découvre un absolu tiaré accompagné d'un accord frangipanier qui se fond à merveille dans le décor et lui apporte de la lumière, comme un rayon de soleil et de vacances. A la fois végétal et "sableux", sa signature est calme. L'ensemble est duveteux, confortable, jamais trop puissant, parfaitement dosé. Les notes se parlent et résonnent entre elles sans que l'on sache vraiment laquelle apparaîtra dans la journée. Pour ma part, je ne peux m'empêcher de faire le lien avec Nu d'Yves Saint Laurent, qui était aussi construit autour du lys et de l'encens, mais pour les avoir comparés, Nu est plus criard, plus évident, Audacious, paradoxalement plus réservé ...et pourtant. 


L'objet noir, tant convoité, est une petite merveille ...c'est assez rare il me semble.  

Illustrations : art digital Noir 3D et Nars

mardi 19 novembre 2019

L'Heure Perdue, la XIe Heure - Cartier 2015 : Manifeste d'Alchimiste.

Le temps qui passe, titre parfait et illustration parlante signée Fabienne Deguine pour illustrer l'Heure Perdue, cette onzième heure de la collection Les Heures de Cartier. Le temps passe et la parfumerie actuelle, celle du XXIe siècle, continue de revendiquer des ingrédients "d'origine naturelle" pour justifier une parfumerie soit disant éthique, mais surtout commerciale, alors que telle que nous la connaissons, elle ne peut se passer de la chimie. Le public et trompé, car pardon, mais le pétrole, quelle est son origine ?

En 2012, Yves Saint Laurent lançait Manifesto, comme une promesse faite à la femme d'être libre et d'écrire sa vie comme elle l'entend, mais en restant surtout bien dans les codes. Un manifeste pas très convaincant au final et qui surtout, apporte quoi ? 


En 2015 Mathilde Laurent, elle, signe un vrai manifeste, important, qui crie haut et fort que sans synthèse, sans chimie, il n'y a pas de parfumerie. Sans cela, ça n'en est pas, c'est de la toutouille, du mensonge. Perdez votre temps, perdez vos heures à essayer de convaincre, vous tournerez en rond. Mathilde le crie, Cartier la soutient :"dans cette Heure Perdue, je me rends, j'accepte de tout perdre, et prends le risque, il n'y aura rien de naturel, que de la synthèse, et la chimie prendra, ou pas". 


Aux yeux de la plupart des amateurs de parfums, ça a plutôt bien fonctionné, cette Onzième Heure est devenue magique, mythique car il se passe vraiment quelques chose. Comme une bulle de confort, l'Heure Perdue vous enveloppe d'un halo de tendresse, de gourmandise craquante mais pas mièvre, de chaleur rassurante, de douceur apaisante. On nous parle de Vanilline, de Muscs Blancs de synthèse, de surdose de Sulfurol à la note soufrée et santalée très puissante, de Coumarine, d'Aldéhydes , sans doute d'un peu de Salicylates, d'Ambrox à la note ambrée surpuissante, de Muscenone, très douce et confortable. Vous ne savez pas ce que c'est mais est-ce bien important ? N'est-ce pas le résultat qui compte ?  Une création, une oeuvre s'admire, se regarde, se contemple et finalement se porte, ou non, comme un manifeste d'alchimiste. 

Merci à Christelle, qui le porte à merveille dans un sillage tout doux, de me l'avoir remise sous le nez, et de m'avoir donné l'envie d'en parler. Une redécouverte, pour le vrai bonheur du parfum et de la création. L'Heure Perdue valait bien une heure pour la partager avec vous non ?

Illustrations : Le temps qui passe de Fabienne Deguine et Cartier. Ces deux œuvres ne vont-elles pas bien ensemble ?