dimanche 20 avril 2014

Balahé - Léonard 1983 : fusion sans confusion.

Léonard fait partie de ces marques discrètes dans le monde de la mode, mais qui savent s'adresser  à une clientèle fidèle tout en maintenant une constante de style en sachant se renouveler habilement. Je parle ici de la branche prêt à porter, car pour ce qui est du parfum, le constat est un peu plus mitigé : l'inspiration et l'âge d'or des parfums de la marque semble s'être arrêté depuis les années 2000, car on ne peut pas dire que les dernières créations de la marque soient au même niveau qu'avant.

Balahé est un parfum oublié, mais franchement, pour le passionné et amateur de belles matières que je suis, il fait partie de ces parfums quasiment parfaits, où tout est là, dans un équilibre rare, traité avec une finesse remarquable et un style impeccable. Dans ce parfum, c'est un peu comme si l'on avait voulu travaillé autour de notes douces et qui fondent sur la peau comme la lave sur un volcan : explosion d'un cocktail fusant au début puis fusion dans un accord fondu par la suite. Parfum de peau par excellence, la transition entre la tête, le coeur et le fond du parfum se fait de manière si naturelle, progressive et maitrisée qu'il semble se colorer sur la peau comme la lave forme, en se refroidissant, une peau nouvelle sur le paysage.

Douceur de l'anis relevée d'une pointe d'ananas et sans doute d'un soupçon de poivre, qui peut avoir des facettes caressantes ouvrent le bal. La sauge, à l'aspect velouté, prend le relais pour glisser sur un accord fleur d'oranger-jasmin qui fait penser à la trame commune que je lis dans Habanita, M7 et Séville à l'aube. Ici, cette trame se glisse dans la composition comme un corps parfait dans un fourreau sur mesure, pour révéler très progressivement à l'aide de la tubéreuse, un aspect "prune confite" qui fait non seulement saliver, mais donne envie de ronronner. Le parfum évolue tout en rondeur dans les notes irisées, poudrées, lactées et cuirées en fond, où santal, civette et styrax apportent un velouté remarquable.

Rien ne dépasse, tout semble glisser lentement dans ce paysage voluptueux et langoureux. Balahé frise la perfection technique, oscillant entre les beaux poudrés, cuirés, chyprés-fruités sans négliger les émotions. Il semble fait pour la peau, et ce que je trouve encore plus "magique", c'est qu'il est impossible de lui donner un genre, car anis, sauge, note de prune et aspect cuiré-velouté font aussi partie de la palette parfumistique des masculins. Le flacon est superbe et en parfaite adéquation avec ce parfum "fusion" sans confusion. Point à la ligne.

Illustrations : fusion de lave qui glisse sur le paysage, et fusion d'un flacon avec Balahé de Léonard, parfum qui glisse sur peau.

samedi 12 avril 2014

Image Woman - Cerruti 2000 : together in electric dreams.

Puisque je m'intéresse à la marque Cerruti en ce moment, j'en ai profité pour ressortir du placard un petit flacon de Cerruti Image Woman, que j'avais acquis au moment de sa sortie il y a 14 ans maintenant, parce que ce parfum, à l'époque, avait interpelé mes sens.

J'ai le sentiment qu'il était tellement avant-gardiste et précurseur, que personne n'a rien compris à l'époque, et qu'il est parti aussi vite qu'il est arrivé. Pourtant, s'il ressortait aujourd'hui, avec le même propos mais peut être sous une autre marque et sans s'afficher ouvertement "woman", avec un concept remanié, je suis certain qu'il trouverait un public ; le lien avec le cuir devrait en outre être plus affirmé.

L'idée de départ, si l'on en croit les visuels de l'époque, était de recréer une rose urbaine et bien dans son temps. Pour cela, le parfumeur Harry Frémont de Firmenich (CK One, Miracle, Tuscan Leather) semble s'être orienté vers une famille boudée en grand public, celle des cuirs. Note chaudes de bouleau et d'un accord très citadin faisant penser au goudron constituent la trame de fond du parfum. Cette trame plante le décor d'une rose orangée imaginaire, comme électrisée par un accord vert et montant, très fusant, légèrement métallique. Les muscs blancs contemporains viennent appuyer le tout, dont le rendu sur peau et en sillage est à citer en exemple, et résonne dans un écho  très créatif, pointu et très "arty", à la fois enveloppant et fusant. Reconnaissable, signé, et d'une justesse avec le propos rarement égalée.

Mais voilà, cuir, avant-gardisme, parfum visionnaire ne sont pas forcement synonymes de féminité, et les "women" ont certainement eu du mal à le comprendre. Ce cuiré vert urbain a sans doute été boudé parce qu'en peu froid en apparence, et n'a pas su traduire une féminité affirmée. Il manquait peut être un peu de douceur pour le grand public. Il aurait sans doute gagné à être unisexe, et se démarquait un peu trop du masculin Image qui pour le coup, parait hyper classique à coté. C'est pourtant avec un vrai bonheur que je le redécouvre aujourd'hui, car 1881 Bella Notte, qui flirte avec la note cuirée-verte, m'y a fait penser, et il reste pour moi de ces parfums rares, sorte de masterpiece passé complètement inaperçu. 

Personnellement, si un jour je travaille des parfums de peau, c'est aussi vers ce style que je tenterais d'orienter mes créations. J'aimerais qu'elles aient cette modernité, ce trait fusant et contemporain, cette ligne à la fois froide, souple et qui fond bien sur peau. J'en profite aussi pour souligner que la vaporisation, originale, était très étudiée et hyper agréable d'utilisation, dans un geste nouveau et spontané.

"Cuir, tu m'attires", là pour le coup je suis en plein dedans : Jean Claude Jitroi ou chez Mugler, puisque vous retravaillez le cuir, si vous m'entendez, peut être que c'est un parfum comme cela qu'il vous faudrait, sur l'idée d'Electric Dreams. Qui sait ?

Illustrations : wallpaper Electric Rose orangée et Cerruti.

vendredi 4 avril 2014

1881 Bella Notte - Cerruti 2014 : oh douce nuit !


Oh douce nuit, oh belle nuit ! La mélodie de 1881 Bella Notte flotte dans l'air comme un doux parfum d'été, qui aurait été capturé pour être mis en flacon. Evocation d'une promenade dans la pinède au crépuscule, la sensation est immédiatement palpable, lisible, avec ce petit coté balsamique que peuvent avoir les pins.

Le fir-balsam, matière au combien riche et que j'affectionne tout particulièrement, n'est pas mentionné dans la composition, pourtant, c'est bien la sensation de cette matière première que je sens : un petit coté camphré qui joue à merveille avec la peau car c'est une matière qui "chauffe" avec elle. L'ensemble est assez beau et très évocateur d'une forêt de pins, même s'il n'y en a "peut être" pas !

Piquant du poivre et fraîcheur camphrée également de la cardamome ajoutent à la composition cette chaleur vive si particulière, appuyée par la baie de genièvre, autre note qui travaille avec la peau, et vivifiée par le citron. La sensation évoque le crépitement d'un feu de bois. L'originalité vient ensuite de la présence d'un accord floral qui du coup fait écho au 1881 original, un "jasmin de nuit" chaud et réconfortant, imaginé par Olivier Cresp, et qui fait le lien avec ce que pourrait être la présence de fleurs dans une nuit d'été. Le fond se fait délicieusement boisé et vanillé, une note assez claire entre le patchouli et le cèdre puis une dose non négligeable de muscs blancs y apportent de la tenue.

Le feu crépite au son d'une guitare dans la nuit, la lune brille, la pinède laisse ses parfums s'échapper dans le vent. Très différent de l'original dans le traitement mais pas dans sa structure générale boisée-florale relativement masculine et virile,  1881 Bella Notte peut, par certains cotés camphrés, chauds et vifs à la fois, faire penser à Sycomore, sans en avoir toutefois la belle finesse.

Pourtant, incontestablement, il se distingue telle une belle surprise "grand public" de cette année. Les amis le confirment, le coup de coeur du départ s'affirme et trouve un écho général, et je note que le 'rendu' sur les vêtements est particulièrement réussi. Comme je me plais à le dire, c'est "du bon Firmenich comme je l'aime".

Illustrations : couché de soleil d'été sur la pinède, Cerruti. 

lundi 24 mars 2014

1881 pour Homme - Cerruti 1990 : caresser l'homme dans le sens du poil.

24 ans, quel bel âge ! Et oui déjà 24 printemps qu'il fait partie de la scène parfumistique, tout en restant plutôt bien placé sur un marché masculin pas franchement évident et souvent peu créatif. 1881 pour Homme se distingue, par sa signature singulière, son élégance, sa virilité affirmée mais jamais de mauvais goût. Comme quoi parfois, même s'il est apparent, le poil peut être très chic ! 

Ce qui me frappe dans ce parfum, c'est sa créativité et la finesse de son exécution : première approche par des notes très fraîches assez classiques de lavande, de citron et de bergamote (italiens bien sûr), sa singularité vient immédiatement d'un accord que je qualifierais de "minéral" qui restitue à merveille un effet "roche mouillée", qui a visiblement guidé le concept à l'époque. J'y perçois aussi une facette florale, sans doute appuyée par le géranium et une note de rose fraîche. Pourtant, le parfum évolue sur une trame boisée-épicée assez virile, qui présente même un "effet oud", et que l'on retrouve aujourd'hui aussi dans des pseudo nouveautés de niche, c'est dire ! Cette trame s'affirme par un travail sur un fond chypré, dans la lignée des chyprés-boisés capiteux et automnaux de l'époque comme Knowing et Caractère par exemple. Le sillage est signé, immédiatement reconnaissable et reste présent sans jamais trop envahir, ce que je craignais avec la version actuelle, et qui me parait un peu différente de ce que j'avais en mémoire, mon père l'ayant beaucoup porté.

1881 pour homme nous fait voyager dans une forêt de pins au milieu de laquelle coulerait une cascade, se montrant ainsi très créatif en sachant caresser l'homme et son éternel besoin de masculinité dans le sens du poil, avec une distinction qu'il est agréable de redécouvrir. C'est l'occasion, car un petit dernier arrive dans la gamme : 1881 Bella Notte pour Homme, où la promesse d'une promenade dans la pinède au clair de lune, qui reste sur un registre boisé élégant, fin et chic, et sur lequel je reviendrai dans le prochain article, car il se pourrait bien que cela vaille le coup ! Comme quoi, tout n'est pas si noir, même en 2014 !  

Illustrations : Jean Baptiste Huong (site : ici) , Cerruti.

samedi 15 mars 2014

Bvlgari : discret mais constant.



 
En France, c'est un petit acteur de la parfumerie, mais c'est un peu vite oublier que Bvlgari est présent aux quatre coins de la planète, du nord au sud et d'est en ouest, avec des parfums très variés. Un acteur italien discret chez nous, mais constant dans ses choix et ses orientations pour nous fournir une palette qu'il serait dommage d'oublier.

Eau parfumée au thé vert : emblématique, devenu culte, cette eau créée par Jean Claude Ellena marque un tournant dans l'histoire de la fraîcheur à l'aube des années 90 ! L'idée d'évoquer la cérémonie du thé en Asie avec un thé vert vif et pétillant agrémenté de notes boisées fumées et d'épices vives et scintillantes comme la cardamome. Sa signature est unique et marque le début d'une trame que l'on retrouvera souvent dans les parfums de la marque.

Blv : Blv est pour moi le parfum des vacances par excellence, et c'est le seul qui les évoque à ce point. Parfaite interprétation parfumistique de ce que peut être une crème solaire de luxe, il se porte à merveille sur une terrasse pour un diner en amoureux face à la mer. Doux, enveloppant, charnel et sensuel, quelques volutes vanillées de thé rouge rooïbos miellé et d'amande douce viennent soutenir une rose moussue tout en finesse. Simple en apparence, mais très attachant dès qu'il y a la mer et le soleil autour. 

Black : intrigant, étrange, pas du tout commun quand on le découvre pour la première fois, Black surprend. Goudronneux certes, un peu brutal sur ces notes de cuir et de thé fumé, il dévoile au cour de son évolution des notes toutes douces pour ne laisser apparaitre que ce qui jouera avec la peau dans des volutes vanillés de tabac blond et de muscs tous doux par la suite. Signé, unique, les amateurs ne se sont pas trompés, il s'agit là d'un "must have".
Bvlgari pour homme et Man : deux boisés chics et discrets qui ne manqueront pas d'habiller la peau sans vouloir écraser tout se qui se trouve autour. Construits autour de bois blancs, piqués de zestes, pimentés d'épices chaudes et de la facette musquée "signature" de la marque, ils se différencient par quelques détails, le premier, assez sec, de dévoile un peu comme un thé blanc fumé, le second, plus limpide joue sur le registre d'un thé acidulé, plus actuel.

Omnia : personnellement je n'aime pas le flacon, mais il plait. Déclinée autour d'une trame muscs blancs / thé vert très douce et d'un effet cocoon, les variantes d'Omnia associent le contenant au contenu par une couleur de manière à couvrir une palette olfactive riche allant des floraux suaves aux fruités, en passant par les boisés. L'avantage, c'est la constance et l'harmonie de ne jamais tomber dans la caricature ou le mauvais goût, le contenu étant tout à fait acceptable en restant discret, en respectant l'esprit de la maison. 

Parlons aussi de Jasmin Noir, un joli jasmin avec un effet "pina colada", de Bvlgari pour femme, dans la lignée de Sicily en alternative "cosmétique" à N°5 ,  de Aqua Marine et Aqua Amara jolis masculins signés et très confortables, de Rose Essentielle, gentille rose abricotée pensée pour l'Asie mais traitée avec finesse.

Les flacons, identifiables, originaux (j'aime particulièrement les petits 30ml "bijoux") savent aussi rester de bon ton ! 

Bvlgari est à mon sens une marque dont on ne parle pas assez, voilà qui est fait !

Illustrations : Bvlgari.

vendredi 14 mars 2014

De retour, enfin, et dès demain, un article !

Coucou les amis ! Cela fait un bout de temps que je n'ai pas écrit, car j'avais un problème informatique. Enfin, tout à l'air d'être revenu à la normale. Donc, dès demain, enfin, je vais pouvoir rédiger un article ! On sourit, on est content, et moi, je me réjouis ! 
A demain !

lundi 3 février 2014

Boudoir - Vivienne Westwood 1994 : Guerlain in a vision !

Certains parfums vous réservent des surprises : d'abord sentis à l'aveugle, une sorte d'enthousiasme incontrôlé vous habite lorsqu'ils passent sous votre nez. Boudoir, c'est exactement le type de parfums capable de m'émouvoir comme assez peu en fait. 

Un sillage incroyable, une signature rare et raffinée, une tenue à faire pâlir un patchoufruit, un caractère affirmé, et surtout, de la noblesse, du charisme, et une féminité à la fois moderne et rétro. Est-ce un Guerlain ? Peut être pas car il fait assez "moderne" ? J'aime cette idée de la giroflée, traitée comme un oeillet, mais il me parait ici plus solaire, très suave, un brin coquin, il me rappelle plusieurs parfums : Après l'Ondée ? Non, trop "moderne". Vol de Nuit ? Pas assez poudré ni animal. Voile d'Eté ? Peut être, car j'ai bien cet effet clou de girofle conjugué à des fleurs blanches très solaires, auquel s'ajoutent les aldéhydes et un fond très sensuel baumé et vanillé. Mais non, ce n'est pas un Guerlain. 

Mais alors, qui ? Qui, autre que Guerlain, a osé sortir cette petite merveille ? La vérité dévoilée, le nom apparaît et quelle surprise ! Oublié, négligé, presqu' introuvable en France mais néanmoins disponible, le petit nom de cette merveille est Boudoir, et l'auteure de ce petit bijou se nomme Vivienne Westwood, elle est anglo-saxone ! Et oui, ce parfum n'est pas celui d'une marque française ! 

Alors, pris pas cet engouement, je me lance à sa poursuite, en ayant tout de même à l'idée qu'il est trouvable à Paris. J'ai bien en tête cette toute petite parfumerie à l'ancienne rue des Capucines, mais je tente d'abord une parfumerie, sorte de caverne d'Ali Baba, avenue de l'Opéra, proche de ce dernier. Rien, "et non je n'ai pas, je suis désolée"..." mais vous pourrez peut être le trouver rue des Capucines" ! "Ah bon, et moi qui croyais qu'ils ne l'auraient pas" ?  J'y vole, j'y cours, en ouvrant la porte avec une certaine frénésie ! Et là, je demande "avez vous Boudoir de Vivienne Westwood " ? car je ne vois pas en rayon. "Oui, bien sûr me répond la vendeuse, et vous ne le trouverez que chez nous" ! 

-28% toute l'année, je prends, j'achète, je ne peux résister. Ce sillage unique, comme une sorte de "Guerlain in a vision", vu par les anglo-saxons et repris en partie par Tom Ford pour Violet Blonde, plus épicé, il est fort dommage que cette petite pépite reste inaperçue. Aller, je vais en parler. Ou alors, la confidentialité fait partie de son charme, car il ne reste caché, mais c'est pour les initiés.

Boudoir fête ses 20 printemps cette année, une bonne occasion de le redécouvrir. Pour ma part, c'est un coup de coeur assuré, et confirmé, également pour le flacon, que je trouve qualitatif et original !

Illustrations : boudoir et Boudoir de Vivienne Westwood