samedi 12 février 2011

Je Reviens - Worth 1932 : Dzing pour créateurs de mode.

Je ne sais pas si les personnes qui travaillent dans la création de vêtements et dans la mode se rendent compte de l'univers olfactif dans lequel elles évoluent ? Ateliers, fournisseurs de tissus, blanchisseries, ces lieux vivants ont une âme, mais aussi une odeur. Ma grand mère ayant longtemps évolué dans ce monde, très petit, je fus baigné de cette ambiance olfactive, qui reste aujourd'hui une sorte de référent. Mais alors me direz vous, quel est lien avec Je Reviens de Worth ? Deux minutes ... je reviens.

Dès que j'ai senti ce parfum, tout cet univers est remonté à mes souvenirs. Il part sur un accord d'aldéhydes et de violette pour glisser sur des notes irisées. Cet effet de départ est très métallique. J'entends par là percevoir Je reviens comme un parfum épuré, transparent et cristallin. Un accord où j'imagine que le benjoin et le baume de tolu, note très douce un peu comparable à une vanille polie par un musc tout doux, jouent sur un contraste saisissant rappelant certains Guerlain. Une petite pointe de styrax, note entre le musc animal, le vinyle et le cuir brut que l'on trouve surtout dans le fauve discret qu'est Dzing de l'Artisan parfumeur, semble soutenir le sillage.

Je Reviens suit ainsi la tendance des années 30, quand se dessine un style universel épuré de toute fioriture, simple, lisible, mais pourtant très confortable, que l'on retrouve dans la peinture de Mondrian, repris aujourd'hui mondialement en architecture et en design et traduit en parfum par le mythique N°5, qui vieillit peu en fin de compte, avec sa forme abstraite qui revient par cycle. Comme cette robe que l'on peut voir sur l'illustration de Herb Ritts, très signée et très couture et dont on ne sait si elle est faite d'une étoffe luxueuse ou d'un cuir souple qui épouse le corps, Je Reviens pourrait très bien être porté de nos jours même s'il ne fait pas référence à des codes que nous croisons tous les jours. Son abstraction minérale et métallique contrastée par des notes très chaudes et très peau semble défier le temps. La note de fer chaud portée par le cocktail d'aldéhydes et de notes poudrées me rappelle les ateliers de couture, les tissus, jusqu'à une évocation de l'odeur minérale de la craie à tissus, comme si ce parfum avait été imaginé autour de cela et c'est très étrange.

S'ils y voient les dames poudrées et maquillées, cette connexion avec le monde de la couture pourrait paraitre à certains assez datée, mais ce serait passer à coté de la personnalité originale, saisissante, bien construite et équilibrée de Je Reviens. Ce parfum, dans son style et si l'on sait exploiter son potentiel, n'a pas vraiment vieillit. Il appelle le jeu de peau, la séduction raffinée, le risque d'un clin d'oeil. Le flacon n'est pas très beau, mais est-ce important ?

Un parfum à redécouvrir pour qui a envie de voyager dans un autre monde et ce, à moindre coût, car bientôt, il sera donné. Personnellement, je ne serai pas étonné de voir dans quelques temps des maisons de couture ou quelques créateurs de mode à la recherche d'un style s'inspirer de ce parfum ! On devrait peut être en parler à John, non ? Affaire à suivre...

Illustrations : Herb Ritts, Worth.

2 commentaires:

Le Baron Charlus a dit…

Je recherchais ce parfum depuis longtemps car ma grand-mère aimait les antipodes : Je reviens et Mitsouko de Guerlain. Pour moi, Je Reviens évoque mes incursions dans le boudoir, les poudres Caron, les bonbons à la violette (je porte par ailleurs la Violette de Penhaligon's).
On trouve désormais Je Reviens en libre service dans les drugstores en Allemagne (entre les putréfactions Jennifer Lopez et Gabriella Sabatini, un comble, pour un parfum si ancien, si raffiné) à un prix de déodorant cheap, ou bien encore sur les ventes privées de déstockage...ce n'est pas rendre justice à ce jus subtil. Le flacon est horrible, soit, ...mais le jus est délicieux...

méchant loup a dit…

Et oui, vous avez raison, et son prix permet de ne pas s'en priver. On le trouve très facilement en Allemagne en effet, c'est là bas que je suis tombé sur le flacon que j'ai rapporté.