lundi 21 novembre 2011

Vent de vert !

Les parfums verts se font assez rares pour pouvoir finalement, en un seul article, les regrouper dans leur grande majorité. J'ai retenu ici les parfums dont la tonalité est franchement verte dès les premières notes autour essentiellement du galbanum et de la menthe. Ils évoquent les larges prairies, le vent, les feuilles, la fraîcheur sans tomber dans le propre mais souvent sur une structure florale. Sont exclus les chyprés verts, très marqués par le patchouli et plus sombres à cause de la mousse de chêne et ceux qui pourraient se rapprocher des fruités comme Matin d'Orage et Fleur de Liane par exemple. En les parcourant, j'espère que vous comprendrez ce choix.

Tout commence sur une idée de Germaine Cellier pour Vent Vert de Balmain, créé juste après la sortie de la guerre comme un souffle nouveau, un vent de fraîcheur. La note verte par excellence en parfumerie étant le galbanum (le simple fait de le sentir vous transporte au coeur d'un brin d'herbe terreux), Germaine eut l'idée de la surdoser dans ce parfum. Très appuyée aux débuts de l'existence de Vent Vert, le galbanum apportait une vraie signature et le vent de fraîcheur vive tant recherché. Le coeur était plus classique, fleuri de néroli, de muguet, de rose, de jasmin et soutenu par les bois précieux sur un fond humide et moussu. La tenue était excellente et le parfum d'une pureté nouvelle à l'époque. Hélas, la version actuelle semble n'être qu'une simple photocopie, les matières faisant bas de gamme, le sillage étant trop puissant et la signature globale décevante. Vivement, comme chez Piguet, que quelqu'un se mette à faire revivre le patrimoine olfactif de Balmain.

Au tout début des années 60, les floraux cristallins fleurissent et Yves Saint Laurent ouvrit également cette porte. Y portait en lui les gènes de Vent vert, dans une idée plus sophistiquée, mais aussi plus "couture". Sillage intense et belles matières à l'unisson font écho à la robe Mondrian orange et verte, dans une idée de pureté agrémentée de couleurs et cintrée par le noir : galbanum, muguet, rose et jasmin en tête de cortège passent du vert pâle au vert foncé dans un accord ambré boisé, où le vétiver, le bois de gaïac le patchouli et le ciste labdanum apportent une touche orange cuivré. Même encore aujourd'hui dans son nouveau flacon, le fond et le sillage font des merveilles sur peau dans un esprit vert, floral, cuiré, fumé très doux, qui me rappelle vaguement certaines Heures de Cartier dans les notes de fond qui dessinent la ligne noire. A tester ou redécouvrir sans hésitation.

Quelques années suivent de silence radio, avant le retour de la tendance dans les années 2000, où le besoin de fraîcheur est comblé par Guerlain et une collection de nouvelles eaux fraîches, à porter comme des parfums. Herba Fresca rencontre un vif succès, car ses notes menthées, anisées, jasminées et citronnées mêlées à un accord de feuilles vertes dans un sillage très vif et tenace apportent en vent nouveau à l'époque. Elles n'ont pas pris une ride et sont encore là aujourd'hui, témoin des tous débuts, ce qui est loin d'être le cas de toute la gamme.

Chez Frédéric Malle, vous me croirez ou non, mais j'ai besoin de le dire. Je reste persuadé que, pour créer French Lover lancé en 2007, Pierre Bourdon s'est inspiré d'un accord "cascade verte" que je lui présentais en 2004 lors de notre rencontre où je lui demandais seulement quelques conseils et lui présentais mes travaux des tous débuts. Le galbanum terreux était surdosé, mouillé de notes de feuilles vertes et de pomme grany, de terre humide, de poivre rose, de patchouli et de bois. Je ne retrouve plus mes notes de l'époque, et j'en suis triste. Lui ne m'a rien dit : avais-je l'idée mais tout à construire ? Lui avait l'expérience, un client, et quelques bois ambrés à ajouter. Je n'ai jamais bien compris si c'était un hasard ou non, mais cette expérience me trouble encore aujourd'hui. Pour le parfum, j'aime la tête et pour cause, mais moins le fond, trop "karanal" (les fameux bois qui piquent) à mon goût au porté. A propos de French Lover, ne trouvez vous pas qu'il pourrait être le vrai Guerlain homme, celui qui s'est perdu dans la jungle ? Moi, je trouve cela assez drôle !

Dix années plus tard, deux parfums arrivent sur la scène dans un vent de vert, vif et frais. L'original, A Scent, où le galbanum fait la courses à l'abricot et aux muscs blancs autour d'une structure florale finalement assez proche de Vent Vert, et la "copie", très inspirée qu'est Vivara Verde, ou seules quelques notes plus fraîches et citronnées viennent pour ainsi dire calmer l'audace du premier. Le second est plus "facile" mais tout aussi beau et vraiment à connaître pour le coup, même si l'inspiration est évidente, et A Scent, lui, est entré dans le coeur des experts avec tout le bien qu'ils en pensent, moins dans celui du public.

J'espère que ce petit vent vert vous fera le plus grand bien. Il vivifie, égaye, apporte un peu de bonheur dans nos villes polluées à l'acide de gasoil. Envie de verdure ? Oui, pour ma part, je crois bien que j'en ai bien besoin !

Illustrations : Photo de verte prairie, Balmain, Yves Saint Laurent, Frédéric Malle, Guerlain, Issey Miyake, Emilio Pucci.

2 commentaires:

zab63 a dit…

Connaissez-vous "Balmain" de Balmain ? Un chypre vert et sec, vraiment très sec.Il a été lancé en 1998 ou 1999,mais il n 'est pas facile à apprécier.

méchant loup a dit…

Oui, je connais ce parfum. Il est étonnant car il revendique une féminité extrême alors que je le trouve assez masculin par sa force de chypré épicé très sec en effet. Peu de fleurs, juste un soupçon de fruits que je trouve proche de la pomme verte.