dimanche 13 novembre 2011

Petits Soldes Entre Amis : PSEA Nov 2011.

Voilà, j'en parlais il y a un mois, et je me décide enfin. Ils ont été essayés, portés, parfois vénérés, parfois pour y chercher quelque chose que je n'ai finalement pas trouvé. Au bout du compte, ils restent là, sur l'étagère, muets, et je n'y retrouve plus l'émotion que j'avais lors du premier achat ou alors parfois en revanche, j'ai racheté un flacon plus grand, et je ne garde plus le petit. Je suis d'avance désolé pour ceux qui m 'ont aidé en obtenir certains, mais oui, il faut s'y résoudre, après hésitation, je passe à autre chose.

Ils sont tous dans leur flacon d'origine. Alors, si certains de ses soldes vous intéressent, contactez moi par mail et nous verrons comment faire, mais ne soyez pas trop pressés car je dois faire avec un emploi du temps chargé en ce moment, excusez moi par avance.

A 45€
  • Mon Numéro 10 de l'Artisan Parfumeur reste 40ml sur 100ml.
  • Felanilla de Pierre Guillaume : 30ml plein.

A 30€
  • Sel de Vétiver, reste 45ml sur 90ml.
  • Habit Rouge Eau légère édition limitée : reste 80ml sur 100ml.
  • Vétyver de Givenchy : reste 55ml sur 100ml.
  • B Men de Thierry Mugler : recharge, reste 90ml sur 100ml.

A 25€
  • Egoiste de Chanel : reste 35ml sur 50ml.
  • Egoiste Platinum de Chanel : reste 35ml sur 50ml.
  • Vétiver de Guerlain formulation 2011 : reste 35ml sur 50ml.

A 20€
  • Patchouli de Réminiscence : reste 25ml sur 50ml.
  • Vétiver Sport de Guerlain édition limitée : reste 25ml sur 50ml.

vendredi 11 novembre 2011

Le Chypre - Coty 1917 : accord mythique.

J'aime cette sensation à la sortie d'un aéroport, où à la nuit tombée, tout est noir. On ne voit plus rien. Un noir tellement intense que l'on ne perçoit que l'air ambiant, dans un sillage nouveau, doucettement fumé de lichen, d'herbes sèches, de vent de sable et de terre aride. Quand François Coty posa pour la première fois les pieds sur la terre de Chypre dans les années 1910, cette impression devait sans doute être encore décuplée, car je l'ai assez fortement ressentie au tout premier contact avec l'île, même de nos jours. Elle se confirme dans les terres, à l'approche des temples, des mosaïques et surtout, le long des allées parfumées qui jalonnent l'île. Origan, thym, basilic, ciste, mais aussi oranges, bergamotes et roses sauvages se dévoilent au détour des chemins secs.

Ce n'est plus un secret, l'évidence n'en est que plus flagrante, l'accord dit "accord chypré" puise bien les sources de sa structure olfactive sur ces terres, comme le nom d'Aphrodite, omniprésente ici, tire son origine de l'écume de la mer. Il me semble alors que de retour à Paris, garder ces sensations olfactives en mémoire fut un défit pour le parfumeur.

Pour évoquer l'herbe sèche et cette sensation de lichen, de la mousse de chêne, riche, piquante, froide et fumée se révèle indispensable, surtout dans ses variétés de l'époque. Le patchouli et ses notes camphrées rappellera les arbustes de thym et d'origan ainsi que les bois, le ciste labdanum fera le lien entre le sol et l'air par ses notes résineuses d'ambre sombre, de sable chaud et de pierre aride. Enfin, pour que cette structure soit un vrai souvenir olfactif qui ait l'air d'un parfum, pourquoi ne pas ajouter un soupçon de ses fleurs sauvages et piquantes comme la rose turque, et apporter un peu de sensualité solaire grâce au jasmin cuiré ? Bien sûr, pour que cela monte un peu, la bergamote, qui se combine avec quasiment toutes les familles olfactives grâce à ses multiples facettes fruitées, acidulées et florales, arrosera le tout.

Redécouvert récemment dans une version des années 50 relativement bien préservée, Le Chypre de Coty paraît un peu daté, mais sa structure est très perceptible, le lien entre les notes que l'on sent dans l'air de Chypre devient évident, et l'on perçoit surtout la qualité des matières utilisées à l'époque, la tenue altière de cette structure ainsi que son mystère, fidèle aux légendes dont Chypre est la scène.

Le talent d'un parfumeur, une source d'inspiration, une muse omniprésente, ainsi naquit un accord mythique, emprunt de mythologie, de séduction féminine, d'histoire de terre et de plantes. Une histoire, riche et vraie, qui me semble alors être indispensable à toute belle création. Ne serait-ce pas aussi l'explication à quelques succès ?

L'accord chypré, pour la première fois mis en avant par ce parfum en 1917 est ainsi devenu un archétype, maintes fois reproduit, souvent enrichi pour ouvrir la porte de nouveaux horizons olfactifs, comme avec Mitsouko par exemple, qui y apportera la note fruitée de pêche, 31 rue Cambon qui l'adoucira de bois, Bandit, qui le cuirera, Aromatic Elixir qui y ajoutera des notes de rose opulente, et plus proche de nous For Her, où un coeur de musc d'une modernité étonnante ouvrira une nouvelle voie à cette famille, qui semble aujourd'hui définitivement trouver une place de choix.

Sources : Red Berry pour le parfum. Illustrations : le Temple d'Aphrodite, le Chypre de Coty vintage, Botticelli.

jeudi 3 novembre 2011

Quand la tubéreuse devient folle !

La tubéreuse n'est pas une fleur facile. Reconnue comme énigmatique et intrigante, elle peut être approchée sous deux angles en parfumerie. Celui du charme et de la volupté de son sillage, souvent accompagnée de fleur de tiaré, de fleur frangipanier et de noix de coco, ou celui plus étrange de son "piquant", de son coté venimeux. Les quatre tubéreuses ci-dessous ont choisi la seconde direction. Ludiques, étranges voire même imbuvables, elles ont toutes un grain de folie, et séduisent ou rejettent. Idéales pour un double jeu, non ?

Tubéreuse Criminelle de Serge Lutens - "killeuse" : il y quelques années, ce parfum était étrange, car il partait d'un accord tubéreuse agrémenté d'épices avec une note proche du clou de girofle qui lui donnaient du piquant et un charme intrigant, pour évoluer sur peau de manière plus douce et se fondre à elle. Or, cette année, je ne sais pas si l'IFRA est passée par là, mais Tubéreuse Criminelle a du se prendre un coup de boxeuse car, dans sa nouvelle version et son nouveau flacon, elle semble défigurée. Le charme n'y est plus : en lieu et place, une très méchante note de wintergreen que les américains adorent car elle est utilisée dans la root beer, saute au visage. L'évolution semble décousue, avec parfois des relents citronnés de produits ménagers. Tout cela se calme au bout d'une heure mais elle me semble toujours un peu polluée. Manque de maturation, volonté de faire vite ou logique parfumistique décadente qui semble être une tendance un peu prétexte à faire n'importe quoi, pourquoi pas, mais je ne comprends pas ? Criminelle, elle l'est et porte donc très bien son nom, car elle vous renverse non pas par ses charmes, mais parce qu'elle va se vendre défigurée et à ce prix ... une vraie killeuse !

Rubj Eau de Parfum de Véro Kern - "mante religieuse": la démarche se veut plus modeste et le charme n'en est que plus poussé. Etrange, la tubéreuse de Rubj, surtout dans sa version eau de parfum serait un peu comme une personne à première vue pas très belle mais qui assume si bien qu'elle vous scotche au premier regard et dégage de la sympathie. Elle aurait pu être la tubéreuse de Rosie de Palma par exemple, et je l'imagine très bien sur Lady Gaga dans son clip Bad Romance avec sa tenue Alexander Mc Queen. Rubj Edp est une tubéreuse sulfureuse par ses notes de fruits de la passion et un surdosage de cumin, qui ne pourront que coller à la peau de certaines femmes. Etrange, certes, mais ceci ne fera que ressortir le sillage de vraie tubéreuse tueuse d'hommes qu'elle ne dévoile que quelques minutes après ! Vous vous sentez mante religieuse ? C'est normal ! A découvrir en connaissance de cause pour pouvoir mieux se prêter au jeu ...

Vierges et Toreros de Etat Libre d'Orange - "fuck me I'm famous": j'ai toujours pensé, depuis le début, que l'histoire de Vierges et Toreros s'était écrite sur les fauteuils en skaï d'un club échangiste ou sur la banquette arrière d'une vieille Cadillac et non dans l'arène tellement ce parfum me fait penser à ces fins de soirées où les corps sont moites et excités. Tubéreuse vénéneuse, cachée sous un cuir sombre, les épices et la mousse, légèrement humide, Vierges et Toreros donne l'impression de perdre tout contrôle sur la situation. Etes-vous parfumés ou est-ce votre propre peau, vous ne savez plus. Pourtant il semble bien que quelque chose se passe. Pour jouer l'étreinte avec un grain de folie, c'est assurément le bon choix !

Me Myself and I de Ego Facto - "croque la pomme !" : construite comme une tubéreuse cuirée enroulée de vétiver sombre et d'un accord cigüe mystérieux (avec du styrax et de la cannelle on dirait), Me Myself and I est un parfum qui porte bien son nom tellement il faut être sûr de soi pour pouvoir jouer avec. Dans la même veine que les trois autres, cette tubéreuse amère et moussue intrigue et dérange. On ne sait pas trop si elle sent bon ou si elle veut nous faire fuir par ses notes de champignons un peu moisi. Pourtant, il reste sur peau un aspect fumé boisé assez marqué qui dans la moiteur d'un moment intime peut dévoiler toute sa richesse. Etrange, mais à méditer pour soi, sûr de soi et pour se faire plaisir à soi, sans doute.

A porter plus par jeu que pour vraiment séduire au quotidien un peu comme le costume dessiné par Alexander Mc Queen pour Lady Gaga, ces tubéreuses auront au moins le plaisir de vous envoyer hors des sentiers battus et de vous faire explorer d'autres territoires. Elles sont un peu folles mais peuvent être attachantes, et vous êtes vous ou avez vous été téméraires ?

Illustrations : Lady Gaga Bad Romance, Serge Lutens, Véro Kern, Etat Libre d'Orange, Ego Facto.

lundi 31 octobre 2011

Santal Massoïa - Hermes 2011 : duel égoïste !

Quelques jours précédant l'arrivée de Santal Massoïa dans la ligne Hermessence, j'interrogeais une vendeuse du tout nouveau stand du Printemps Haussmann pour savoir si ce santal n'aurait pas quelques inflexions de figue car je supposais, vu que Jean Claude Ellena travaille beaucoup avec Givaudan, qu'il utiliserait pour ce santal une base appelée méthyl laitone, qui sent le santal lacté, le lait de figue avec quelques notes farineuses. Elle me répondit "ahhh, vous verrez, je ne peux rien dire mais c'est un santal très différent", avec un regard un peu complice.

A sentir le résultat, il serait très étonnant que cette base n'ait pas été utilisée tant les premières notes et en fonction des peaux par la suite, le santal lacté, la figue et une sorte de Bois Farine ressortent. Ce serait tout de même assez réducteur de s'arrêter là sans évoquer le reste. Sous une robe assez simple, Santal Massoïa est tellement facetté qu'il en devient assez peu évident à lire. C'est une habitude de JCE de tellement maitriser les dosages qu'il en devient difficile de distinguer les détails. Ainsi, il parle d'évocations, et la vérité n'en est que plus proche.

Je devine pourtant que ce santal est habillé d'une sensation "foin" et de violette, rappelant le foin coupé et l'univers des chevaux, le cuir "daim" cher à Hermes mais aussi des parfums comme Duel et l'Heure fougueuse. Cet effet est sans doute dû à l'idée d'un Narcisse Bleu dont JCE parle dans son journal du parfumeur, dans lequel j'imagine que feuille de violette et absolu narcisse jouent un rôle et où l'anis viendrait jouer le contrepoint, car parfois, et de manière très discrète, la carvone, note anisée/menthée assez "after eight" se dévoile. Cette conjugaison de violette, d'anis et de foin presque cuir peut évoquer Fahrenheit, mais pour moi, comme le santal est très présent, Santal Massoïa se situerait entre Duel, Egoïste et Bois Farine, tout en gardant sa propre personnalité, entre un blanc lacté immaculé, un bois plus sombre, plus dense et légèrement réglisse et l'univers "cuir-daim" du cheval.

Ce duo/duel entre les deux bois lactés évoqués, le santal et le bois de massoïa et dont la traduction est rendue possible grâce à la méthyl laitone, en fait un parfum plus complexe, plus riche qu'il n'en a l'air, mais pourtant assez discret, plus intime et plus peau que les précédents. Un jour lacté comme le santal, un autre plus farineux et réglissé comme le massoia, le lendemain très daim comme le narcisse et la feuille de violette et quelquefois lumineux et fruité comme la figue, ce parfum aux facettes multiples saura jouer de manière très différente selon les personnes, permettant à chacun d'avoir sa propre appropriation. Un duel, qui deviendrait très égoïste en somme.

Ce qui me séduit le plus : j'y retrouve cette idée du narcisse bleu, avec du vrai absolu narcisse que j'adore et je perçois enfin cette base methyl laitone en vrai, maitrisée comme une petite merveille sur peau. De plus, à chaque fois que je suis tombé sur un parfum qui faisait écho à plusieurs autres, comme ce fut le cas pour Fahrenheit, Méchant Loup et Héritage en leur temps, ce parfum m'a accompagné pendant quelques années.

Alors, comme je m'interrogeais il y a quelques temps sur l'Hermessence qui pourrait devenir mienne, j'attendais avant de craquer pour Paprika Brasil, je vais tester car ce Santal Massoïa pourrait bien y apporter la réponse.

Illustrations : Antoine Legrand, Hermes.

jeudi 27 octobre 2011

M7 Oud Absolu - Yves Saint Laurent 2011 : ce que cache un cube noir... le flacon.

Que peut donc renfermer un cube noir orné d'un capot noir légèrement décalé ? Peut être un parfum qui fut d'abord enfermé dans un rectangle de plexiglas de couleur rouille ? Ou peut être même tout une gamme ?

Oui, bien sûr, mais pour le remettre au goût du jour, pourquoi ne pas faire honneur à la matière noble qui fut remise en avant par ce parfum ?

Ainsi, alors que Yves Saint Laurent revoit sa gamme "d'anciens" dans cet écrin cubique tout de noir vêtu, il a été jugé bond d'accentuer la facette oud dès les notes de tête, ce qui confère au parfum une texture plus épaisse et un aspect sombre plus marqué. Très "noir" dès le départ, le bois de oud, boosté par un renfort d'autres bois dont le patchouli et par des notes de cuir comme le styrax projette cette envolée dans l'évocation d'un meuble asiatique sculpté dans ce bois si précieux. La sensation serait un peu celle d'un tiroir que l'on ouvre, les effluves de bois nous sautent au nez et tant de souvenirs reviennent. La suite, vous la connaissez, car on retrouve l'accord de mandarine, de jasmin légèrement sucré, de patchouli et de cuir du M7 d'origine.

Soulevez le capot (le bouchon en langage pro), M7 Oud Absolu ou le noir absolu nous rappelle le temps du paradoxe : celui où la maison était sous une direction artistique qui a su laisser une vraie empreinte olfactive qui n'a hélas pas rencontré de succès immédiat, alors que quelques années plus tard, une direction commerciale enchaine les blockbusters à une vitesse phénoménale, sans laisser d'autres traces ailleurs que sur les primes d'objectif et les fiches de paye de ses employés, sans doute heureux de ce sort malgré eux...

Les temps changent, le public varie, l'avantage d'avoir un peu de trésorerie est de pouvoir prendre une direction pointue sans trop de risques. Sachant que l'on retrouve ce M7 un peu différent mais tout aussi intéressant et surtout les très attendus Jazz, Nu et In Love Again à priori intacts, qui pourrait s'en plaindre ?

Illustration : "A tool to deceive and slaughter" ou le cube noir qui se vend seul de Caleb Larsen et Yves Saint Laurent.

mercredi 19 octobre 2011

Thierry Mugler, le goût du parfum et Angel Eau de toilette : paradis amis.

Alors que je découvre que le salon du chocolat a lieu ce week-end, je pense à cet article qui parlerait de petites perles de paradis qui nous sont offertes pour ces fêtes de fin d'année 2011. Habitué à explorer les facettes de ses parfums, la marque Thierry Mugler nous plonge cette année dans l'univers du goût. Comme nous le montre Patty Canac dans son atelier Passion-Nez, le nez et le palais communiquent à tel point qu'ils font appel au même fonctions de notre mémoire et à la même fonction mécanique. Pourquoi alors ne pas s'amuser à explorer le goût en parfum en jouant avec la texture et la richesse de nouvelles matières naturelles, d'autant plus que le résultat n'est vraiment pas dénué d'intérêt ?

Angel, le goût du parfum, enrichi à la fève de cacao : Angel est déjà un parfum gourmand. Dans ce travail, la pomme d'amour originelle, bien rouge, se transforme en pomme d'amour en chocolat. Recouverte d'une fine couche de cacao bien amer, l'effet gustatif est immédiat tant le chocolat titille les papilles et le nez dans une sorte de walkyrie menée de front dès l'envolée du parfum. Je ne vous apprends plus que le chocolat est un allié quasi naturel du patchouli, qui fait reprendre à Angel ses couleurs boisées au cours de son évolution avant de finir dans une douceur caramélisée onctueuse qu'on lui connait si votre peau "travaille" bien avec. On en mangerait ? Mais, c'est fait pour !

Alien, le goût du parfum, enrichi de caramel au beurre salé : bien évidement, cet effet ne fut possible que parce que désormais les parfumeurs et les aromaticiens du goût n'ont plus peur de travailler ensemble et d'explorer des territoires communs. L'éthyl maltol, bien connu depuis Angel et qui a fait parler de lui dans le récent Candy de Prada a ainsi été ajouté à la structure d'Alien, accompagné d'une note entre le café et le petit pain beurré, le tout agrémenté d'une gousse de vanille ; effet "petit four" garanti. Alien se caramélise donc, envoyant son puissant jasmin de manière plus immédiate avec un effet à mon avis plus crème brulée que caramel au beurre salé. Un effet encore plus "alien", car il lui confère une certaine étrangeté. Ce n'est qu'au bout d'un certain temps que le caramel mou se dévoile, comme pour Angel, tout en douceur. Le nom n'est pas usurpé, ce test de goût est une belle variation sur un même thème.

Womanity, le goût du parfum, enrichi d'un chutney de figue : j'aimais déjà beaucoup la verdeur saline de Womanity et son sillage de bord de mer. Enrichi de ce chutney de figue issu d'une extraction moléculaire des plus au point, les facettes vertes se révèlent encore plus "sève d'arbre", le fruit, la figue en l'occurrence, devient goulue et gorgée de sucre. Les papilles et le nez salivent. Les facettes marines, peut être un peu trop présentes dans l'original s'atténuent et le sillage devient plus dense. C'est précisément pour cette densité que je trouve ce travail très réussi. Womanity semble trouver, avec ce chutney renforcé les couleurs qu'il devrait avoir depuis le début. Un travail à croquer.

A Men, le goût du parfum, enrichi de piment rouge : brûlant, tonitruant, audacieux, cet ajout de piment transforme presque le doux chocolat-café d'A Men en colosse à la force domptée. Le départ, très fougueux, projette immédiatement le café et le piment qui semblent naturellement se faire écho. L'on perçoit alors très vite les facettes boisées de A Men et le fond chocolaté se fait plus viril. Assez différent du A Men que l'on connait, il serait presque à la frontière du regretté B Men. Pour qui voudrait changer sans partir trop loin, c'est intéressant non ?

Angel Eau de toilette : alors que je visitais en Juin le salon des matières premières à parfum, Givaudan nous présentait une nouvelle molécule. Sans en être vraiment certain, il ne serait pas étonnant d'apprendre qu'Angel Eau de Toilette serait le premier parfum à l'utiliser de manière évidente. Pourquoi ? Parce que cette molécule qui se nomme paradisamine sent à la fois les fruits de la passion, la mangue, la framboise, le cassis, la pomme et la fraise. Or, les notes de tête de Angel Eau de parfum étant constituées de pomme verte et de fruit de la passion, il ne serait pas étonnant de faire un tel choix par volonté de lisser un peu le trait afin d'arrondir les angles et proposer une version plus accessible de ce parfum phare. Je suis assez d'accord sur le fait que le trait semble affiné et lissé, ce qui n'est pas un mal en soi, mais j'aimais précisément Angel pour ces facettes différentes et son évolution par surprise et selon les peaux ! Là, il y en a moins, mais peut être pour plus de monde il est vrai ?

Comme vous l'aurez compris, le travail sur le goût du parfum m'a très largement convaincu, car il projette la parfumerie de matières dans des profondeurs encore rarement explorées et permet d'enrichir les quatre parfums de facettes inconnues. Je trouve l'eau de toilette Angel très équilibrée, le flacon est magnifique mais je préfère tout de même la sensation originelle.

Grignoter tout ce petit monde comme une sorte de paradis ami pour les fêtes réserve de belles surprises ... on en mangerait !

Illustrations : Thierry Mugler, Ateliers et Le goût du parfums - Yves Bagros création culinaire : site yvesbagros.com

mercredi 12 octobre 2011

Coromandel de Chanel vs Patchouli Impérial de Dior : alléger le patchouli.

Alléger le patchouli est à la fois un défi technique, mais il nait aussi d'une volonté forte de mettre un peu de légèreté dans cette matière, de manière à la débarrasser de ses à-priori. Le patchouli, de par son histoire au coeur du monde hippie des années 70 et parce qu'il parfumait les cocottes dans les années 20 est souvent lié à une image lascive, de meurs dégradés et de vulgarité affirmée. Faire fi de cela, c'est savoir qu'historiquement, cette plante avait pour vertu de préserver les tissus importés des colonies lointaines. Il est donc plus facile alors, de comprendre pourquoi cette matière semble avoir une affinité naturelle avec les beaux tissus comme la laine, le velours, la soie, et les accompagne à merveille.

Il y a deux ans, lors de la visite autour du palais impérial de Tokyo, je remarquais que le patchouli était omniprésent aux abords de ce palais. Ses effluves étaient amplifiées par le feuillage des arbres et la terre humide. Un patchouli impérial par nature ... et un très beau souvenir olfactif mélange de notes vertes, subtiles, légères, fraîches et terreuses à la fois.

Avant Coromandel, les "soliflores patchouli" étaient plutôt lourds et sirupeux. Non dénués d'intéret pour autant, il étaient de forts partis pris mais essentiellement axés sur la matière première en tant que telle, accentuée de facettes épicés et ambrées. Patchouli Patch amorce un tournant avec ses notes anisées, et ouvre un chemin vers une certaine forme de nouveauté, Bornéo 1834 le remet au goût du jour.

Coromandel ouvre véritablement un nouvel horizon : un peu comme si l'on mettait un gros homard gonflable au beau milieu d'un décors hyper classique et très classieux, un peu comme si Jacques Polge avait fait en sorte d'ouvrir une porte pour apporter une bouffée d'air frais, Coromandel joue avec de nouvelles techniques d'extraction. Le patchouli et la vanille, plus clairs et plus purs s'allègent comme un nuage, soulève les notes lourdes tout en contribuant à "dorer" le parfum, qui devient ainsi plus lumineux. Les facettes lourdes comme des tentures disparaissent derrière cette structure légère et moderne et sur peau, le patchouli s'adoucit, se caramélise, se gonfle pour s'arrondir. Un parti pris réussi puisque Coromandel rencontre un véritable engouement parmi les aficionados du parfums.

Dior n'est sans doute pas rester insensible à la démarche amorcée par son ennemi. Par l'intermédiaire de sa collection couturier parfumeur, très créative au départ avec des parfums comme Bois d'Argent et Cologne Noire initiée par Hédi Slimane et plutôt axée aujourd'hui sur un travail autour d'une matière bien précise ou d'un style affirmé, François Demachy s'attache à renouveler les genres plus qu'à innover. Il veille en revanche au soucis du détail et de la perfection; en effet, dans cette collection, il est difficile de dire que les parfums présentent des défauts car tout est à sa place et très bien balancé. Patchouli Impérial n'échappe pas à cette règle. Ce nouveau parfum suit la forme de Coromandel dans le sens ou c'est également un patchouli allégé de ces aspects terreux, mais il accentue peut être un peu plus le propos du patchouli ambré en fignolant le trait avec de toutes petites nuances. Un contraste intéressant me surprend : l'utilisation très subtile d'une note iodée-salée qui sur peau, fait des merveilles (c'est le cas sur la mienne). Coromandel parait plus boisé et "rosée", mais les différences demeurent relativement faibles.

Amateurs, amatrices, sans doute ne serez vous pas déçus ! En revanche, si vous attendiez un patchouli révolutionnaire ou si comme moi, vous cherchiez une alternative plus complexe (un peu comme Héritage), il se peut que, abstraction faite de ses qualités intrinsèques, ce Patchouli Impérial vous déçoive légèrement ... ce serait être bien exigeant.

Illustration : Jeff Koons, Des Filles à la vanille, Chanel, Dior.